François Coppée
Poèmes de François Coppée (173)
Classés par titre (A–Z).
-
À Aloys BlondelAloys, songes-tu quelquefois au poète Qui t'attirait naguère entre ses deux genoux Et, mettant un baiser sur tes cheveux si doux, Admirait ton teint frais et ton rire de fête ? Lui se souvient de…
-
À deux îlesÔ siècle ! ceux qui sont trop grands, tu les exiles ! Et tes deux meilleurs fils échoués dans deux îles Y vivent, sans se plaindre et sans un mot amer, Seuls avec leur passé, leur génie et la mer.…
-
À deux sœursÉdith rêve toujours et toujours Jeanne rit ; La blonde lève au ciel un regard de victime, Et la brune au dehors répand sa joie intime. Ainsi l'étoile brille et la rose fleurit. Mais, quand un tendre…
-
Adieux aux Eaux-BonnesMa mémoire vous aime et vous sera fidèle, Source à qui je devrai ma santé d'un hiver, Monts altiers, gaves purs, et toi, vieux pic de Ger, Qui dresses dans l'azur ta haute citadelle. Mais la…
-
À Jeanne Lemerre(Pour le jour de son mariage) Poète de vingt ans, je t'ai vue au berceau. Qu'elle est loin, la chanson du Passant à Silvie ! Que de feuillets tournés du livre de ma vie ! De celui de ce jour lirai-je…
-
À Madame la princesse MathildeSous le ciel de Florence, alors qu'on pouvait voir Aux bleus décamérons les étoiles sourire, Et devant quelque Reine aimable de la lyre, Vêtus du long camail, les Poètes s'asseoir ; Souvent, au fond…
-
À Mademoiselle Anna TraversDans la maison aux murs par les livres couverts, Le cher aïeul défunt, bien souvent, me fit fête ; Le père me témoigne une amitié parfaite. Des deux mamans aussi je sens les cœurs ouverts. Fille de…
-
À Mademoiselle Annette BaudritJe suis ton vieux parent et je sais ton histoire ; Je te vis naître, Annette, et je te vis grandir. Te voilà mariée, et l'on va te cueillir, Rose qui parfumas longtemps la forge noire. Je connais ton…
-
À Mademoiselle Jane SabateryJ'ai quitté la mère patrie Pour voir, par un minuit bien clair, Le ciel refléter dans la mer Sa merveilleuse orfèvrerie. Hélas ! aux côtes d'Algérie, Règne un impitoyable hiver. Les nuits sont du…
-
AubadeL'aube est bien tardive à naître, Il a gelé cette nuit ; Et déjà sous ta fenêtre Mon fol amour m'a conduit. Je tremble, mais moins encore Du froid que de ma langueur ; Le frisson du luth sonore Se…
-
Aubade parisiennePour venir t'aimer, ma chère, Je franchis les blancs ruisseaux, Et j'ai l'âme si légère Que j'ai pitié des oiseaux. Quel temps fait-il donc ? Il gèle, Mais je me crois au printemps. Entends-tu,…
-
Au bord de la MarneC'est régate à Joinville. On tire le pétard. Les cinq canots, deux en avant, trois en retard, Partent, et de soleil la rivière est criblée. Car la berge, là-bas, la foule est assemblée, Et la…
-
Au lion de BelfortSi je gravais des vers sur ton socle de pierre, Certes, j'exalterais tes combats glorieux, Ô monstre colossal, qui, seul victorieux, Seul peux montrer les crocs et froncer la paupière. Je dirais…
-
À un ange gardienMon rêve, par l'amour redevenu chrétien, T'évoque à ses côtés, ô doux ange gardien, Divin et pur esprit, compagnon invisible Qui veilles sur cette âme innocente & paisible ! N'est-ce pas, beau soldat…
-
À une jeune MarseillaiseParis, certes, est une merveille ; Mais, s'il pouvait avoir Vos yeux de diamant noir, Il serait un petit Marseille.
