Cécile Sauvage
Poèmes de Cécile Sauvage (65)
Classés par titre (A–Z).
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Arbres, montagnes, champs neigeuxJe vous vois naître Dans un rayonnement laiteux A ma fenêtre. Le jour passera somnolent Sans autre fête Que l'averse des flocons blancs Lente et muette, Et grave, je m'étonnerai De quelque livre Où…
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Dans l'ombre de ce vallonPointent les formes légères Du Rêve. Entre les bourgeons Et du milieu des fougères Émergent des fronts songeurs Dans leurs molles chevelures, Et des mamelles plus pures Que le calice des fleurs. Ô…
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DestinQuand j'aurai bien souffert de mon âme muette Qui contenait le rythme et les rayons humains, Sans l'avoir jamais vue, en des planches secrètes, Des hommes la cloueront, ironique destin ! Car ce que…
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Douce chanson, claire chansonTu sors de mon âme elle-même, Comme la rose hors du buisson Penche sa pourpre qu'elle sème. Tu nais grave comme le jour Avec un lumineux silence Où le rêve de ton amour A le calme d'une eau qui…
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Enfant, pâle embryonEnfant, pâle embryon, toi qui dors dans les eaux Comme un petit dieu mort dans un cercueil de verre. Tu goûtes maintenant l'existence légère Du poisson qui somnole au-dessous des roseaux. Tu vis…
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Entends-tu le grelot lointain des voituresDans le matin rose ? Ta vitre est close Et que t'importe l'arbre, un champ et sa verdure ? Pourquoi t'obstines-tu cependant à saisir Dans le lointain léger de cette matinée Ces grelots éveillant le…
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Fuite d'automneSors de ta chrysalide, ô mon âme, voici L'Automne. Un long baiser du soleil a roussi Les étangs ; les lointains sont vermeils de feuillage, Le flexible arc-en-ciel a retenu l'orage Sur sa voûte où se…
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J'ai perdu mon jeune bien-aiméJe le tenais si bien dans mon âme enfermé, Il habitait mon sein, il buvait mes tendresses, Je le laissais jouer et tirailler mes tresses. À qui vais-je parler dans mon cœur à présent ? Il écoutait…
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J'aurai trouvé l'apaisementA me fondre avec le murmure Et le rêve de la nature Dans son musical flottement ; A mourir comme fait la brise Dont s'éloigne le clair réseau, Nuage indolent qui se brise, Chute de feuille, reflet…
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Je me souviens de mon enfanceEt du silence où j'avais froid ; J'ai tant senti peser sur moi Le regard de l'indifférence. Ô jeunesse, je te revois Toute petite et repliée, Assise et recueillant les voix De ton âme presque oubliée.
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Je me souviens d'un paysageOù la neige molle tombait, Pareille à l'indolent plumage D'un grand oiseau qui se dévêt. Assise près de la croisée, Je regardais le sol blanchir Et les ramures dénudées Sous les flocons s'épanouir.…
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Je me suis dit les mots câlinsQue personne ne peut me dire, Ceux qui ne parlent pas en vain Au cœur qui se ronge et soupire. Allez, je me suis bien aimée, J'ai si bien caressé mes mains Pour la misère désolée Des petits doigts…
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Je suis dans ma maison chérieD'où je vois les jours s'écouler ; Tour à tour soleil, brume, pluie Vont rire, fondre et s'envoler. Ah ! que de soirs dont je recueille Le dernier soupir plein d'azur Et que d'abeilles, que de…
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Je suis née au milieu du jourLa chair tremblante et l'âme pure, Mais ni l'homme ni la nature N'ont entendu mon chant d'amour. Depuis, je marche solitaire, Pareille à ce ruisseau qui fuit Rêveusement dans les fougères Et mon cœur…
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Je t'ai écrit au clair de luneSur la petite table ovale, D'une écriture toute pâle, Mots tremblés, à peine irisés Et qui dessinent des baisers. Car je veux pour toi des baisers Muets comme l'ombre et légers Et qu'il y ait le…
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Je t'apporte ce soir ma natte plus lustréeQue l'herbe qui miroite aux collines de juin ; Mon âme d'aujourd'hui fidèle à toi rentrée Odore de tilleul, de verveine et de foin ; Je t'apporte cette âme à robe campagnarde. Tout le jour j'ai couru…
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Je veux d'une plainte suaveExhaler ma peine au soleil Et que mon chant soit pur et grave Comme une campagne au réveil : Une campagne solitaire Où le seigle étend son velours, La montagne moite et légère Entourant l'air calme…
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Je vis sans rêve, sans penséeParfois de crépuscule pleine Avec la lune sur le cœur, J'ai l'âme flottante et sereine Du jour qui meurt. Comme doit vivre une colline Sous l'ombre bleue et traversée De vapeur fine.
