Charles Guérin
Poèmes de Charles Guérin (113)
Classés par titre (A–Z).
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Ah ! ce bruit affreux de la vieEt que dormir serait meilleur Dans la terre où le caillou crie Sous la bêche du fossoyeur ! Le soleil a toute ma haine ; Je suis rassasié de voir Sa lumière quotidienne Se rire de mon désespoir. Ah !…
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Ah ! Seigneur, Dieu des coeursAh ! Seigneur, Dieu des cœurs robustes, répondez ! Quel est ce temps de doute où l'homme joue aux dés Ses croyances, l'amour et le rêve et la gloire ? Il est tard ; que faut-il aimer, que faut-il…
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Ainsi qu'un lierre obscurceint le bord d'une coupeLa montagne en traits noirs sur le ciel se découpe, Sur le ciel pâlissant et pur d'un soir d'été. L'âme à la fin du jour goûte la volupté D'être comme une fleur trop lourde qui s'incline. Les cendres…
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Au bout du cheminLe soleil se couche ; Donne-moi ta main, Donne-moi ta bouche. Comme un cœur sans foi Cette source est noire ; J'ai soif, donne-moi Tes larmes à boire. Ô chute du jour ! Des angélus sonnent ;…
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Avant que mon désir douloureux soit combléD'un amour qui l'apaise enfin ou dont je meure, Entendrai-je souvent encore la mer du blé Bruire aux alentours de ma chère demeure ? Trop de fois, taciturne et sombre, et regardant Mes chiens souples…
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Avec le ciel doré, le vent, la voix...Avec le ciel doré, le vent, la voix des chênes, L'ombre qui redescend les collines et l'homme Qui redescend l'amour, j'écrirais des poèmes Pareils par la douleur aux soirs d'extrême automne. Ceux qui…
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Avec ses espaliers de luxure et de fastesA Albert Samain Le jardin merveilleux où règne ton infante Dans la grande lumière étage ses terrasses Et domine mon val aux vergers de silence. Val paisible où le vol léger des feuilles lentes…
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Ce cœur plaintif, ce cœur d'automneQui veut l'aimer ? Ma belle enfant, on vous le donne Pour un baiser. Amusez-vous, car je vous vois Inoccupée, A le briser, comme autrefois Votre poupée. Ce sera moins long que les roses A déchirer,…
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Ce soir après la pluie est douxCe soir après la pluie est doux ; soir de septembre Si doux qu'on en voudrait pleurer, si plein d'abeilles Qu'on fuit tout défaillant la pénombre des chambres. C'est un soir de septembre un peu…
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Ce soir je reprendrai mon chemin solitaireDans les champs où la nuit traîne son manteau bleu J'irai, respirant l'air que l'herbe en fleur embaume, Triste et pressant le pas comme ceux qui vont seuls ; Je verrai les hameaux s'endormir sous le…
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Ce soir sur le chemin sonore du coteauCe soir, sur le chemin sonore du coteau, Nous menons en rêvant notre amour qui frissonne D'une obscure tiédeur sous le même manteau. Ô crépuscule amer de novembre ! L'automne Est soucieux comme un…
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Chansons, chansons, chansons...Chansons, chansons, chansons, chansons ; Des larmes avec des baisers... Puis vient l'automne et nous passons : L'herbe des champs a bien passé. J'ai pleuré comme font les autres Pour l'amour de deux…
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Charme indéfinissable et fin, le soir d'étéSe glisse, souffles, fleurs et voix, par les fenêtres. Comme sa paix se pose en baume sur les lèvres ! Comme son calme apprend aux âmes la bonté ! Il est profond, il est limpide, son azur Enseigne…
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Comme un roseau plaintif au bord de la rivièreTu gémissais : « Ô le méchant seigneur Hamlet ! Pourquoi m'a-t-il trahie et se peut-il qu'il ait Tué, lui qui m'aimait, Polonius mon père ? Adieu donc, tendres jours de joie et de lumière Où ma…
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Conseils au solitaireAie une âme hautaine et sonore et subtile, Tais-toi, mure ton seuil, car la lutte déprave ; Forge en sceptre l'or lourd et roux de tes entraves, Ferme ton cœur à la rumeur soûle des villes ; Entends…
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Contemple tous les soirs le soleilRien n'agrandit les yeux et l'âme, rien n'est beau Comme cette heure ardente, héroïque et farouche, Où le jour dans la mer renverse son flambeau. Pareil, dans un repli secret de la falaise, A cette…