-
À une tulipeÔ rare fleur, ô fleur de luxe et de décor, Sur ta tige toujours dressée et triomphante, Le Velasquez eût mis à la main d'une infante Ton calice lamé d'argent, de pourpre et d'or. Mais, détestant…
-
À un lilasJe vois fleurir, assis à ma fenêtre, L'humble lilas de mon petit jardin, Et son subtil arome qui pénètre Vient jusqu'à moi dans le vent du matin. Mais je suis plein d'une colère injuste, Car ma…
-
À un sous-lieutenantVous portez, mon bel officier, Avec une grâce parfaite, Votre sabre à garde d'acier ; Mais je songe à notre défaite. Cette pelisse de drap fin Dessine à ravir votre taille ; Vous êtes charmant ; mais…
-
Au théâtreOn jouait un opéra-bouffe. C'est le nom qu'on donne aujourd'hui Aux farces impures dont pouffe Notre siècle si fier de lui. On riait très fort. La machine Était bête, et sale souvent, Et se passait…
-
Aux ambulancières de la Croix-RougeAvez-vous quelque espoir dans la paix ! Donnez-m'en. Mais on s'arme. Toujours l'homme, hélas ! loup pour l'homme ! Toujours le « væ victis » du Barbare dans Rome ! Et la fraternité n'est qu'un fade…
-
Aux amputés de la guerreA quoi pensez-vous, ô drapeaux De nos dernières citadelles, Vous qui comptez plus de corbeaux Dans notre ciel que d'hirondelles ? A quoi penses-tu, laboureur, Qui, dans un sillon de charrue, Te…
-
Aux bains de merSur la plage élégante au sable de velours Que frappent, réguliers et calmes, les flots lourds, Tels que des vers pompeux aux nobles hémistiches, Les enfants des baigneurs oisifs, les enfants riches,…
-
Blessure rouverteÔ mon cœur, es-tu donc si débile et si lâche, Et serais-tu pareil au forçat qu'on relâche Et qui boite toujours de son boulet traîné ? Tais-toi, car tu sais bien qu'elle t'a condamné. Je ne veux plus…
-
Chanson d'exilTriste exilé, qu'il te souvienne Combien l'avenir était beau, Quand sa main tremblait dans la tienne Comme un oiseau, Et combien ton âme était pleine D'une bonne & douce chaleur, Quand tu respirais…
-
Chant de guerre circassienDu Volga sur leurs bidets grêles Les durs Baskirs vont arriver. Avril est la saison des grêles, Et les balles vont le prouver. Les neiges ont fini leurs fontes, Les champs sont verts d'épis nouveaux…
-
Cheval de renfortLe cheval qu'a jadis réformé la remonte Est là, près du trottoir du long faubourg qui monte, Pour qu'on l'attelle en flèche au prochain omnibus. Il a cet air navré des animaux fourbus, Sous son sale…
-
Croquis de banlieueL'homme, en manches de veste et, sous son chapeau noir, A cause du soleil, ayant mis son mouchoir, Tire gaillardement la petite voiture, Pour faire prendre l'air à sa progéniture, Deux bébés, l'un…
-
Dans la rueLes deux petites sont en deuil ; Et la plus grande, – c'est la mère, – A conduit l'autre jusqu'au seuil Qui mène à l'école primaire. Elle inspecte, dans le panier, Les tartines de confiture Et jette…
-
Dans la rue, le soir...Neuf heures. On entend la retraite aux tambours. Les grisettes s'en vont du côté des faubourgs, Après avoir fini la tâche journalière. C'est comme un coup de pied dans une fourmilière. En waterproof,…
-
DésespérémentL'immense ennui, ce fils bâtard de la douleur, En maître est installé dans mon âme et l'habite, Et moins que la vieillesse affreuse et décrépite, Cette âme de trente ans a gardé de chaleur. J'en…
-
Désir dans le spleenTout vit, tout aime ! et moi, triste et seul, je me dresse Ainsi qu'un arbre mort sur le ciel du printemps. Je ne peux plus aimer, moi qui n'ai que trente ans, Et je viens de quitter sans regrets ma…
