Pierre de Ronsard
Poèmes de Pierre de Ronsard (181)
Classés par titre (A–Z).
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L'absenceCe me sera plaisir, Genèvre, de t'écrire, Étant absent de toi, mon amoureux martyre... J'ai certes éprouvé par mainte expérience, Que l'amour se renforce et s'augmente en l'absence, Ou soit en…
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À CassandreÔ pucelle plus tendre Qu'un beau bouton vermeil Que le rosier engendre Au lever du soleil, D'une part verdissant De l'autre rougissant ! Plus fort que le lierre Qui se gripe à l'entour Du chesne…
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À Cassandre (I)Ma petite colombelle, Ma mignonne toute belle, Mon petit œil, baisez-moi ; D'une bouche toute pleine De musc, chassez-moi la peine De mon amoureux émoi. Quand je vous dirai, Mignonne, Approchez-vous,…
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À CupidonLe jour pousse la nuit, Et la nuit sombre Pousse le jour qui luit D'une obscure ombre. L'Autonne suit l'Esté, Et l'aspre rage Des vents n'a point esté Apres l'orage. Mais la fièvre d'amours Qui me…
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Adieu, belle Cassandre, et vous, belle MariePour qui je fus trois ans en servage à Bourgueil, L'une vit, l'autre est morte, et ores, de son œil Le Ciel se réjouit, dont la terre est marrie. Sur mon premier Avril, d'une amoureuse envie…
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Afin que ton renom s'étende par la plaineAutant qu'il monte au ciel engravé dans un Pin, Invoquant tous les Dieux, et répandant du vin, Je consacre à ton nom cette belle Fontaine. Pasteurs, que vos troupeaux frisez de blanche laine Ne…
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Ah longues nuicts d'hyver de ma vie bourrellesDonnez moy patience, et me laissez dormir, Vostre nom seulement, et suer et fremir Me fait par tout le corps, tant vous m'estes cruelles. Le sommeil tant soit peu n'esvente de ses ailes Mes yeux…
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À la forêt de GastineCouché sous tes ombrages verts, Gastine, je te chante Autant que les Grecs, par leurs vers La forêt d'Érymanthe : Car, malin, celer je ne puis À la race future De combien obligé je suis À ta belle…
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À lui mesmeLors que ta mere estoit preste à gesir de toi, Si Jupiter, des Dieus et des hommes le roi, Lui eust juré ces mots : l'enfant dont tu es pleine, Sera tant qu'il vivra sans douleur et sans peine, Et…
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À MargueriteEn mon cœur n'est point escrite La rose ny autre fleur, C'est toy, blanche Marguerite, Par qui j'ay cette couleur. N'es-tu celle dont les yeux Ont surpris Par un regard gracieux Mes esprits ? Puis…
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À mon retourÀ mon retour (eh ! je m'en désespère), Tu m'as reçu d'un baiser tout glacé, Froid, sans saveur, baiser d'un trépassé, Tel que Diane en donnait à son frère, Tel qu'un fille en donne à sa grand-mère,…
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À Monsieur de VerdunOde XXVIII. Si j'avois un riche tresor, Ou des vaisseaux engravez d'or, Tableaux ou medailles de cuivre, Ou ces joyaux qui font passer Tant de mers pour les amasser, Où le jour se laisse revivre, Je…
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Amour, Amour, donne-moi paix ou trêveOu bien retire, et d'un garrot plus fort Tranche ma vie et m'avance la mort : Douce est la mort qui vient subite et brève. Soit que le jour ou se couche ou se lève, Je sens toujours un penser qui me…
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AmouretteOr que l'hiver roidit la glace épaisse, Réchauffons-nous, ma gentille maîtresse, Non accroupis près le foyer cendreux, Mais aux plaisirs des combats amoureux. Asseyons-nous sur cette molle couche.…
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Amour, je ne me plainsAmour, je ne me plains de l'orgueil endurci, Ni de la cruauté de ma jeune Lucrèce, Ni comme, sans recours, languir elle me laisse : Je me plains de sa main et de son godmicy. C'est un gros instrument…
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Amour me tue, et si je ne veux direLe plaisant mal que ce m'est de mourir : Tant j'ai grand peur, qu'on veuille secourir Le mal, par qui doucement je soupire. Il est bien vrai, que ma langueur désire Qu'avec le temps je me puisse…
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Amour, tu es trop fort, trop foible est ma RaisonPour soustenir le camp d'un si rude adversaire. Va, badine Raison, tu te laisses desfaire : Dez le premier assaut on te meine en prison. Je veux, pour secourir mon chef demy-grison, Non la…
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Amour, tu semblesAmour tu sembles au phalange qui point Lui de sa queue, et toi de ta quadrelle : De tous deux est la pointure mortelle, Qui rampe au coeur, et si n'aparoist point. Sans souffrir mal tu me conduis au…
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Ange divin, qui mes plaies embaumeLe truchement et le héraut des dieux, De quelle porte es-tu coulé des cieux, Pour soulager les peines de mon âme ? Toi, quand la nuit par le penser m'enflamme, Ayant pitié de mon mal soucieux, Ore en…
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À PhoebusSois medecin, Phoebus, de la Maistresse Qui tient mon Prince en servage si doux : Vole à son lict, et luy taste le poux : Il faut qu'un Dieu guarisse une Deesse. Mets en effect ton mestier, et ne…
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À sa guiterreMa guiterre, je te chante, Par qui seule je deçoy, Je deçoy, je romps, j'enchante Les amours que je reçoy. Nulle chose, tant soit douce, Ne te sçauroit esgaler, Toi qui mes ennuis repousse Si tost…
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À sa lyreNaguiere chanter je voulois Comme Francus au bord Gaulois Avecq' sa troupe vint descendre, Mais mon luc pinçé de mon doi, Ne vouloit en dépit de moi Que chanter Amour, et Cassandre. Je pensoi pource…
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À sa maîtresseLa lune est coutumière De naître tous les mois : Mais quand notre lumière Est éteinte une fois, Sans nos yeux réveiller, Faut longtemps sommeiller. Tandis que vivons ores, Un baiser donnez-moi,…