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Dans la soudaine nuit d'une jarre de terrePlongé par des enfants cruels, ce papillon, Regrettant le natal azur et la lumière, Remplit d'un délicat bruit d'ailes sa prison. Ainsi, captive au creux d'une forme d'argile Qui rompt à chaque élan…
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Dans ton décor naïf tu m'apparais...Dans ton décor naïf tu m'apparais, Jenny, Doux fantôme où revit la romance, ouvrière Qui brodais en levant parfois sur l'infini Des cils rêveurs et deux yeux purs pleins de prière. Ta mansarde…
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Dernières paroles du poèteJe vais mourir, je vais bientôt mourir ; qu'on ouvre La croisée et que j'aie un rayon de soleil Sur mon lit et la ronde endormeuse des mouches ; Que tout le jour sourie à mon dernier sommeil ; Qu'on…
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Deux papillons faisaient l'amour sur une roseVoyant venir notre ombre ils s'enfuirent soudain De la fleur, où leur couple aérien se pose Quand il descend du ciel de mai dans le jardin. Un moment tu suivis des yeux leur vol qui danse ; Puis sur…
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Devant le ciel de nacre et d'orNous accoudons, pensifs, après la volupté, Notre langueur d'amants heureux à la fenêtre. Bientôt, comme un joyau candide, va paraître A l'occident la belle étoile de l'amour Qui fiance en tremblant…
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Du seuil de sa prison charnelleVenir le soir ; porteur d'un message angélique Il chemine vers elle et l'enveloppe toute De parfums, de tendresse, et d'ombre et de musique. L'âme, attentive au pas du visiteur nocturne, A dépouillé…
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Écoute, quelqu'un chante ou soupire...Écoute. Quelqu'un chante ou soupire, poète ! Un lied dont on ne sait s'il est triste ou rieur Te dénonce l'éveil de l'homme intérieur. Ecoute, et que ta plume attentive soit prête A recueillir l'écho…
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Encore un peu ta bouche en pleursTes mains contre mon cœur et ta voix triste et basse ; Demeure ainsi longtemps, délicieuse et lasse, Auprès de moi, ma pauvre enfant, ce soir d'adieu. Les formes du jardin se fondent dans l'air bleu,…
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Entre mon rêve et toiJ'écris ; entre mon rêve et toi la lampe chante. Nous écoutons, muets encore de volupté, Voleter un phalène aveugle dans la chambre. Ton visage pensif est rose de clarté. Tu caresses les doigts que…
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Entrerai-je, ce soir, Seigneur, dans ta maisonSans craindre que ma chair, vouée aux œuvres viles, Apporte le relent de luxure des villes A la candeur des jupes d'ombre en oraison ? Je songe à d'autres jupes d'ombre qui sont douces Pour endormir…
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Epitaphe pour lui-mêmeIl fut le très subtil musicien des vents Qui se plaignent en de nocturnes symphonies ; Il nota le murmure des herbes jaunies Entre les pavés gris des cours d'anciens couvents. Il trouva sur la viole…
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Été des vieilles joiesQue ton souffle renaisse, Eté des vieilles joies, Et ramène l'espoir et son divin cortège, Et ravive l'écho de mes pas sur la grève Où le vol des corbeaux et des rêves tournoie. Car ma jeunesse…
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Goûte, me dit le Soir de juin avec douceurGoûte ma reposante et secrète harmonie, Et forme tendrement ton âme et ton génie Sur le ciel d'où je viens avec la Nuit ma sœur. Regarde-nous marcher au bord de la colline, Comme un couple inégal de…
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Il a plu un soir de juinIl a plu. Soir de juin. Ecoute, Par la fenêtre large ouverte, Tomber le reste de l'averse De feuille en feuille, goutte à goutte. C'est l'heure choisie entre toutes Où flotte à travers la campagne…
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Il est si tard, il fait, cette nuit de novembreSi triste dans mon cœur et si froid dans la chambre Où je marche d'un pas âpre, le front baissé, Arrêtant les sanglots sur mes lèvres, poussé Par les ressorts secrets et rudes de mon âme ! La maison…
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J'ai croisé sur la route où je vais dans la vieLa Mort qui cheminait avec la Volupté, L'une pour arme ayant sa faux inassouvie, L'autre, sa nudité. Voyageur qui se traîne, ivre de lassitude, Cherchant en vain des yeux une borne où s'asseoir, Je…