-
Douleur bercéeToi que j'ai vu pareil au chêne foudroyé, Je te retrouve époux, je te retrouve père ; Et sur ce front songeant à la mort qui libère, Jadis le pistolet pourtant s'est appuyé. Tu ne peux pas l'avoir…
-
ÉmigrantsIl fait nuit. – Et la voûte est ténébreuse où monte, Par la sonorité du bâtiment de fonte, Le jet de vapeur blanche au sifflement d'enfer, Hennissement affreux du lourd cheval de fer Qui vient à…
-
En automneQuand de la divine enfant de Norvége, Tout tremblant d'amour, j'osai m'approcher, Il tombait alors des flocons de neige. Comme un martinet revole au clocher, Quand je la revis, plein d'ardeurs plus…
-
En bateau-moucheJe pris le bateau-mouche au bas du Pont-Royal ; Et sur un banc devant le public trivial ; – Ô naïve impudeur ! ô candide indécence ! – Je vis un ouvrier avec sa connaissance, Qui se tenaient les…
-
En hiverSur la route en linceul changée Par deux longs mois de vent du nord, La petite passe, chargée De son lourd fagot de bois mort. Comme l'horizon s'illumine Des lueurs d'un couchant d'hiver, Sa…
-
En sortant d'un balOn n'a pu l'emmener qu'à la dernière danse. C'était son premier bal, songez ! et la prudence De sa mère a cédé jusqu'au bout au désir De la voir, embellie encor par le plaisir, Résister du regard au…
-
ÉpitapheDans le faubourg qui monte au cimetière, Passant rêveur, j'ai souvent observé Les croix de bois et les tombeaux de pierre Attendant là qu'un nom y fût gravé. Tu m'es ravie, enfant, et la nuit tombe…
-
Espoir timideChère âme, si l'on voit que vous plaignez tout bas Le chagrin du poète exilé qui vous aime, On raillera ma peine et l'on vous dira même Que l'amour fait souffrir, mais que l'on n'en meurt pas. Ainsi…
-
Étoiles filantesDans les nuits d'automne, errant par la ville, Je regarde au ciel avec mon désir, Car si, dans le temps qu'une étoile file, On forme un souhait, il doit s'accomplir. Enfant, mes souhaits sont…
-
Fantaisie nostalgiqueD'être ou de n'être pas je n'ai point eu le choix, Mais, dans ce siècle vide, ennuyeux et bourgeois Je suis comme un enfant volé par des tziganes, Qui chassa les oiseaux avec des sarbacanes, Et…
-
Ferrum est quod amantSous les pleurs du jet d'eau qui bruit dans la vasque, Armide étreint les flancs du héros enchaîné. Près d'Ares, qui de sang ruisselle, Dioné Mêle ses fins cheveux aux crins rudes d'un casque Donc, ô…
-
Gaieté du cimetièreAvis aux amateurs de la gaîté française Le printemps fait neiger, dans le Père-Lachaise, Les fleurs des marronniers sur les arbres muets, Et la fosse commune est pleine de bleuets ; Le liseron…
-
Hymne à la paixLa paix sereine et radieuse Fait resplendir l'or des moissons ; La nature est blonde et joyeuse, Le ciel est plein de grands frissons. Hosanna dans la fange noire Et dans le pré blanc de troupeaux ;…
-
InnocenceSi chétive, une haleine, une âme, L'orpheline du porte-clés Promenait dans la cour infâme L'innocence en cheveux bouclés. Elle avait cinq ans ; son épaule Était blanche sous les haillons, Et, libre,…
-
InvocationEnfant blonde aux doux yeux, ô rose de Norvège, Qu'un jour j'ai rencontrée aux bords du bleu Léman, Cygne pur émigré de ton climat de neige ! Je t'ai vue et je t'aime ainsi qu'en un roman, Je t'aime…
-
Joujoux d'AllemagneL'autre soir, je voyais la petite Marie Rester, près de la lampe, en extase et sans voix ; Car elle avait tiré de son coffre de bois Ce jouet d'Allemagne appelé bergerie. Les moutons étaient gros…