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À sa maîtresse (II)Ma Dame ne donne pas Des baisers, mais des appas Qui seuls nourrissent mon âme, Les biens dont les Dieux sont sous, Du Nectar, du sucre doux, De la cannelle et du bâme (1), Du thym, du lis, de la…
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À sa musePlus dur que fer j'ay fini mon ouvrage, Que l'an, dispos à demener les pas, Que l'eau, le vent ou le brulant orage, L'injuriant, ne ru'ront point à bas. Quand ce viendra que le dernier trespas…
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À son âmeAmelette Ronsardelette, Mignonnelette doucelette, Treschere hostesse de mon corps, Tu descens là bas foiblelette, Pasle, maigrelette, seulette, Dans le froid Royaume des mors : Toutesfois simple,…
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À son luthSi autrefois sous l'ombre de Gastine Avons joué quelque chanson latine, De Cassandre enamouré, Sus, maintenant, luth doré, Sus ; l'honneur mien, dont la voix délectable, Sait réjouir les princes à la…
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À son PageFais rafraîchir mon vin, de sorte Qu'il passe en froideur un glaçon ; Fais venir Jeanne, qu'elle apporte Son Luth pour dire une chanson ; Nous ballerons tous trois au son ; Et dis à Barbe qu'elle…
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Au mois d'avril quand l'an se renouvelleAu mois d'avril, quand l'an se renouvelle, L'aube ne sort si fraîche de la mer : Ni hors des flots la déesse (1) d'aimer Ne vint à Cypre en sa conque si belle, Comme je vis la beauté que j'appelle…
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À une filleMa petite Nymphe Macée, Plus blanche qu'ivoire taillé, Plus blanche que neige amassée. Plus blanche que le lait caillé, Ton beau teint ressemble les lis Avecque les roses cueillis. Découvre-moi ton…
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Au Seigneur de Villeroy(En lui envoyant le livre d'Amours diverses.) Là du prochain Hiver je prévois la tempête, Là cinquante et six ans ont neigé sur ma tête, II est temps de laisser les vers et les amours, Et de prendre…
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Au Sieur RobertetDu malheur de recevoir Un étranger, sans avoir De lui quelque connaissance, Tu as fait expérience, Ménélas, ayant reçu Pâris dont tu fus déçu : Et moi je la viens de faire Qui ore ai voulu retraire…
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Avant le temps tes temples fleurirontDe peu de jours ta fin sera bornée, Avant le soir se clorra ta journée , Trahis d'espoir tes pensers periront : Sans me flechir tes escrits fletriront, En ton desastre ira ma destinée, Ta mort sera…
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Bien qu'à grand tort il te plaît d'allumerDedans mon cœur, siège à ta seigneurie, Non d'une amour, ainçois (1) d'une Furie Le feu cruel, pour mes os consumer, L'âpre tourment ne m'est point si amer Qu'il ne me plaise, et si n'ai pas envie De…
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Bien que les champs, les fleuves et les lieuxLes monts, les bois, que j'ai laissés derrière, Me tiennent loin de ma douce guerrière, Astre fatal d'où s'écoule mon mieux, Quelque Démon par le congé des Cieux, Qui présidait à mon ardeur première,…
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Bonjour mon coeurBonjour mon coeur, bonjour ma douce vie. Bonjour mon oeil, bonjour ma chère amie, Hé ! bonjour ma toute belle, Ma mignardise, bonjour, Mes délices, mon amour, Mon doux printemps, ma douce fleur…
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Ce beau corail, ce marbre qui soupireEt cet ébène ornement du sourcil, Et cet albâtre en voûte raccourci, Et ces saphirs, ce jaspe et ce porphyre, Ces diamants, ces rubis qu'un Zéphyre Tient animés d'un soupir adouci, Et ces oeillets,…
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Ce Chasteau-neuf, ce nouvel edificeTout enrichy de marbre et de porphire, Qu'Amour bastit chasteau de son empire, Où tout le Ciel a mis son artifice, Est un rempart, un fort contre le vice, Où la Vertu maistresse se retire, Que l'œil…
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Ce jour de Mai qui a la tête peinteD'une gaillarde et gentille verdeur, Ne doit passer sans que ma vive ardeur Par votre grâce un peu ne soit éteinte. De votre part, si vous êtes atteinte Autant que moi d'amoureuse langueur, D'un feu…
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Celle, de qui l'amour vainquit la fantaisieQue Jupiter conçut sous un Cygne emprunté ; Cette sœur des Jumeaux, qui fit par sa beauté Opposer toute Europe aux forces de l'Asie, Disait à son mirouer, quand elle eut saisie Sa face de vieillesse…
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Celui qui boitCelui qui boit, comme a chanté Nicandre, De l'Aconite, il a l'esprit troublé, Tout ce qu'il voit lui semble être doublé, Et sur ses yeux la nuit se vient épandre. Celui qui boit de l'amour de…
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Ces liens d'or, cette bouche vermeillePleine de lis, de roses et d'oeillets, Et ces coraux chastement vermeillets, Et cette joue à l'Aurore pareille ; Ces mains, ce col, ce front, et cette oreille, Et de ce sein les boutons verdelets, Et…
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ChansonLe printemps n'a point tant de fleurs, L'automne tant de raisins meurs, L'été tant de chaleurs halées, L'hiver tant de froides gelées, Ni la mer a tant de poissons, Ni la Beauce tant de moissons, Ni…
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Chanson (I)Chanson IV. Plus étroit que la vigne à l'Ormeau se marie, De bras souplement forts, Du lien de tes mains, maîtresse, je te prie, Enlace-moi le corps. Et feignant de dormir, d'une mignarde face Sur…
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Chanson d'amourChanson XV. Quand ce beau printemps je vois, J'aperçois Rajeunir la terre et l'onde, Et me semble que le jour Et l'amour, Comme enfants, naissent au monde. Le jour, qui plus beau se fait, Nous refait…
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Ciel, air et vents, plains et monts découvertsTertres vineux et forêts verdoyantes, Rivages torts et sources ondoyantes, Taillis rasés et vous bocages verts, Antres moussus à demi-front ouverts, Prés, boutons, fleurs et herbes roussoyantes,…