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J'ai dans l'âtre encore vide et sévèreDes lettres où l'amour mentait, des roses sèches Hier âme odorante et gloire de l'été, Et d'anciens vers écrits jadis avec fierté. Le feu, d'un arc subit, a décoché ses flèches. Le mur s'est d'une…
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Je subis la peine du damJe répands les sueurs sanglantes Du vieil et du nouvel Adam, Goutte à goutte, en des œuvres lentes : Et j'en signe l'aveu hautain Pour flatter dans leur rude voie Tous mes frères que leur destin Lie…
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J'étais couché dans l'ombreJ'étais couché dans l'ombre au seuil de la forêt. Un talus du chemin désert me séparait. J'écoutais s'écouler près de moi, bruit débile, Une source qui sort d'une voûte d'argile. Par ce beau jour de…
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Je t'apporte buisson de rosesJe t'apporte, buisson de roses funéraires, Ces vers, à toi déjà lointaine et presque morte, Ô douloureuse enfant qui passes dans mes rêves ; Moi qui t'ai vue heureuse et belle, je t'apporte Ces vers,…
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Je te vois anxieuse et belleLe sang fiévreux afflue et palpite à tes tempes. Ferme les yeux, prends-moi plus près de toi, sois tendre, Et que ma chair se fonde à ta bonne chaleur. La force du désir gonfle ta gorge en fleur ; Un…
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Je vais sur la pelouse humideD'un pas léger, les yeux riants, l'âme brisée De tendresse, de joie indicible et d'amour. Le jour descend en moi comme un baiser, le jour Me pénètre et m'enlève à la terre. J'adore. Le jardin…
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Je voudrais être un hommeJe voudrais être un homme : or rien, dans mes poèmes, Ne touche au fond sacré de l'humanité même. Aux heures de paresse on s'arrête à ce livre Comme on entre dans une auberge somptueuse, Pour y…
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J'imagine souvent ta maisonUsant dans le devoir une âme encore fervente ; Je reconnais ton bruit de pas j'entends ta voix Tendre et grave donner un ordre à la servante. Ce soir, le jeune avril te gagne à sa douceur. Tu te…
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L'abeille qui plongeait...L'abeille qui plongeait dans cette campanule, Mes doigts agilement sur elle ont clos la fleur Entends, si ton oreille approche sa cellule, L'insecte bourdonner sur un ton querelleur. Ce n'est là…
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La bouche aimée est savoureuse et chaudeEt ton amante nue est un rosier vermeil ; Mais sache que le miel enivre de sommeil La cétoine, émeraude amoureuse des roses. La gloire te sourit en aïeule ridée : Reste obscur. Passe vite auprès des…
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La chanson de la bien-aiméeComme un trille d'oiseau siffleur, Monte dans la nuit parfumée. L'entendez-vous sous la ramée, A travers les pommiers en fleur, Comme une vivante fumée, Son rythme subtil et trembleur Monte dans la…
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La chèvre dans l'enclosLa chèvre dans l'enclos qui l'enferme piétine ; La guêpe rôde autour du fruit ; le nouveau-né Du sein qui le nourrit à peine détourné, Plus avide et plus fort recherche la tétine ; Le Nord lointain…
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La maison dortLa maison dort au cœur de quelque vieille ville Où des dames s'en vont, lasses de bonnes œuvres, S'assoupir en suivant l'office de six heures, Ville où le rouet gris de l'ennui se dévide. Dans la…
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La maison serait blancheLa maison serait blanche et le jardin sonore De bruits d'eaux vives et d'oiseaux, Et le lierre du mur qui regarde l'aurore Broderait d'ombres les rideaux Du lit tiède où, mêlés comme deux…
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L'ambre, le seigle mûr, le miel...L'ambre, le seigle mûr, le miel plein de lumière Dont le gâteau ressemble aux grottes de Fingal, Comparés aux cheveux dont mon amie est fière N'offrent pas un éclat égal. Que mon amie heureuse auprès…
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La mémoire de l'homme est une pierre dureEt le poète y rompt son outil et son cœur Sans qu'il ait pu graver de strophe qui l'assure Dès ce temps à jamais d'un toujours jeune honneur. La vie est brève ; l'art est vain. Mais la nature,…