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La corbeilleChoisis-moi, dans les joncs tressés de ta corbeille, Une poire d'automne ayant un goût d'abeille, Et dont le flanc doré, creusé jusqu'à moitié, Offre une voûte blanche et d'un grain régulier.…
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Laisse couler mes pleursLaisse couler mes pleurs tendres sur ton visage. Bois-les, je suis ta sœur humaine dans la vie, Le sang coule en ma chair pour être ta pâture Et l'amour de la créature M'a pour jamais vers toi, ô mon…
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La lune blanche au rire éteintGlisse dans l'air où rien ne pèse ; On entend le frisson lointain D'un long murmure qui s'apaise. L'heure est si pure qu'on dirait Que la montagne est transparente Et que les arbres dilués Sont les…
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La maison sur la montagneNotre maison est seule au creux de la montagne Où le chant d'une source appelle des roseaux, Où le bout de jardin plein de légumes gagne La roche qui nous tient dans son âpre berceau. Septembre…
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La tasseDans cette tasse claire où luit un cercle d'or J'ai versé du lait blanc pour ta lèvre vermeille. Comme un enfant dolent le long du corridor Un rayon de soleil s'étant couché sommeille. Vois, la…
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La têteÔ mon fils, je tiendrai ta tête dans ma main, Je dirai : j'ai pétri ce petit monde humain ; Sous ce front dont la courbe est une aurore étroite J'ai logé l'univers rajeuni qui miroite Et qui lave…
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Le bonheur est mélancoliqueLe cri des plus joyeux oiseaux Paraît lointain comme de l'eau Où se noierait une musique. À l'œil qui s'en repaît longtemps La couleur des fleurs est moins fraîche ; L'herbe a parfois l'air d'être…
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Le ciel est plus gris qu'une feuille morteQui traîna longtemps dans la boue et l'eau ; Les rameaux menus que le vent emporte Sont les os du pin et ceux du bouleau. On entend couler ainsi que des larmes Quelques gouttes d'eau dans les rochers…
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Le cœur qu'on croyait mortN'est qu'un animal endormi ; Un air qui souffle un peu plus fort Va le réveiller à demi ; Un rameau tombant de sa branche Le fait bondir sur ses jarrets Et, brillante, il voit sur les prés Lui…
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Le cœur tremblant, la joue en feuJ'emporte dans mes cheveux Tes lèvres encore tièdes. Tes baisers restent suspendus Sur mon front et mes bras nus Comme des papillons humides. Je garde aussi ton bras d'amant, Autoritaire enlacement,…
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L'enchantement lunaire endormant la valléeEt le jour s'éloignant sur la mer nivelée Comme une barque d'or nombreuse d'avirons, J'ai rassemblé, d'un mot hâtif, mes agneaux ronds, Mes brebis et mes boucs devenus taciturnes Et j'ai pris le…
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Les dames tranquillesQuelle tranquille bienveillance Près de ces eaux remuées Où le soleil se balance En traversant la feuillée. Seul le rêve voit nos danses Enlacer les pins légers Et nos pas pleins de cadence Fondre…
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Les jours dorés sont longsA s'endormir dans les vallées ; Les massifs d'arbres sont moins blonds D'où la clarté s'en est allée ; Mais il traîne sur les rameaux Comme une vapeur de lumière Et la nature tout entière A l'air de…
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Les mélancoliques crapaudsAvec leurs violons sous l'eau Font une musique à la lune. Ô crapauds, vos violons verts Faits d'eau morte et de cristal clair Sont cachés sous la mare brune. La lune est au milieu de vous Dans l'eau…
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Le soir au soleil je m'assiedsLe soir, au soleil je m'assieds Devant ma porte ; Le jardin, les arbres fruitiers, La brise forte Soufflent jusqu'à moi la rumeur Des tièdes feuilles Sans que mon immobile cœur En lui l'accueille. Je…
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MélancolieA l'œil tendre, à la plume grise, Toi qui me suis quand le jour tombe Vers l'étang que la lune irise ; Toi qui becquètes mon bras frêle Comme une sœur encore mutine Et dont le baiser me rappelle…
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Mon ombre, ô compagne légèreComme l'ombre d'une fougère... Ombre, fantôme de ma vie Qui partout me suit en chemin, Souvenir et mélancolie De mon destin ; C'est moi qui t'attache à la terre, Pesant lien, C'est ma chair lourde,…
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Mon pauvre cœurDans le soir rempli de fumées ; Toutes les maisons sont fermées, Ainsi je cours après la lune Comme après ma fuyante image ; Elle est au fond de l'ombre brune Ou dans l'eau se dérobe et nage.