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Comme on voit sur la branche au mois de may la roseEn sa belle jeunesse, en sa premiere fleur, Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur, Quand l'Aube de ses pleurs au poinct du jour l'arrose ; La grace dans sa feuille, et l'amour se repose, Embasmant…
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Comme un chevreuil, quand le printemps destruitL'oyseux crystal de la morne gelée, Pour mieulx brouster l'herbette emmielée Hors de son boys avec l'Aube s'en fuit, Et seul, et seur, loing de chiens et de bruit, Or sur un mont, or dans une vallée,…
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Contre Denise SorcièreL'inimitié que je te porte, Passe celle, tant elle est forte, Des aigneaux et des loups, Vieille sorcîere deshontée, Que les bourreaux ont fouëttée Te honnissant de coups. Tirant apres toy une presse…
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Cusin, monstre à double aile, au mufle ElephantinCanal à tirer sang, qui voletant en presse Sifles d'un son aigu, ne picque ma Maistresse, Et la laisse dormir du soir jusqu'au matin. Si ton corps d'un atome, et ton nez de mastin Cherche tant à…
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Dans le serein de sa jumelle flammeJe vis Amour, qui son arc débandait, Et sur mon cœur le brandon épandait, Qui des plus froids les moelles enflamme. Puis çà puis là près les yeux de ma dame Entre cent fleurs un rets d'or me tendait,…
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Dedans des Prez je vis une DryadeQui comme fleur s'assisoyt par les fleurs, Et mignotoyt un chappeau de couleurs, Echevelée en simple verdugade. Des ce jour là ma raison fut malade, Mon cuoeur pensif, mes yeulx chargez de pleurs,…
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Donne moy tes presens en ces jours que la BrumeFait les plus courts de l'an, ou de ton rameau teint Dans le ruisseau d'Oubly dessus mon front espreint, Endor mes pauvres yeux, mes gouttes et mon rhume. Misericorde ô Dieu, ô Dieu ne me consume A…
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Douce MaîtressePour soulager mon mal, Ma bouche de ta bouche Plus rouge que coral ; Que mon col soit pressé De ton bras enlacé. Puis, face dessus face, Regarde-moi les yeux, Afin que ton trait passe En mon coeur…
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Élégie à HélèneSix ans étaient écoulés, et la septième année Etait presque entière en ses pas retournée, Quand loin d'affection, de désir et d'amour, En pure liberté je passais tout le jour, Et franc de tout souci…
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Elégie à Janet, peintre du roiPeins-moi, Janet, peins-moi, je te supplie Dans ce tableau les beautés de m'amie De la façon que je te les dirai. Comme importun je ne te supplierai D'un art menteur quelque faveur lui faire : Il…
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Élégie du printempsÀ la sœur d'Astrée. Printemps, fils du Soleil, que la terre arrosée De la fertile humeur d'une douce rosée, Au milieu des œillets et des roses conçut, Quand Flore entre ses bras nourrice vous reçut,…
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Epitaphe de François RabelaisSi d'un mort qui pourri repose Nature engendre quelque chose, Et si la generation Se fait de la corruption, Une vigne prendra naissance De l'estomac et de la pance Du bon Rabelais, qui boivoit…
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Ha ! que je porte et de haine et d'envieAu médecin qui vient soir et matin Sans nul propos tâtonner le tétin, Le sein, le ventre et les flancs de m'amie ! Las ! il n'est pas si soigneux de sa vie Comme elle pense, il est méchant et fin :…
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Hymne à la nuitNuit, des amours ministre et sergente fidèle Des arrêts de Venus, et des saintes lois d'elle, Qui secrète accompagne L'impatient ami de l'heure accoutumée, Ô l'aimée des Dieux, mais plus encore aimée…
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Il faut laisser maisons et vergers et jardinsVaisselles et vaisseaux que l'artisan burine, Et chanter son obseque en la façon du Cygne, Qui chante son trespas sur les bors Maeandrins. C'est fait j'ay devidé le cours de mes destins, J'ay vescu,…
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Il ne falloit, Maistresse, autres tablettesPour vous graver, que celles de mon cœur, Où de sa main Amour nostre veinqueur Vous a gravee, et vos graces parfaites. Là voz vertus au vif y sont portraites, Et voz beautez causes de ma langueur,…
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II ne faut s'ébahir, disaient ces bons vieillardsVIII. Dessus le mur Troyen, voyants passer Hélène, Si pour telle beauté nous souffrons tant de peine, Notre mal ne vaut pas un seul de ses regards. « Toutefois il vaut mieux, pour n'irriter point…
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J'ai l'âme de regrets touchéeJ'ai l'âme, pour un lit, de regrets si touchée, Que nul homme jamais ne fera que j'approche De la chambre amoureuse, encore moins de la couche Où je vis ma maîtresse, au mois de Mai couchée. Un somme…
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J'ai l'esprit tout ennuyéD'avoir trop étudié Les phénomènes d'Arate ; Il est temps que je m'ébatte Et que j'aille aux champs jouer. Bons Dieux ! qui voudrait louer Ceux qui collés sur un livre, N'ont jamais souci de vivre ?…
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J'ay varié ma vie en devidant la trameQue Clothon me filoit entre malade et sain, Maintenant la santé se logeoit en mon sein, Tantost la maladie extreme fleau de l'ame. La goutte ja vieillard me bourrela les veines, Les muscles et les…
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Jamais Hector aux guerres n'était lâcheLorsqu'il allait combattre les Grégeois : Toujours sa femme attachait son harnois, Et sur l'armet (1) lui plantait son panache. Il ne craignait la Péléenne (2) hache Du grand Achille, ayant deux ou…
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Je n'ay plus que les os, un Schelette je sembleDecharné, denervé, demusclé, depoulpé, Que le trait de la mort sans pardon a frappé, Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble. Apollon et son fils deux grans maistres ensemble, Ne me…