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L'amour nous fait tremblerL'amour nous fait trembler comme un jeune feuillage, Car chacun de nous deux a peur du même instant. « Mon bien-aimé, dis-tu très bas, je t'aime tant... Laisse... Ferme les yeux... Ne parle pas...…
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La nuit répand sur le village son ombreLa nuit répand sur le village Son ombre et sa tranquillité. L'âme inquiète du feuillage Soupire aux souffles de l'été. En face du jour qui s'achève Des groupes sombres sont assis, Pleins d'un…
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La pensée est la plus amère des maîtressesTu formes tendrement son corps par des caresses Tu puises pour prêter une âme à ses contours, Dans toute ta douleur et toutes tes amours ; Tu la vêts de satins chatoyants, tu la pares De joyaux…
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La pensée est une eau sans cesse jaillissanteElle surgit d'un jet puissant du cœur des mots, Retombe, s'éparpille en perles, jase, chante, Forme une aile neigeuse ou de neigeux rameaux, Se rompt, sursaute, imite un saule au clair de lune,…
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Lasse et les cils battants, heureuse...Lasse et les cils battants, heureuse, elle se penche, Abandonne son corps au bras qui le soutient, Ouvre à demi des yeux que le plaisir éteint, Et frissonne en offrant sa jeune gorge blanche Aux…
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La voix du soirLa voix du soir est sainte et forte, Lourde de songe et de parfums, Et son flot d'ombre me rapporte La cendre des espoirs défunts. J'ai dit à l'amour qu'il s'en aille, Et son pas d'aube, je l'écoute…
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Le ciel pâlit, la terre humide et reposéeRespire. Messager du matin, le vent pur Agite faiblement la vigne sur le mur Et d'une main timide entr'ouvre ma croisée. Une lueur d'argent lustre l'herbe brisée, Car, des coteaux de l'est au val…
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Le ciel profond reflète en étoiles nos larmesCar nous pleurons, ce soir, de nous sentir trop vivre. La brume est chaude, la plus blanche rose enivre, La chair baigne en un lac balsamique, et le calme Nocturne ajoute à la confusion des âmes. La…
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Le grain de blé qu'on va moudreLe vin se change au sang divin de la victime. Le fruit tire son suc de la branche brisée. La rose, vierge en pleurs, fléchit sous la rosée, Et le miel alourdit l'abeille suspendue Qu'un souffle d'air…
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Le jour blanc se levait à peine sur la merDes gouttes d'eau tintaient à mon balcon de fer. Je m'accoudai, tremblant de fièvre et triste, en face De l'océan obscur et rauque et de l'espace. Sépulcre cimenté de plomb blême et de poix, Le ciel…
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Le lait des chatsLes chats trempent leur langue rose Au bord des soucoupes de lait ; Les yeux fixés sur le soufflet, Le chien bâille en songeant, morose. Et tandis qu'il songe et repose Près de la flamme au chaud…
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Le navrant sourire où monte un flot de larmesEt nos cœurs douloureux et lourds qui battent l'heure ! Détourne ton visage et laisse-moi. Qu'il pleure, Le pauvre enfant blotti sur ton sein, pauvre femme ! Dérobe-moi tes yeux : les suprêmes…
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Le rosaire des clochesI Les cloches dans leurs tours égrènent un rosaire Mélancolique, par l'air d'une nuit d'été. Or j'ai bu le poison aux yeux de la Beauté, Et j'ai peine à ne pas crier sous ma misère. Ô lourd ciboire…
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Le sable du ravin est rougeFait un bruit de baisers sur les cailloux mouvants. L'air bleuit, et là-bas les cloches des couvents Répandent l'angélus du soir aux quatre vents. J'écoute; le geai crie et le ramier roucoule, Le pic…
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Le soir léger avec sa brume claireLe soir léger, avec sa brume claire et bleue, Meurt comme un mot d'amour aux lèvres de l'été, Comme l'humide et chaud sourire heureux des veuves Qui rêvent dans leur chair d'anciennes voluptés. La…
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Le soleil de ce jour d'automneLes chênes étaient noirs sur l'occident, déjà Vénus brillait au bord d'un golfe de nuages, Et les troupeaux obscurs rentraient des pâturages. Heure où s'enivre l'âme inquiète d'aimer, L'amour seul a…
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Le soleil disparu rayonne sur la merLe navire propage un remous d'émeraude, Le sable garde empreint le rampement du ver. Ève est nue, et derrière Ève le serpent rôde. Déjà l'étoile errante éclaire d'autres cieux Quand son sillage…