-
KabalaAprès avoir blanchi sous un grimoire antique, Près du creuset, bravant fagots et Montfaucon, Sans avoir trouvé l'or ni le basilicon, L'ancien souffleur mourait, pauvre et sans viatique. Mais, comme…
-
La chaumière incendiéeFléau rapide et qui dévore, La bataille a passé par là, Et la vieille maison brûla ; Regardez, cela fume encore. Quelques images d'Épinal, Un fusil sur la cheminée ; C'était la chaumière obstinée, Le…
-
La famille du menuisierLe marchand de cercueils vient de trousser ses manches Et rabote en sifflant, les pieds dans les copeaux. L'année est bonne ; il n'a pas le moindre repos Et même il ne boit plus son gain tous les…
-
La mémoireSouvent, lorsque la main sur les yeux je médite, Elle m'apparaît, svelte & la tête petite, Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front. Trouverai-je jamais des mots qui la peindront, La chère…
-
La mort du singeFrissonnant jusque dans la moelle, Pelé, funèbre et moribond, Le vieux singe, près de son poêle, Tousse en râlant et se morfond. Composant, malgré sa détresse, La douleur qui le fait mourir, Il geint…
-
La nourriceI Elle était orpheline et servait dans les fermes. Saint-Martin et Saint-Jean d'été sont les deux termes Où les gros métayers, au chef-lieu de canton, Disputant et frappant à terre du bâton,…
-
La premièreCe n'est pas qu'elle fût bien belle ; Mais nous avions tous deux vingt ans, Et ce jour-là, – je me rappelle, – Était un matin de printemps. Ce n'est pas qu'elle eût l'air bien grave ; Mais je jure…
-
L'armurePour un homme de taille énorme, Droite sur son piquet de bois, L'armure éclatante et difforme Parle des héros d'autrefois. Certes, il était d'une autre race, Celui qui, sans plier le dos, Sous le…
-
La ruineEn Grèce, j'ai trouvé, parmi les noirs érables Et les lauriers profonds, dans un bois consacré, Caché par les buissons les plus impénétrables, Un vieux temple de Pan, en ruine, ignoré. Pas un sentier…
-
La Sœur noviceLorsque tout douloureux regret fut mort en elle Et qu'elle eut bien perdu tout espoir décevant, Résignée, elle alla chercher dans un couvent Le calme qui prépare à la vie éternelle. Le chapelet…
-
La tour géantePleins de corbeaux et d'angélus, Les clochers dont le doigt de pierre Montrait sa route à la prière, N'avaient que cent mètres au plus. Des hommes hardis sont venus Et, forgeant la dure matière, Ont…
-
L'aube tricoloreHier, j'ai surpris l'aurore à son premier éveil, Quand le nid est muet encore sur la branche. Là-haut, le sombre azur. Plus bas, la brume blanche. Enfin, à l'horizon, un flamboiement vermeil. Bleu,…
-
Le CanonLe silence imposant et la nuit solennelle Planent sur le rempart où, debout dans le vent, Le mousqueton au bras, veille une sentinelle Auprès d'un gros canon tourné vers le levant. Le fort est un de…
-
L'échoJ'ai crié dans la solitude : « Mon chagrin sera-t-il moins rude, Un jour, quand je dirai son nom ? » Et l'écho m'a répondu : « Non. » « Comment vivrai-je, en la détresse Qui m'enveloppe & qui…
-
Le jongleurLas des pédants de Salamanque Et de l'école aux noirs gradins, Je vais me faire saltimbanque Et vivre avec les baladins. Que je dorme entre quatre toiles, La nuque sur un vieux tambour, Mais que la…
-
Le LysHors du coffret de laque aux clous d'argent, parmi Les fleurs du tapis jaune aux nuances calmées, Le riche et lourd collier, qu'agrafent deux camées, Ruisselle et se répand sur la table à demi. Un…