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Ô Beauté nueÔ Beauté nue à jamais solitaire, Élève ton corps blanc du milieu des fougères Et laisse que le souffle ingénu du matin Caresse ton épaule et le bout de ton sein ; Laisse sous le jour bleu qui coule…
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Ô mes fougères, j'ai passé...Ô mes fougères, j'ai passé Dans votre vallon immobile ; Le jour lentement effacé Inclinait son azur tranquille Dans le ramage des bouleaux Et sur vos feuilles de dentelle Que des reflets bleus comme…
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Parfois dans mon miroirParfois dans mon miroir où larde l'indolence Je m'apparais songeant sur un fond de silence ; La fenêtre d'en face y fait danser sans bruit Son feuillage d'été que la brise conduit ; Une bruine d'or…
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Petites violettes blanchesJ'aime ce cadre de printemps Que vous me faites quand je penche Mon visage sur les étangs. Voyez, ma robe humble et fanée Comme elle s'allonge dans l'eau Et par une algue enrubannée Devient légère…
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Quand je me suis levée avec le petit jourAu coin de la vitre bleutée La lune toute ronde et d'un pâle velours Penchait sa figure effacée. La brume caressait les arbres du lointain Dans son eau tranquille et brouillée ; Du fond de l'horizon…
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Que je repose en toiQue je repose en toi, mon beau logis d'amour, Dans la nuit de ton cœur sur mon être scellée. Tu seras mon tombeau. Oubliant les détours, Ombre, je vais descendre, en ton ombre effacée. Tu seras mon…
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Quelquefois sur le seuil de pierreJ'écoute, pensive, le chant Des martinets, delà lumière Et des guêpes brunes du champ. Le jour dans sa ronde joyeuse D'ailes, de feuilles et de cris Bat ma maison silencieuse Comme un nid de…
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Si vous venez sous mes ombragesÔ voyageurs, vous reposer, Goûtez la fraîcheur des nuages Où glissent mes plus doux baisers ; Écoulez les feuilles luisantes Remuer avec un bruit d'eau Au-dessus des sources dormantes Où mon rêve…
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Te voilà dans les boisNuit douce et blanche, Et ton ombre se penche Autour de moi. Tout à l'heure, mauves de brume, Les pins veloutaient le coteau Et l'azur était comme une eau Vaporeuse où la lune fume. Mais rien de…
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Une vapeur mauve et légèreDu ciel bruinait sur les monts Sa lueur caressait la terre Et la profondeur des vallons ; Sur la verte et rase prairie Elle s'allongeait en fumant. Fraîcheur qui pénètre la vie, Mollesse de l'ombre…
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Vers cet espace calmeVers cet espace calme où tourne l'hirondelle Et qui ne connaît pas le cri des chairs mortelles, Portez-moi, longs soupirs des oiseaux et des branches, Que je coule dans l'air avec le vent muet. Leur…
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Beauté, dans ce vallonBeauté, dans ce vallon étends-toi blanche et nue Et que ta chevelure alentour répandue S’allonge sur la mousse en onduleux rameaux ; Que l’immatérielle et pure voix de l’eau, Mêlée au bruit léger de…
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Comme un geste ancien j’ai vu sur le murComme un geste ancien j’ai vu sur le mur S’allonger la treille Et parmi l’azur Flotter les abeilles. M’habituai-je, cependant, À voir la lune pâle et ronde Sortir de la courbe du monde, S’élever dans…
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Femme pensive, nue et qui flottes sur l’eauFemme pensive, nue et qui flottes sur l’eau Entre les pâles lys et les grêles bouleaux, Les deux bras repliés, les jambes allongées Et toute ta beauté vaguement émergée ; Que regardent tes yeux dans…
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Il est né…Il est né, j’ai perdu mon jeune bien-aimé, Je le tenais si bien dans mon âme enfermé, Il habitait mon sein, il buvait mes tendresses, Je le laissais jouer et tirailler mes tresses. À qui vais-je…
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Je ne peux rien retenirJe ne peux rien retenir, Ni la lune ni la brise, Ni la couleur rose et grise D’un étang plein de dormir ; Ni l’amitié ni ma vie, Ombre fuyante et pâlie Dont je perds le souvenir.