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Le temps n'a point pâli ta souveraine imageTelle qu'un jour d'été, jadis, tu m'apparus, Debout, battant du linge au bord d'un sarcophage, Je te revois, fille aux bras nus. C'est dans une prairie où la chaleur frissonne, Où, comme un brasier…
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Le tiède après-midi paisibleAh ! comme tout est lourd, comme tout sent l'automne ! Comme ton cœur d'enfant prodigue bat, pauvre homme, Devant ces murs où tu laissas ta vie ancienne ! La vigne vierge rouge étreint les…
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Le vent est doux comme une main de femmeLe vent du soir qui coule dans mes doigts ; L'oiseau bleu s'envole et voile sa voix, Les lys royaux s'effeuillent dans mon âme ; Au clavecin s'alanguissent les gammes, Le soleil est triste et les…
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L'hiver a, cette nuit, une odeur de printempsJ'ai pour rêver ouvert ma fenêtre. J'entends Le vent qui semble fuir sur un voile de soie. Les pins murmurent, l'air embaume, un chien aboie. Le silence est une urne où tombe chaque bruit. Et mon…
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Ma douce enfant, ma pauvre enfantMa douce enfant, ma pauvre enfant, sois forte et calme. Pense à Dieu, pense à notre amour éternel. Lève Les yeux, souris, et vois, d'un battement si faible, Mes cils mouillés répondre à ton sourire…
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Ma fenêtre était large ouverteLa maison reposant autour de moi sans bruit, J'écrivais, douloureux poète d'élégies, A la clarté dansante et douce des bougies. Un souffle d'air chargé des parfums du jardin Me ravit en entrant la…
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Maîtresse, tendre et noble amieQu'un sévère destin me ravit sans retour, Si quelque triste et doux hasard t'apporte un jour Ce livre d'un enfant prématurément sage Où je pleure le temps, hélas ! de notre amour, Où, fidèle et pieux…
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Ma plume, cette nuit de doute...Ma plume, cette nuit de doute et de ténèbres, Pèse âmes doigts tremblants comme un sceptre abdiqué. Manquerai-je au destin que vous m'avez marqué, Ou mon nom vivra-t-il entre les noms célèbres,…
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Mélodie païenneVenez ce soir, m'amie, à la vesprée ; Pendant qu'au bourg on danse la bourrée, Vous passerez par la porte du clos, Et je vous attendrai sous les bouleaux, Près de la source au soleil empourprée. Dans…
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Ne mêle pas l'esprit aux choses de la chairSache, aux moments secrets où le corps est en fête, Redescendre à l'obscur délire de la bête. Tumultueux et sourd et fort comme la mer, Laisse gronder tes sens en orgues de tempête, Et que sous…
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Nuit d'ombre, nuit tragique, ô nuit désespéréeJ'étouffe dans la chambre où mon âme est murée, Où je marche, depuis des heures, âprement, Sans pouvoir assourdir ni tromper mon tourment, Et j'ouvre au large clair de lune la fenêtre. Là-bas, et ne…
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Octobre à son manteau d'azur fourréArbore ce matin les joyaux de l'hiver. Le ruisseau fume, un fin brouillard couvre la berge, Le jardin blanc miroite au soleil, l'herbe fond Et chatoie et ses fils de perles se défont. Un givre…
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Ô jeunesse, fervent et clair foyer d'amourTu fais au ciel l'aveu sonore de ta joie, Et ta flamme, luttant d'éclat avec le jour, Aux quatre vents, pareille à la Chimère, ondoie ! Mais tu n'as pas plus tôt brillé de tout ton feu Que, prompte à…
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Ô mon ami, mon vieil ami, mon seul amiD'entre tout ce passé déjà mort à demi Rappelle-toi nos soirs de détresse commune, L'été, dans un jardin public baigné de lune. Après avoir de rue en rue longtemps erré, Nous nous asseyions là, le…
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Ô poète inquiet du mondeOpposant un front ferme aux grands souffles salés, Souviens-toi que l'amour, docile au pas de l'heure, Ne descend pas deux fois dans la même demeure ! Un soir tu reviendras, sentant qu'il se fait…
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Ô tragiques instants du départOù toute véritable amante se sent mère Et, mesurant sa force à son amour pour nous, Nous berce longuement au creux de ses genoux, Et détourne ses yeux pleins de larmes, et rêve, Et répond à nos vains…