-
Le Feu folletPar une nuit d'orage et sous un ciel en deuil, Parfois le paysan qui sort d'une veillée Aperçoit au détour de la route mouillée Un feu follet énorme et fixe comme un œil. S'il s'avance, domptant son…
-
Le fils de Louis XISur le balcon de fer du noir donjon de Loches, Monseigneur le dauphin Charles de France, en deuil, Dominant la Touraine immense d'un coup d'œil, Écoute dans le soir mourir le son des cloches.…
-
Le fils des armuresTous les ducs morts sont là, gloire d'acier vêtue, Depuis Othon le Saint jusqu'à Job le Frugal ; Et devant eux, riant son rire musical, L'enfant à soulever des armes s'évertue. Chaque armure, où…
-
Le musée de marineAu Louvre, je vais voir ces délicats modèles Qui montrent aux oisifs les richesses d'un port, Je connais l'armement des vaisseaux de haut-bord Et la voilure des avisos-hirondelles. J'aime cette…
-
LendemainPuisqu'à peine désenlacée De l'étreinte de mes deux bras, Tu demandes à ma pensée Ces vers qu'un jour tu brilleras, Il faut, ce soir, que je surmonte L'état d'adorable langueur Où je rougis un peu de…
-
Le passantSous le bandeau trop lourd pour son front de seize ans, Assise sur un trône aux longs rideaux pesants Où l'orgueil brodé d'or des blasons s'écartèle, Couverte de lampas et d'antique dentelle, Blanche…
-
Le pêcheurLes pieds dans l'eau, bien plus persévérant qu'habile, Portant, pendue au col, sa boîte aux asticots, Sous l'arche du vieux pont sombre et pleine d'échos, Le pêcheur s'est tenu, tout le jour,…
-
Le petit épicierC'était un tout petit épicier de Montrouge, Et sa boutique sombre, aux volets peints en rouge, Exhalait une odeur fade sur le trottoir. On le voyait debout derrière son comptoir, En tablier, cassant…
-
Le printempsC'est l'aurore et c'est l'avril, Lui dit-il, Viens, la rosée étincelle. – Le vallon est embaumé : Viens, c'est mai Et c'est l'aube, lui dit-elle Et dans le bois abritant Un étang, Où les chevreuils…
-
Les AïeulesÀ la fin de juillet les villages sont vides. Depuis longtemps déjà des nuages livides, Menaçant d'un prochain orage à l'occident, Conseillaient la récolte au laboureur prudent. Donc voici la moisson,…
-
Les perroquets du Jardin des plantesCentenaires, la chaîne à la patte, en plumages Somptueux, ils sont là, du matin jusqu’au soir, Et piétinent, d’un air important, leur perchoir, En rabâchant tout bas leurs étranges ramages. Ce ne…
-
Les trois oiseauxJ'ai dit au ramier : « Pars ! et va quand même, Au delà des champs d'avoine et de foin, Me chercher la fleur qui fera qu'on m'aime. Le ramier m'a dit : « C'est trop loin ! » Et j'ai dit à l'aigle : «…
-
Les victimes du devoirBien souvent vous lisez un fait divers banal, Qui traverse l'esprit sans y jeter racine. C'est la mort du chauffeur broyé sur sa machine, Du sauveteur noyé dans les eaux d'un canal, Du pompier dévoré…
-
Les yeux de la femmeL'Éden resplendissait dans sa beauté première. Ève, les yeux fermés encore à la lumière, Venait d'être créée, et reposait, parmi L'herbe en fleur, avec l'homme auprès d'elle endormi ; Et, pour le mal…
-
LettreNon, ce n'est pas en vous « un idéal » que j'aime, C'est vous tout simplement, mon enfant, c'est vous-même. Telle Dieu vous a faite, et telle je vous veux. Et rien ne m'éblouit, ni l'or de vos…
-