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Je ne suis seulement amoureux de MarieAnne me tient aussi dans les liens d'Amour, Ore l'une me plaît, ore l'autre à son tour : Ainsi Tibulle aimait Némésis, et Délie. On me dira tantôt que c'est une folie D'en aimer, inconstant, deux ou…
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Je faisais ces SonnetsJe faisais ces Sonnets en l'Antre Piéride, Quand on vit les Français sous les armes suer, Quand on vit tout le peuple en fureur se ruer, Quand Bellonne sanglante allait devant pour guide ; Quand au…
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Je plante en ta faveur cet arbreCe Pin, où tes honneurs se liront tous les jours ; J'ai gravé sur le tronc nos noms et nos amours, Qui croîtront à l'envie de l'écorce nouvelle. Faunes, qui habitez ma terre paternelle, Qui menez sur…
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J'espère et crainsJ'espère et crains, je me tais et supplie, Or je suis glace, et ores un feu chaud, J'admire tout, et de rien ne me chaut, Je me délace, et puis je me relie. Rien ne me plaît sinon ce qui m'ennuie, Je…
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Je suis homme né pour mourirJe suis bien seur que du trespas Je ne me sçaurois secourir Que poudre je n'aille là-bas. Je cognois bien les ans que j'ay, Mais ceux qui me doivent venir, Bons ou mauvais, je ne les sçay, Ni quand…
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Je veus lire en trois jours l'Iliade d'HomereEt pour-ce, Corydon, ferme bien l'huis sur moy. Si rien me vient troubler, je t'asseure ma foy Tu sentiras combien pesante est ma colere. Je ne veus seulement que nostre chambriere Vienne faire mon…
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Je veux mourir pour tes beautés, MaîtressePour ce bel oeil, qui me prit à son hain, Pour ce doux ris, pour ce baiser tout plein D'ambre et de musc, baiser d'une Déesse. Je veux mourir pour cette blonde tresse, Pour l'embonpoint de ce trop…
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Je veux pousser par l'univers ma peinePlus tôt qu'un trait ne vole au décocher ; Je veux aussi mes oreilles boucher, Pour n'ouïr plus la voix de ma sereine. Je veux muer mes deux yeux en fontaine, Mon cœur en feu, ma tête en un rocher,…
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Je vois tes yeuxJe vois tes yeux dessous telle planète Qu'autre plaisir ne me peut contenter, Sinon le jour, sinon la nuit chanter : Allège-moi, ma plaisante brunette. O liberté, combien je te regrette ! Combien le…
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Je voudrais bien richement jaunissantEn pluie d'or goutte à goutte descendre Dans le beau sein de ma belle Cassandre, Lors qu'en ses yeux le somme va glissant. Je voudrais bien en taureau blanchissant Me transformer pour finement la…
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Je voudrais être Ixion et TantaleDessus la roue et dans les eaux là-bas, Et nu à nu presser entre mes bras Cette beauté qui les anges égale. S'ainsi était, toute peine fatale Me serait douce et ne me chaudrait pas, Non, d'un vautour…
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Je vous envoye un bouquet que ma mainVient de trier de ces fleurs épanies, Qui ne les eust à ce vespre cuillies, Cheutes à terre elles fussent demain. Cela vous soit un exemple certain Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries, En…
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Laisse-moi sommeiller, amourNe te suffit-il que de jour Les yeux trop cruels de ma dame Me tourmentent le corps et l'âme, Sans la nuit me vouloir ainsi Tourmenter d'un nouveau souci, Alors que je devrais refaire Dans le lit la…
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La jeunesseQui voudra voir dedans une jeunesse La beauté jointe avec la chasteté, L'humble douceur, la grave majesté, Toutes vertus, et toute gentillesse : Qui voudra voir les yeux d'une Déesse, Et de nos ans…
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L'an se rajeunissait en sa verte jouvenceQuand je m'épris de vous, ma Sinope cruelle ; Seize ans étaient la fleur de votre âge nouvelle, Et votre teint sentait encore son enfance. Vous aviez d'une infante encor la contenance, La parole, et…
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La quenouilleQuenouille, de Pallas la compagne et l'amie, Cher présent que je porte à ma chère Marie, Afin de soulager l'ennui qu'elle a de moi, Disant quelque chanson en filant dessur toi, Faisant pirouetter, à…
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L'arrogance est pire que l'humilitéD'autant que l'arrogance est pire que l'humblesse (1), Que les pompes et fards sont toujours déplaisants, Que les riches habits, d'artifice pesants, Ne sont jamais si beaux que la pure simplesse (2)…
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Le boyteus mari de VénusOde XXVII. Aveques ses Cyclopes nus R'alumoir un jour les flammeches De sa forge, à fin d'echaufer Une grande masse de fer Pour en faire à l'Amour des fleches. Venus les trampoit dans du miel, Amour…
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Le Ciel ne veut, Dame, que je jouisseDe ce doux bien que dessert mon devoir ; Aussi ne veux-je, et ne me plaît d'avoir Sinon du mal en vous faisant service. Puisqu'il vous plaît, que pour vous je languisse, Je suis heureux, et ne puis…
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Les Amours de Marie (VI)Vous méprisez nature, êtes-vous si cruelle De ne vouloir aimer ? voyez les Passereaux, Qui démènent (1) l'Amour, voyez les Colombeaux, Regardez le Ramier, voyez la Tourterelle : Voyez, deçà, delà,…
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Les Amours de Marie (XIX)Comme on voit sur la branche, au mois de Mai, la rose En sa belle jeunesse, en sa première fleur, Rendre le Ciel jaloux de sa vive couleur, Quand l'Aube, de ses pleurs, au point du jour, l'arrose :…
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Le soir qu'Amour vous fit en la salle descendrePour danser d'artifice un beau ballet d'amour, Vos yeux, bien qu'il fût nuit, ramenèrent le jour, Tant ils surent d'éclairs par la place répandre. Le ballet fut divin, qui se soulait reprendre, Se…
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Le vintieme d'Avril couché sur l'herbeletteJe vy, ce me sembloit, en dormant un chevreuil, Qui ça, puis là, marchoit où le menoit son vueil, Foulant les belles fleurs de mainte gambelette. Une corne et une autre encore nouvellette Enfloit son…