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Ô veille de Toussaint et dernier soir d'octobreLe ciel est une ruche où bourdonnent les cloches, Et le soleil pâlit sur le jardin doré : De même, à l'occident large et pur de ma vie, Dans un suprême adieu d'amour je descendrai. La glycine,…
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Parfois l'esprit se perd...Parfois l'esprit se perd dans la forêt des mots. Inquiet, il hésite, il tâtonne, il trébuche Dans le lierre qui tord ses nœuds comme une embûche. Il appelle, et sa voix retombe des rameaux. Il…
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Parfois, sur les confins du sommeil qui s'achèveA l'heure où l'âme est triste et flotte au bas du rêve, Un souvenir d'amour nous étreint à la gorge, Vivant et si profond qu'on en voudrait mourir. Le cœur, rempli de pleurs voluptueux, déborde ; On…
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Plutôt qu'un médiocre honneur...Plutôt qu'un médiocre honneur, accordez-moi, Dieu juste, de mourir jeune encore et l'âme ivre De volupté, d'orgueil puissant, avec la foi Que j'aurais été grand si vous m'aviez fait vivre. Car je…
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Pour couronner la blonde enfantDe toutes la plus chaste ensemble et la plus belle, Car sa gorge orgueilleuse a pour hôte un cœur pur, Que l'azur du bleuet au fauve épi se mêle. Quand le ciel d'août torride accable les moissons,…
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Puisque l'ennui, pauvre homme...Puisque l'ennui, pauvre homme, Te jette encore à de nouveaux voyages, Emporte au moins dans l'âme L'adieu doré des beaux jours de l'automne. Comme un baiser l'après-midi s'achève ; La brise est large…
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Quand, au matin, je vois tes persiennesDoucement comme des paupières, Et toi-même accoudée au balcon en fleurir, Rose blanche, les vieilles pierres, Mon âme livre alors ses ailes au baiser De la jeune lumière heureuse, Et vole,…
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Que la nuit m'enveloppe et dorlote ma peineDe toute sa bonté, de toute sa douceur ; Que les flocons légers de la neige à mon cœur S'enroulent comme au noir rouet la blanche laine. La chambre est une tendre aïeule qui me berce Des chansons qui…
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Quel est ce lied qui fait son nid dans mon silenceEt qu'une femme au loin, délicate, apprivoise ? Ah ! quel lied monotone a crispé mes mains moites Au long des draps léchés de fla mm e agonisante ? Nulle ne berce mon chagrin et ne me parle.…
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Qui de vous n'a connu les soirs où l'on écouteL'orgueil gronder en soi comme un orgue funèbre, Les soirs d'ombre et d'effroi, d'impuissance et de doute Qui remuent au plus bas du cœur la cendre amère ? Alors on est haineux et dur comme Satan, On…
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Qui pleure à ma porte à la fin du jour ?Ouvre : c'est l'Amour. Quel est ce front pâle à ma vitre noire ? Ouvre : c'est la Gloire. On frappe. Qui frappe et frappe si fort ? Ouvre : c'est la Mort.
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Qu'on ouvre la fenêtre au largeLarge ouverte à l'air bleu qui vient avant la nuit ! Je voudrais, ah ! marcher autour de moi sans bruit, Entendre ce que dit l'automne à ma tristesse ; Car voici la saison où la sève s'épuise. C'est…
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Requiem d'automneL'automne fait gronder ses grandes orgues grises Et célèbre le deuil des soleils révolus, L'avare automne entasse aux rebords des talus Les vols de feuilles d'or que flagelle la bise. Stérile et…
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Saison fidèle aux cœursSaison fidèle aux cœurs qu'importune la joie, Te voilà, chère Automne, encore de retour. La feuille quitte l'arbre, éclatante, et tournoie Dans les forêts à jour. Les aboiements des chiens de chasse…
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Soirs de stérilité qui font l'âme plus sècheQu'une route où le vent de décembre a soufflé ! Soirs où sous la douleur âcre le cœur gelé Fait le cri d'une terre aride sous la bêche ! On se sent seul, on se sent las, on se sent vieux, Avec des…
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Sois pure comme la roséeComme le ciel que tu reflètes ; Sois légère aux herbes brisées, Ame tremblante du poète. Colore-toi du sang de l'aube, Scintille en larme aux cils des feuilles ; Et si des roses te recueillent,…