Le vieux soulierEn mai, par une pure et chaude après-midi, Je cheminais au bord d doux fleuve attiédi Où se réfléchissait la fuite d'un nuage. Je suivais lentement le chemin de halage Tout en fleurs, qui descend en…
-
L'horoscopeLes deux sœurs étaient là, les bras entrelacés, Debout devant la vieille aux regards fatidiques. Qui tournait lentement de ses vieux doigts lassés Sur un coin de haillon les cartes prophétiques.…
-
LiedRougissante et tête baissée, Je la vois me sourire encor. — Pour le doigt de ma fiancée Qu'on me fasse un bel anneau d'or. Elle part, mais bonne et fidèle ; Je vais l'attendre en m'affligeant. — Pour…
-
Lutteurs forainsDevant la loterie éclatante, où les lots Sont un sucre de pomme ou quelque étrange vase, L'illustre Arpin, devant un public en extase, Manipule des poids de cinquante kilos. Colossal, aux lueurs…
-
Marie-BleueEn vain je cherche un mot charmant qui vous désigne, Un mot qui réunisse en sa simplicité Votre blanche jeunesse et votre pureté ; Aucun ne me contente et ne m'en semble digne. Il en est de bien doux…
-
Matin d'octobreC'est l'heure exquise et matinale Que rougit un soleil soudain. À travers la brume automnale Tombent les feuilles du jardin. Leur chute est lente. On peut les suivre Du regard en reconnaissant Le…
-
Morceau à quatre mainsLe salon s'ouvre sur le parc Où les grands arbres, d'un vert sombre, Unissent leurs rameaux en arc Sur les gazons qu'ils baignent d'ombre. Si je me retourne soudain Dans le fauteuil où j'ai pris…
-
Noces et festinsTandis qu'au restaurant en face : Aux barreaux verts On prépare, au salon. de cinquante couverts, Un de ces longs repas que l'argenteuil arrose Et qu'orne un grand nougat surmonté d'une rose, Toute…
-
ObstinationVous aurez beau faire et beau dire. L'oubli me serait odieux ; Et je vois toujours son sourire Des adieux. Vous aurez beau dire et beau faire, Sans espoir je dois la chérir ; J'en souffre bien, mais…
-
Orgueil d'aimerHélas ! la chimère s'envole Et l'espoir ne m'est plus permis ; Mais je défends qu'on me console. Ne me plaignez pas, mes amis. J'aime ma peine intérieure Et l'accepte d'un cœur soumis. Ma part est…
-
Petits bourgeoisJe n'ai jamais compris l'ambition. Je pense Que l'homme simple trouve en lui sa récompense, Et le modeste sort dont je suis envieux, Si je travaille bien et si je deviens vieux, Sans que mon cœur de…
-
Pitié des chosesLa douleur aiguise les sens, — Hélas ! ma mignonne est partie ! — Et dans la nature je sens Une secrète sympathie. Je sens que les nids querelleurs Par égard pour moi se contraignent, Que je fais de…
-
Pour toujours !L'espoir divin qu'à deux on parvient à former Et qu'à deux on partage, L'espoir d'aimer longtemps, d'aimer toujours, d'aimer Chaque jour davantage ; Le désir éternel, chimérique et touchant, Que les…
-
Premières larmesPâle sous la céruse et les cheveux trop noirs, L'illustre premier rôle encor jeune aux chandelles, L'homme à femmes, malgré son âge adoré d'elles, Obtient, comme au beau temps, des effets de…
-
Presque une fableUn liseron, madame, aimait une fauvette. – Vous pardonnerez bien cette idée au poète Qu'une plante puisse être éprise d'un oiseau. – Un liseron des bois, éclos près d'un ruisseau, Au fond du parc, au…
-
PrologueBonjour, lecteurs. On me propose Et j'accepte, – oh ! les étourdis ! De vous parler tous les lundis Et même pas toujours en prose. La causerie est cependant Chose insaisissable et légère Ainsi que…
-