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L'honnêteté, douceur, rigueurIl ne fallait, maîtresse, autres tablettes Pour vous graver, que celles de mon cœur. Où de sa main, Amour, notre vainqueur Vous a gravée de vos grâces parfaites. Là vos vertus au vif y sont…
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Magie, ou délivrance d'amourOde XXIX. Sans avoir lien qui m'estraigne, Sans cordons, ceinture ny nouds, Et sans jartiere à mes genous Je vien dessus ceste montaigne, Afin qu'autant soit relasché Mon cœur d'amoureuses tortures,…
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Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moiHaleine contre haleine, échauffe-moi la vie, Mille et mille baisers donne-moi je te prie, Amour veut tout sans nombre, amour n'a point de loi. Baise et rebaise-moi ; belle bouche pourquoi Te…
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Ma maîtresse est toute angeletteToute belle fleur nouvelette, Toute mon gracieux accueil, Toute ma petite brunette, Toute ma douce mignonnette, Toute mon coeur, toute mon oeil. Toute ma grâce et ma Charite, Toute belle perle…
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Marie, à tous les coups vous me venez reprendreQue je suis trop léger, et me dites toujours, Quand je vous veux baiser, que j'aille à ma Cassandre, Et toujours m'appelez inconstant en amours. Je le veux être aussi, les hommes sont bien lourds Qui…
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Marie, baisez-moi ; non, ne me baisez pasMais tirez-moi le coeur de votre douce haleine ; Non, ne le tirez pas, mais hors de chaque veine Sucez-moi toute l'âme éparse entre vos bras ; Non, ne la sucez pas ; car après le trépas Que serais-je…
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Marie, levez-vous, ma jeune paresseuseLà, la gaie alouette au ciel a fredonné, Et là le rossignol doucement jargonné, Dessus l'épine assis, sa complainte amoureuse. Sur ! debout ! allons voir l'herbelette perleuse, Et votre beau rosier…
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Marie, que je sers en trop cruel destinQuand d'un baiser d'amour votre bouche me baise, Je suis tout éperdu, tant le coeur me bat d'aise. Entre vos doux baisers puissé-je prendre fin ! Il sort de votre bouche un doux flair, qui le thym,…
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Marie, qui voudrait votre beau nom tournerIl trouverait Aimer : aimez-moi donc, Marie, Faites cela vers moi dont votre nom vous prie, Votre amour ne se peut en meilleur lieu donner. S'il vous plaît pour jamais un plaisir demener, Aimez-moi,…
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Marie, vous avez la joue aussi vermeilleQu'une rose de mai, vous avez les cheveux De couleur de châtaigne, entrefrisés de noeuds, Gentement tortillés tout autour de l'oreille. Quand vous étiez petite, une mignarde abeille Dans vos lèvres…
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Marie, vous passez en taille, et en visageEn grâce, en ris, en yeux, en sein, et en téton, Votre moyenne soeur, d'autant que le bouton D'un rosier franc surpasse une rose sauvage. Je ne dis pas pourtant qu'un rosier de bocage Ne soit…
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Meschantes nuicts d'hyverMeschantes nuicts d'hyver, nuicts filles de Cocyte Que la terre engendra d'Encelade les seurs, Serpentes d'Alecton, et fureur des fureurs, N'aprochez de mon lict, ou bien tournez plus vitte. Que fait…
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Mignonne, allons voir si la roseQui ce matin avoit desclose Sa robe de pourpre au Soleil, A point perdu ceste vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostre pareil. Las ! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a…
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Nature ornant la dameDe sa douceur forcer les plus rebelles, Lui fit présent des beautés les plus belles, Que dès mille ans en épargne elle avait. Tout ce qu'Amour avarement couvait De beau, de chaste et d'honneur sous…
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Ni de son chef le trésor crépeluNi de son ris l'une et l'autre fossette, Ni l'embonpoint de sa gorge grassette, Ni son menton rondement fosselu, Ni son bel oeil que les miens ont voulu Choisir pour prince à mon âme sujette, Ni son…
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Ni voir flamber au point du jour les rosesNi lys planté sur le bord d'un ruisseau, Ni son de luth, ni ramage d'oiseau, Ni dedans l'or les gemmes bien encloses, Ni des Zéphyrs les gorgettes décloses, Ni sur la mer le ronfler d'un vaisseau, Ni…
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Ode à CassandreOde XXVI. En vous donnant ce pourtraict mien Dame, je ne vous donne rien Car tout le bien qui estoit nostre Amour dès le jour le fit vostre Que vous me fistes prisonnier, Mais tout ainsi qu'un…
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Ode à l'alouetteT'oseroit bien quelque poète Nyer des vers, douce alouette ? Quant à moy je ne l'oserois, Je veux celebrer ton ramage Sur tous oyseaus qui sont en cage, Et sur tous ceus qui sont es bois. Qu'il te…
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OdelettePourtant, si j'ai le chef plus blanc Que n'est d'un lis la fleur éclose, Et toi le visage plus franc Que n'est le bouton d'une rose Pour cela, cruelle, il ne faut Fuir ainsi ma tête blanche ; Si j'ai…
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Odelette à une jeune maîtressePourquoi, comme une jeune Poutre, De travers guignes-tu vers moi ? Pourquoi, farouche, fuis-tu outre, Quand je veux approcher de toi ? Tu ne veux pas que l'on te touche, Mais si je t'avais sous ma…
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Odelette à sa maîtresseJe veux aimer ardemment, Aussi veux-je qu'également On m'aime d'une amour ardente : Toute amitié froidement lente Qui peut dissimuler son bien Ou taire son mal, ne vaut rien, Car faire en amours…
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Ode saphique XXXBelle dont les yeux doucement m'ont tué Par un doux regard qu'au cœur ils m'ont rué, Et m'ont en un roc insensible mué En mon poil grison, Que j'estois heureux en ma jeune saison, Avant qu'avoir beu…
