À Monsieur de Verdun
Ode XXVIII. Si j'avois un riche tresor, Ou des vaisseaux engravez d'or, Tableaux ou medailles de cuivre, Ou ces joyaux qui font passer Tant de mers pour les amasser, Où le jour se laisse revivre, Je t'en ferois un beau present. Mais quoy ! cela ne t'est plaisant, Aux richesses tu ne t'amuses Qui ne font que nous estonner ; C'est pourquoy je te veux donner Le bien que m'ont donné les Muses. Je sçay que tu contes assez De biens l'un sur l'autre amassez, Qui perissent comme fumée, Ou comme un songe qui s'enfuit Du cerveau si tost que la nuit Au second somme est consumée. L'un au matin s'enfle en son bien, Qui au soleil couchant n'a rien, Par défaveur, ou par disgrace, Ou par un changement commun, Ou par l'envie de quelqu'un Qui ravit ce que l'autre amasse. Mais les beaux vers ne changent pas, Qui durent contre le trespas, Et en devançant les années, Hautains de gloire et de bonheur, Des hommes emportent l'honneur Dessur leurs courses empennées. Dy-moy, Verdun, qui penses-tu Qui ait deterré la vertu D'Hector, d'Achille et d'Alexandre, Envoyé Bacchus dans les Cieux, Et Hercule au nombre des dieux, Et de Junon l'a fait le gendre, Sinon le vers bien accomply, Qui tirant leurs noms de l'oubly, Plongez au plus profond de l'onde De Styx, les a remis au jour, Les relogeant au grand sejour Par deux fois de nostre grand monde ? Mort est l'honneur de tant de rois Espagnols, germains et françois, D'un tombeau pressant leur mémoire ; Car les rois et les empereurs Ne different aux laboureurs Si quelcun ne chante leur gloire. Quant à moy, je ne veux souffrir Que ton beau nom se vienne offrir A la Mort, sans que je le vange, Pour n'estre jamais finissant, Mais d'âge en âge verdissant, Surmonter la Mort et le change. Je veux, malgré les ans obscurs, Que tu sois des peuples futurs Cognu sur tous ceux de nostre âge, Pour avoir conçeu volontiers Des neuf Pucelles les mestiers, Qui t'ont enflamé le courage, Non pas au gain ny au vil prix, Mais pour estre des mieux appris Entre les hommes qui s'assemblent Sur Parnasse au double sourci ; C'est pourquoy tu aimes aussi Les bons esprits qui te ressemblent. Or pour le plaisir, quant à moy, Verdun, que j'ay reçeu de toy, Tu n'auras rien de ton poète Sinon ces vers que je t'ay faits, Et avec ces vers les souhaits Que pour bonheur je te souhaite. Dieu vueille benir ta maison De beaux enfans naiz à foison De ta femme belle et pudique ; La concorde habite en ton lit, Et bien loin de toy soit le bruit De toute noise domestique. Sois gaillard, dispost et joyeux, Ny convoiteux ny soucieux Des choses qui nous rongent l'âme ; Fuy toutes sortes de douleurs, Et ne pren soucy des malheurs Qui sont predits par Nostradame. Ne romps ton tranquille repos Pour papaux, ny pour huguenots, Ny amy d'eux, ny adversaire, Croyant que Dieu père très doux (Qui n'est partial comme nous) Sçait ce qui nous est nécessaire. N'ayes soucy du lendemain, Mais, serrant le temps en la main, Vy joyeusement la journée Et l'heure en laquelle seras : Et que sçais-tu si tu verras L'autre lumiere retournée ? Couche-toy à l'ombre d'un bois, Ou près d'un rivage où la vois D'une fontaine jazeresse Tressaute, et tandis que tes ans Sont encore et verds et plaisans, Par le jeu trompe la vieillesse. Tout incontinent nous mourrons, Et bien loin bannis nous irons Dedans une nacelle obscure Où plus de rien ne nous souvient, Et d'où jamais on ne revient : Car ainsi l'a voulu Nature.
❧
Pour prolonger la lecture
Une sélection de poèmes choisis pour leur proximité de ton, de thème ou de voix.
Je voudrais être Ixion et Tantale
Mort
Beauté
Condition humaine
À lui mesme
Mort
Temps
Condition humaine
Je ne découvre ici les mystères sacrés
Mort
Foi
Condition humaine
Se laisser surprendre
Explorez par affinité de thèmes, d’émotions, d’époque et de mouvement
- Renaissance
- Renaissance
- Mort
- Beauté
- Condition humaine
- Mélancolie
- Nuit
- Mer
❧