À sa muse
Plus dur que fer j'ay fini mon ouvrage, Que l'an, dispos à demener les pas, Que l'eau, le vent ou le brulant orage, L'injuriant, ne ru'ront point à bas. Quand ce viendra que le dernier trespas M'assoupira d'un somme dur, à l'heure Sous le tombeau tout Ronsard n'ira pas, Restant de luy la part qui est meilleure. Tousjours, tousjours, sans que jamais je meure, Je voleray tout vif par l'univers, Eternisant les champs où je demeure, De mes lauriers fatalement couvers, Pour avoir joint les deux harpeurs divers Au doux babil de ma lyre d'yvoire, Que j'ay rendus Vandomois par mes vers. Sus donque, Muse, emporte au ciel la gloire Que j'ay gaignée, annonçant la victoire Dont à bon droit je me voy jouissant, Et de ton fils consacre la memoire ; Serrant son front d'un laurier verdissant.
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