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Ode saphique XXXIMon âge et mon sang ne sont plus en vigueur, Les ardents pensers ne m'eschauffent le cœur ; Plus mon chef grison ne se veut enfermer Sous le joug d'aimer. En mon jeune avril, d'Amour je fus soudart,…
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Ô doux parler, dont l'appât doucereuxNourrit encore la faim de ma mémoire, Ô front, d'Amour le Trophée et la gloire, Ô ris sucrés, ô baisers savoureux ; Ô cheveux d'or, ô côteaux plantureux De lis, d'oeillets, de porphyre et d'ivoire, Ô…
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Ô Fontaine BellerieBelle fontaine chérie De nos Nymphes, quand ton eau Les cache au creux de ta source Fuyantes le Satyreau, Qui les pourchasse à la course Jusqu'au bord de ton ruisseau. Tu es la Nymphe éternelle De ma…
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Ô ma douce moitiéChanson. T'assurer que mon amitié Ne se verra jamais finie, Je fis, pour t'en assurer mieux Un serment juré par mes yeux Et par mon cœur et par ma vie. Tu jures ce qui n'est à toi ; Ton cœur et tes…
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Ores l'effroi et ores l'espéranceDe tous côtés se campent en mon cœur : Ni l'un ni l'autre au combat n'est vainqueur, Pareils en force et en persévérance. Ores douteux, ores pleins d'assurance, Entre l'espoir et le froid de la peur,…
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Ôtez votre beauté, ôtez votre jeunesseÔtez ces rares dons que vous tenez des cieux, Ôtez ce bel esprit, ôtez-moi ces beaux yeux, Cet aller, ce parler digne d'une Déesse : Je ne vous serai plus d'une importune presse Fâcheux comme je suis…
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Pareil j'égale au soleil que j'adoreL'autre soleil. Celui-là de ses yeux Enlustre, enflamme, enlumine les cieux, Et celui-ci toute la terre honore. L'art, la nature et les astres encore, Les éléments, les grâces et les dieux Ont…
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Par un destin dedans mon cœur demeureL'œil, et la main, et le poil délié, Qui m'ont si fort brûlé, serré, lié, Qu'ars, pris, lassé, par eux faut que je meure. Le feu, la serre et le rets (1), à toute heure Ardent, pressant, nouant mon…
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Petit nombril, que mon penser adoreEt non mon oeil qui n'eut onques le bien De te voir nu, et qui mérites bien Que quelque ville on te bâtisse encore ; Signe amoureux, duquel Amour s'honore, Représentant l'Androgyne lien, Combien et…
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Plus mille fois que nul or terrienJ'aime ce front où mon tyran se joue Et le vermeil de cette belle joue, Qui fait honteux le pourpre Tyrien. Toutes beautés à mes yeux ne sont rien, Au prix du sein qui lentement secoue Son gorgerin,…
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Plût-il à Dieu n'avoir jamais tâtéSi follement le tétin de m'amie ! Sans lui vraiment l'autre plus grande envie, Hélas ! ne m'eût, ne m'eût jamais tenté. Comme un poisson, pour s'être trop hâté, Par un appât, suit la fin de sa vie,…
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Pour boire dessus l'herbe tendreJe veux sous un laurier m'étendre, Et veux qu'Amour, d'un petit brin Ou de lin ou de chènevière Trousse au flanc sa robe légère, Et, mi-nue, me verse du vin. L'incertaine vie de l'homme De jour en…
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Pour être en vain tes beaux soleils aimantNon pour ravir leur divine étincelle, Contre le roc de ta rigueur cruelle Amour m'attache à mille clous d'aimant. En lieu d'un aigle, un soin cruellement, Souillant sa griffe en ma plaie éternelle,…
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Pour retenir un amantII faut aimer et non dissimuler, De même flamme amoureuse brûler, Et que le cœur soit pareil au langage : Toujours un rire, toujours un bon visage, Toujours s'écrire et s'entre-consoler : Ou qui ne…
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Pour son tombeauRonsard repose icy qui hardy dés enfance Détourna d'Helicon les Muses en la France, Suivant le son du luth et les traits d'Apollon : Mais peu valut sa Muse encontre l'eguillon De la mort, qui cruelle…
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Pourtant si ta maîtresse est un petit putainTu ne dois pour cela te courroucer contre elle. Voudrais-tu bien haïr ton ami plus fidèle Pour être un peu jureur, ou trop haut à la main ? Il ne faut prendre ainsi tous péchés à dédain, Quand la…
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Pren ceste rose aimable comme toyQui sers de rose aux roses les plus belles, Qui sers de fleur aux fleurs les plus nouvelles, Qui sers de Muse aux Muses et à moy. Pren ceste rose, et ensemble reçoy Dedans ton sein mon coeur qui n'a…
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Quand au temple nous seronsAgenouillés, nous ferons Les dévots selon la guise De ceux qui pour louer Dieu Humbles se courbent au lieu Le plus secret de l'église. Mais quand au lit nous serons Entrelacés, nous ferons Les…
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Quand ces beaux yeuxQuand ces beaux yeux jugeront que je meure, Avant mes jours me bannissant là bas, Et que la Parque aura porté mes pas A l'autre bord de la rive meilleure, Antres et près, et vous forêts, à l'heure,…
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Quand en songeant ma folâtre j'acolleLaissant mes flancs sur les siens s'allonger, Et que, d'un branle habilement léger, En sa moitié ma moitié je recolle ! Amour, adonc si follement m'affole, Qu'un tel abus je ne voudroi changer, Non…
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Quand je pense à ce jour, où je la vey si belleToute flamber d'amour, d'honneur et de vertu, Le regret, comme un trait mortellement pointu, Me traverse le coeur d'une playe eternelle. Alors que j'esperois la bonne grace d'elle, L'Amour a mon…
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Quand je suis tout baissé sur votre belle faceJe vois dedans vos yeux je ne sais quoi de blanc, Je ne sais quoi de noir, qui m'émeut tout le sang, Et qui jusques au coeur de veine en veine passe. Je vois dedans Amour, qui va changeant de place,…
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Quand je suis vingt ou trente moisSans retourner en Vendômois, Plein de pensées vagabondes, Plein d'un remords et d'un souci, Aux rochers je me plains ainsi, Aux bois, aux antres et aux ondes. Rochers, bien que soyez âgés De trois…
