Ode saphique XXX
Belle dont les yeux doucement m'ont tué Par un doux regard qu'au cœur ils m'ont rué, Et m'ont en un roc insensible mué En mon poil grison, Que j'estois heureux en ma jeune saison, Avant qu'avoir beu l'amoureuse poison ! Bien loin de souspirs, de pleurs et de prison, Libre je vivoy. Sans servir autruy, tout seul je me servoy ; Engagé n'avois ny mon cœur ny ma foy ; De ma volonté j'estois seigneur et roy. Ô fascheux Amour ! Pourquoy dans mon cœur as-tu fait ton sejour ? Je languis la nuit, je souspire le jour ; Le sang tout gelé se ramasse à l'entour De mon cœur transi. Mon traistre penser me nourrit de souci ; L'esprit y consent et la raison aussi. Longtemps en tel mal vivre ne puis ainsi : La mort vaudroit mieux. Devallon là bas à ce bord stygieux ; D'amour ny du jour je ne veux plus jouyr. Pour ne voir plus rien je veux perdre les yeux Comme j'ay l'ouyr.
❧
Pour prolonger la lecture
Une sélection de poèmes choisis pour leur proximité de ton, de thème ou de voix.
Amour, je ne me plains
Amour
Mélancolie
Condition humaine
Qui voudra voir comme un Dieu me surmonte
Amour
Mélancolie
Condition humaine
Sonnet (IV)
Mort
Mélancolie
Condition humaine
Se laisser surprendre
Explorez par affinité de thèmes, d’émotions, d’époque et de mouvement
- Renaissance
- Renaissance
- Amour
- Mélancolie
- Condition humaine
- Nuit
❧