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Je ne veux qu’un rêveJe ne veux qu’un rêve À demi-flottant, Que mon âme brève Passe en voletant, Que la brume fine L’enveloppe aussi ; Qu’elle s’achemine Sans autre souci Que celui d’errer Avec une brise, Sur l’arbre…
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Je t’apporte ce soirJe t’apporte ce soir ma natte plus lustrée Que l’herbe qui miroite aux collines de juin ; Mon âme d’aujourd’hui fidèle à toi rentrée Odore de tilleul, de verveine et de foin ; Je t’apporte cette âme…
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Jusqu’au ciel d’azur gris le pré léger s’élèveJusqu’au ciel d’azur gris le pré léger s’élève Comme une route fraîche inconnue aux vivants ; La mouillure de l’herbe et de la jeune sève Répand dans l’air rêveur son haleine d’argent. Sur les bords…
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L’enchantement lunaireL’enchantement lunaire endormant la vallée Et le jour s’éloignant sur la mer nivelée Comme une barque d’or nombreuse d’avirons, J’ai rassemblé, d’un mot hâtif, mes agneaux ronds, Mes brebis et mes…
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Ma maison est assise au ventMa maison est assise au vent Dans une plaine sombre et nue Comme un tombeau pour un vivant Où s’agite ma chair menue. Les longs brouillards viennent frôler Au soir ma porte solitaire, Et je ne sais…
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Le jourLevons-nous, le jour bleu colle son front aux vitres, La note du coucou réveille le printemps, Les rameaux folichons ont des gestes de pitres, Les cloches de l’aurore agitent leurs battants. La nuit…
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Mes pieds touchent-ils le pré ?Mes pieds touchent-ils le pré ? Une hirondelle s’envole. Ah ! comme le jour doré Pèse peu sur mes épaules ; Comme il pâlit et se fond Dans la brume de la lune Et m’entraîne et me confond Avec la…
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Peut-être serai-je plus gaiePeut-être serai-je plus gaie Quand, dédaigneuse du bonheur, Je m’en irai vieille et fanée, La neige au front et sur le coeur : Quand la joie ou les cris des autres Seront mon seul étonnement Et que…
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Quelle molle inexistenceQuelle molle inexistence Descend en pâle lueur De ce bouleau qui balance Sa ramure de fraîcheur. Cette fraîcheur endormie De lumière verte et calme A la rêveuse harmonie Et le silence de l’âme.
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MusiqueUne lente voix murmure Dans la verte feuillaison ; Est-ce un rêve ou la nature Qui réveille sa chanson ? Cette voix dolente et pure Glisse le long des rameaux : Si fondue est la mesure Qu’elle se…
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Souvent le coeur qu’on croyait mortSouvent le coeur qu’on croyait mort N’est qu’un animal endormi ; Un air qui souffle un peu plus fort Va le réveiller à demi ; Un rameau tombant de sa branche Le fait bondir sur ses jarrets Et,…
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Un rapide corbillardUn rapide corbillard Trotte sous les branches douces. L’air rose entoure le char Et le vent le pousse.
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Voeux simplesVivre du vert des prés et du bleu des collines, Des arbres racineux qui grimpent aux ravines, Des ruisseaux éblouis de l’argent des poissons ; Vivre du cliquetis allègre des moissons, Du clair…
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