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Souffrir infiniment, souffrir...Souffrir infiniment, souffrir, souffrir assez Pour que le soc tranchant et fort de la douleur Ouvre à fond ce coteau de vigne desséché Et qu'au prochain automne on vendange mon cœur ! Souffrir ? Je…
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Souvent, le front posé sur tes genouxPlus faible que ton cœur amoureux, faible femme, Et ma main qui frémit en recevant tes larmes Se dérobe aux baisers de feu dont tu l'effleures. « Mais, dis-tu, cher petit enfant, tu m'inquiètes ;…
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Stériles nuits d'hiver où ton âme trop pauvreHaineuse et lâche, éparse au vent, boueuse et noire, Fuyant l'âtre où les chats obséquieux se chauffent Et le thé musical et blond des rêveurs sobres, Dans la rue où l'impur amour chuchote et rôde…
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Sur nos pas le profond enfer s'est referméÔ compagnon pensif qui m'enseigne la route, Moins réprouvés que nous, les morts au fond du gouffre Blasphèment : « Dieu nous hait, mais nous avons aimé. » Sur l'extrême plateau qu'une aube obscure…
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Taciturnes, le front baissé, nous tisonnonsLa mourante lueur du feu baigne les noms Que notre main distraite a tracés dans les cendres ; Son rouge éclat palpite au fond des glaces, teint Nos visages, tes cils encore, puis s'éteint. Le…
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Ton cœur est fatigué des voyagesPour asile un toit bas et de chaume couvert, Un verger frais baigné d'un crépuscule vert Où du linge gonflé de vent pende à des perches ? Alors ne va pas plus avant : Voici l'enclos. Cette porte…
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Ton image en tous lieux peuple ma solitudeQuand c'est l'hiver, la ville et les labeurs d'esprit, Elle s'accoude au bout de ma table d'étude, Muette, et me sourit. A la campagne, au temps où le blé mûr ondule, Amis du soir qui tombe et des…
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Tu rangeais en chantant pour le repas du soirLe pain blond, du laitage et le fruit de nos treilles, Autour d'un rayon d'or formé par les abeilles ; Et te voici qui viens tout près de moi t'asseoir. Il a plu ; l'air mouillé répand une odeur…
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Tu sommeilles, je vois tes yeux sourire encoreTu sommeilles ; je vois tes yeux sourire encore. Ta gorge, ainsi deux beaux ramiers prennent l'essor, Se soulève et s'abaisse au gré de ton haleine. Tu t'abandonnes, lasse et nue et tout en fleur, Et…
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Une flûte au son purUne flûte au son pur, je ne sais où, soupire. C'est dimanche. La ville est paisible, il fait bleu ; Et l'âme à qui l'azur semble toujours suffire Bénit le soir tombant et la bonté de Dieu. Pourtant…
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Un oiseau, fauvette ou griveChante amoureusement dans les feuilles nouvelles, Et, transi de rosée encore, sèche ses ailes Au soleil dans le jeune azur et le vent frais. Les rosiers déterrés poussent des bourgeons roses. L'orme…
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Un soir au coucher du soleilJe menais sur le bord murmurant d'une grève Mon cœur qui te répond, ô mer, et qui pareil A ton abîme obscur, gronde, s'apaise et rêve, Se brise sur lui-même et fuit, revient baiser D'humbles pieds…
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Un soir, au temps du sombre équinoxe d'automneOù la mer forcenée et redoublant d'assauts Se cambre et bat d'un lourd bélier le roc qui tonne, Nous étions dans un lieu qui domine les eaux. Heure trouble, entre l'ombre et le jour indécise ! La…
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Voici dans le couvent voisin...Voici dans le couvent voisin qui se recueille Le rosaire et le bruit d'abeilles des Avé Voici le vent du soir qui joue avec la feuille Ô bien-aimée, un jour encore s'est achevé. Joignons les mains,…
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Vous, le charme et l'honneur de mon jardin natalEnfant qui secouez dans les herbes aiguës, Pour en faire tomber des bêtes de métal, Le parasol blanc des ciguës ; Vous qui vivez, naïf et frais, toujours fêté, Cette heure de la vie où l'on pleure…
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Vous qui sur mon front toute en larmesVous qui sur mon front, toute en larmes, Pressez vos yeux pour ne plus voir Les feuilles du berceau de charmes Sur le sable humide pleuvoir, Dans le brouillard funèbre où glissent Ces ombres des…
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