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Quand je te voy seule assise à par-toyToute amusée avecques ta pensée, Un peu la teste encontre bas baissée, Te retirant du vulgaire et de moy : Je veux souvent pour rompre ton esmoy, Te saluer, mais ma voix offensée, De trop de peur se…
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Quand l'été, dans ton lit, tu te couches maladeCouverte d'un linceul, de roses tout semé, Amour, d'arc et de trousse et de flèches armé, Caché sous ton chevet, se tient en embuscade. Personne ne te voit, qui d'une couleur fade Ne retourne au…
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Quand vous serez bien vieilleQuand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu, devisant et filant, Direz chantant mes vers, en vous émerveillant : Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. Lors…
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Que me servent mes versQue me servent mes vers et les sons de ma Lyre, Quand nuit et jour je change et de mœurs et de peau, Pour aimer sottement un visage si beau ! Que l'homme est malheureux qui pour l'amour soupire ! Je…
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Quiconque a peint Amour, il fut ingenieuxNon le faisant enfant chargé de traicts et d'ailes, Non luy chargeant les mains de flames eternelles, Mais bien d'un double crespe enveloppant ses yeux. Amour hait la clarté, le jour m'est odieux :…
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Qu'il me soit arraché des tétins de sa mèreCe jeune enfant Amour, et qu'il me soit rendu ; II ne fait que de naître et m'a déjà perdu ; Vienne quelque marchand, je le mets à l'enchère. D'un si mauvais garçon la vente n'est pas chère, J'en…
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Qui voudra voir comme un Dieu me surmonteComme il m'assaut, comme il se fait vainqueur, Comme il renflamme et renglace mon coeur, Comme il reçoit un honneur de ma honte, Qui voudra voir une jeunesse prompte A suivre en vain l'objet de son…
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Quoy mon ame, dors tu engourdie en ta masseLa trompette a sonné, serre bagage, et va Le chemin deserté que Jesuchrist trouva, Quand tout mouillé de sang racheta nostre race. C'est un chemin facheux borné de peu d'espace, Tracé de peu de gens…
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Si c'est aimer, Madame, et de jour, et de nuitRêver, songer, penser le moyen de vous plaire, Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit : Si c'est aimer que de suivre un bonheur qui me fuit, De me…
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Si je trépasse entre tes bras, MadameIl me suffit, car je ne veux avoir Plus grand honneur, sinon que de me voir En te baisant, dans ton sein rendre l'âme. Celui que Mars horriblement enflamme Aille à la guerre, et manque de pouvoir, Et…
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Si mille oeillets, si mille liz j'embrasseEntortillant mes bras tout à l'entour, Plus fort qu'un cep, qui d'un amoureux tour La branche aimée, en mille plis enlasse : Si le soucy ne jaunist plus ma face, Si le plaisir fait en moy son le…
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Si mon grand Roy n'eust veincu meinte armeeSon nom n'iroit, comme il fait, dans les cieux: Les ennemis l'ont fait victorieux, Et des veincuz il prend sa renommee. Si de plusieurs je te voy bien-aimee, C'est mon trophee, et n'en suis envieux :…
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Si seulement l'image de la choseFait à noz yeux la chose concevoir, Et si mon oeil n'a puissance de voir, Si quelqu'idole au devant ne s'oppose : Que ne m'a fait celuy qui tout compose, Les yeux plus grands, afin de mieux pouvoir…
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Soit que son or se crêpe lentementOu soit qu'il vague en deux glissantes ondes, Qui çà, qui là par le sein vagabondes, Et sur le col, nagent folâtrement ; Ou soit qu'un noeud illustré richement De maints rubis et maintes perles…
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Sonnet (I)Je n'ay plus que les os, un squelete je semble, Decharné, denervé, demusclé, depoulpé, Que le trait de la mort sans pardon a frappé ; Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble. Apollon et son…
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Sonnet (II)Meschantes nuicts d'hyver, nuicts filles de Cocyte, Que la Terre engendra, d'Encelade les sœurs ; Serpentes d'Alecton et fureur des fureurs, N'approchez de mon lict, ou bien tournez plus vite. Que…
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Sonnet (III)Donne-moy tes presens en ces jours que la brume Fait les plus courts de l'an, ou, de ton rameau teint Dans le ruisseau d'oubly, dessus mon front espreint, Endors mes pauvres yeux, mes gouttes et mon…
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Sonnet (IV)Ah ! longues nuicts d'hyver, de ma vie bourrelles, Donnez-moy patience, et me laissez dormir ! Vostre nom seulement, et suer et fremir Me fait par tout le corps, tant vous m'estes cruelles. Le…
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Sur mes vingt ans, pur d'offense et de viceGuidé, mal-caut, d'un trop aveugle oiseau, Ayant encore le menton damoiseau, Sain et gaillard je vins à ton service. Mais, ô cruelle, outré de ta malice, Je m'en retourne en une vieille peau, En chef…
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Tant de fois s'appointer, tant de fois se fascherTant de fois rompre ensemble et puis se renoüer, Tantost blasmer Amour et tantost le loüer, Tant de fois se fuyr, tant de fois se chercher, Tant de fois se monstrer, tant de fois se cacher, Tantost…
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Te regardant assise auprès de ta cousineBelle comme une Aurore, et toi comme un Soleil, Je pensai voir deux fleurs d'un même teint pareil, Croissantes en beauté, l'une à l'autre voisine. La chaste, sainte, belle et unique Angevine, Vite…
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Tu te moques, jeune ribaudeSi j'avais la tête aussi chaude Que tu es chaude sous ta cotte, Je n'aurais besoin de calotte, Non plus qu'à ton ventre il ne faut De pelisson, tant il est chaud. Tous les charbons ardents Allument…