PurgatoireJ'ai fait ce rêve. J'étais mort. Une voix dit : — Ton âme impie, En un très-misérable fort, Va revivre afin qu'elle expie. Dans le bois qu'octobre jaunit Et que le vent du nord flagelle, Deviens le…
-
Réponse— « Mais je l'ai vu si peu ! » — disiez-vous l'autre jour. Et moi, vous ai-je vue en effet davantage ? En un moment mon cœur s'est donné sans partage. Ne pouvez-vous ainsi m'aimer à votre tour ? Pour…
-
RitournelleDans la plaine blonde et sous les allées, Pour mieux faire accueil au doux messidor, Nous irons chasser les choses ailées, Moi, la strophe, et toi, le papillon d'or. Et nous choisirons les routes…
-
RomanceQuand vous me montrez une rose Qui s'épanouit sous l'azur, Pourquoi suis-je alors plus morose ? Quand vous me montrez une rose, C'est que je pense à son front pur. Quand vous me montrez une étoile,…
-
Rythme des vaguesJ'étais assis devant la mer sur le galet. Sous un ciel clair, les flots d'un azur violet, Après s'être gonflés en accourant du large, Comme un homme accablé d'un fardeau s'en décharge, Se brisaient…
-
SermentÔ poète trop prompt à te laisser charmer, Si cette douce enfant devait t'être ravie Et si ce cœur en qui tout le tien se confie Ne pouvait pas pour toi frémir et s'animer ? N'importe ! ses yeux seuls…
-
Simple ambitionÊtre un modeste croque-notes Donnant des leçons de hasard, Qui court Paris en grosses bottes, Mais qui comprend Gluck et Mozart ; Avoir quelque part un vieux maître ; Aimer sa fille ; et, chaque…
-
Sous les toitsSous les toits, avec deux pots de fleurs pour jardin, Le poète crotté vit pourtant à son aise. L'élève de Jean-Jacques a trouvé sa Thérèse Qui lui tient un petit ménage à la Chardin. Quand il…
-
Sur la terrasseDevant le pur, devant le vaste ciel du soir, Où scintillaient déjà quelques étoiles pâles, Sur la terrasse, avec des fichus et des châles, Toute la compagnie avait voulu s'asseoir. Devant nous…
-
Sur la vestale d'AizelinSous l'œil de la louve d'airain, Ne t'endors pas indifférente. Ranime la flamme mourante, Vestale, songe au feu divin. Car, s'il devait s'éteindre enfin, Rome serait dans l'épouvante, Et l'on…
-
Tableau ruralAu village, en juillet. Un soleil accablant. Ses lunettes au nez, le vieux charron tout blanc Répare, près du seuil, un timon de charrue. Le curé tout à l'heure a traversé la rue, Nu-tête. Les trois…
-
Théophile Gautier élégiaqueMaître, l'envieux n'a pu satisfaire Sur toi son cruel et lâche désir. Ton nom restera pareil à la sphère, Qui n'a pas de point par où la saisir. Pourtant il fallait nier quelque chose A l'œuvre…
-
TristementObsédé par ces mots, le veuvage et l'automne, Mon rêve n'en veut pas d'autres pour exprimer Cette mélancolie immense et monotone Qui m'ôte tout espoir et tout désir d'aimer. Il évoque sans cesse une…
-
Une ancienne coutumeQu'avant de prendre enfin le titre d'ouvrier, Pendant toute une nuit, chaque élève armurier Veillât près du fourneau qui rougeoie et qui fume. Il façonnait alors un chef-d'œuvre d'acier Souple comme…
-
Une femme seuleDans le salon bourgeois où je l'ai rencontrée, Ses yeux doux et craintifs, son front d'ange proscrit, M'attirèrent d'abord vers elle, et l'on m'apprit Que d'un mari brutal elle était séparée. Elle…
-
Un filsI Quand ils vinrent louer deux chambres au cinquième, Le portier, d'un coup d'œil plein d'un mépris suprême, Comprit tout et conclut : – C'est des petites gens. Le garçonnet, avec ses yeux…
-