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Une beauté de quinze ans enfantineUn or frisé de maint crêpe anelet, Un front de rose, un teint damoiselet, Un ris qui l'âme aux Astres achemine ; Une vertu de telles beautés digne, Un col de neige, une gorge de lait, Un coeur jà mûr…
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Versons ces roses près ce vinVerson ces roses pres ce vin, De ce vin verson ces roses, Et boyvon l'un à l'autre, afin Qu'au coeur noz tristesses encloses Prennent en boyvant quelque fin. La belle Rose du Printemps Aubert,…
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Vœu à VénusBelle Déesse, amoureuse Chyprine, Mère du Jeu, des Grâces et d'Amour, Qui fais sortir tout ce qui vit au jour, Comme du Tout le germe et la racine ; Idalienne, Amathonte, Erycine, Défends des Turcs…
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Vous me distes, Maitresse, estant à la fenestreRegardant vers Mont-martre et les champs d'alentour : La solitaire vie, et le desert sejour Valent mieux que la Cour, je voudrois bien y estre. A l'heure mon esprit de mes sens seroit maistre, En…
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Vous triomphez de moi, et pour ce, je vous donneCe Lierre qui coule et se glisse à l'entour Des arbres et des murs, lesquels, tour dessus tour, Plis dessus plis, il serre, embrasse et environne. A vous, de ce Lierre appartient la Couronne : Je…
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Vu que tu es plus blancheQui t'a rougi ta lèvre vermeillette D'un si beau teint ? Qui est-ce qui t'a mis Sur ton beau sein cette couleur rougette ? Qui t'a noirci les arcs de tes sourcils ? Qui t'a bruni tes beaux yeux, ma…
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À Madame MargueriteIl faut que j’aille tanter L’oreille de MARGUERITE, Et dans son palais chanter Quel honneur elle merite : Debout Muses, qu’on m’atelle Vostre charette immortelle, Affin qu’errer je la face Par une…
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Amour me tue si je ne veux direAmour me tue, et si je ne veux dire Le plaisant mal que ce m’est de mourir : Tant j’ai grand peur, qu’on veuille secourir Le mal, par qui doucement je soupire. Il est bien vrai, que ma langueur…
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Autre du même à la même dameContente-toi d’un point : Tu es, je n’en mens point, Trop chaude à la curée ; Un coup suffit, la nuit, L’ordinaire qui suit Est toujours de durée. De reins faibles je suis, Relever je ne puis : Un…
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Comme un ChevreuilComme un Chevreuil, quand le printemps détruit L’oiseux cristal de la morne gelée, Pour mieux brouter l’herbette emmiellée Hors de son bois avec l’Aube s’enfuit, Et seul, et sûr, loin de chien et de…
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Contre les bucherons de la forest de GastinElégie Quiconque aura premier la main embesongnée A te couper, forest, d’une dure congnée, Qu’il puisse s’enferrer de son propre baston, Et sente en l’estomac la faim d’Erisichton, Qui coupa de Cerés…
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Comme on voit sur la brancheComme on voit sur la branche au mois de mai la rose, En sa belle jeunesse, en sa première fleur, Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur, Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose; La…
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Cueillez dés aujourd’huy les roses de la vieQuand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise aupres du feu, dévidant & filant, Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant, Ronsard me celebroit du temps que j’estois belle.…
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Hinne à la NuitNuit, des amours ministre et sergente fidele Des arrests de Venus, et des saintes lois d’elle, Qui secrete acompaignes L’impatient ami de l’heure acoutumée, Ô l’aimée des Dieus, mais plus encore…
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Je mourrais de plaisir…Je mourrais de plaisir voyant par ces bocages Les arbres enlacés de lierres épars, Et la lambruche errante en mille et mille parts Ès aubépins fleuris près des roses sauvages. Je mourrais de plaisir…
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Je n’ai plus que les osJe n’ai plus que les os, un squelette je semble, Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé, Que le trait de la mort sans pardon a frappé ; Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble. Apollon et son…
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Le printempsLe printemps n’a point tant de fleurs, L’automne tant de raisins meurs, L’été tant de chaleurs halées, L’hiver tant de froides gelées, Ni la mer a tant de poissons, Ni la Beauce tant de moissons, Ni…
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Les poètes l’ont si bien ditJe te salue, Ô merveillette fente, Qui vivement entre ces flancs reluis; Je te salue, Ô bienheureux pertuis, Qui rend ma vie heureusement contente! C’est toi qui fais que plus ne me tourmente…
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MadrigalSi c’est aimer, Madame, et de jour, et de nuit Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire, Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire Qu’adorer et servir la beauté qui me nuit : Si c’est aimer…
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Odelette à son bouquetMon petit Bouquet mon mignon, Qui m’es plus fidel’ compaignon Qu’Oreste ne fut à Pilade, Tout le jour quand je suis malade Mes valets qui pour leur devoir Le soing de moy debvroient avoir, Vont à…
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StancesJ’ay varié ma vie en devidant la trame Que Clothon me filoit entre malade et sain, Maintenant la santé se logeoit en mon sein, Tantost la maladie extreme fleau de l’ame. La goutte ja vieillard me…
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Sonnet à MarieJe vous envoie un bouquet que ma main Vient de trier de ces fleurs épanouies ; Qui ne les eût à ce vêpres cueillies, Chutes à terre elles fussent demain. Cela vous soit un exemple certain Que vos…
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Verson ces roses pres ce vinVerson ces roses pres ce vin, De ce vin verson ces roses, Et boyvon l’un à l’autre, afin Qu’au coeur noz tristesses encloses Prennent en boyvant quelque fin. La belle Rose du Printemps Aubert,…
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