Un mot amicalVous désirez donc que sur ce volume Mais je tremble presque, en prenant la plume, Que mon souvenir tourne en madrigal. Ainsi que des fleurs mises en corbeilles Doivent à la fin trouver importun Le…
-
Vie antérieureS'il est vrai que ce monde est pour l'homme un exil Où, ployant sous le faix du labeur dur & vil, Il expie en pleurant sa vie antérieure ; S'il est vrai que, dans une existence meilleure, Parmi les…
-
VitrailSur un fond d'or pâli, les saints rouges et bleus Qu'un plomb noir délimite en dessins anguleux, Croisant les bras, levant au ciel un œil étrange : Marc, brun, près du lion ; Mathieu, roux, près de…
-
Mois de janvierSonges-tu parfois, bien-aimée, Assise près du foyer clair, Lorsque sous la porte fermée Gémit la bise de l'hiver, Qu'après cette automne clémente, Les oiseaux, cher peuple étourdi, Trop tard, par un…
-
Mois de févrierHélas ! dis-tu, la froide neige Recouvre le sol et les eaux ; Si le bon Dieu ne les protège, Le printemps n'aura plus d'oiseaux ! Rassure-toi, tendre peureuse ; Les doux chanteurs n'ont point péri.…
-
Mois de marsParfois un caprice te prend, Méchante amie, et tu me boudes, Et sur le balcon tu t'accoudes Malgré l'eau qui tombe à torrent. Mais, vois-tu ! Mars, avec ses grêles A qui succède un gai soleil, Chère…
-
Mois d'avrilLorsqu'un homme n'a pas d'amour, Rien du printemps ne l'intéresse ; Il voit même sans allégresse, Hirondelles, votre retour ; Et, devant vos troupes légères Qui traversent le ciel du soir, Il songe…
-
Mois de maiDepuis un mois, chère exilée, Loin de mes yeux tu t'en allas, Et j'ai vu fleurir les lilas Avec ma peine inconsolée. Seul, je fuis ce ciel clair et beau Dont l'ardente effluve me trouble, Car…
-
Mois de juinDans cette vie ou nous ne sommes Que pour un temps si tôt fini, L'instinct des oiseaux et des hommes Sera toujours de faire un nid ; Et d'un peu de paille ou d'argile Tous veulent se construire, un…
-
Mois de juilletLe ciel flambe et la terre fume, La caille frémit dans le blé ; Et, par un spleen lourd accablé, Je dévore mon amertume. Sous l'implacable Thermidor Souffre la nature immobile ; Et dans le regret et…
-
Mois d'aoûtPar les branches désordonnées Le coin d'étang est abrité, Et là poussent en liberté Campanules et graminées. Caché par le tronc d'un sapin, J'y vais voir, quand midi flamboie, Les petits oiseaux,…
-
Mois de septembreAprès ces cinq longs mois que j'ai passés loin d'elle, J'interroge mon cœur ; il est resté fidèle. En Mai, dans la jeunesse exquise du printemps, J'ai souffert en songeant à ses beaux dix-sept ans.…
-
Mois d'octobreAvant que le froid glace les ruisseaux Et voile le ciel de vapeurs moroses, Écoute chanter les derniers oiseaux, Regarde fleurir les dernières roses. Octobre permet un moment encor Que dans leur…
-
Mois de novembreCaptif de l'hiver dans ma chambre Et las de tant d'espoirs menteurs, Je vois dans un ciel de novembre, Partir les derniers migrateurs. Ils souffrent bien sous cette pluie ; Mais, au pays ensoleillé,…
-
Mois de décembreLe hibou parmi les décombres Hurle, et Décembre va finir ; Et le douloureux souvenir Sur ton cœur jette encor ses ombres. Le vol de ces jours que tu nombres, L'aurais-tu voulu retenir ? Combien…
-
À tes yeuxTelle, sur une mer houleuse, la frégate Emporte vers le Nord les marins soucieux, Telle mon âme nage, abîmée en tes yeux, Parmi leur azur pâle aux tristesses d’agate. Car j’ai revu dans leur nuance…
-
A Paris, en été, les soirs sont étouffants…A Paris, en été, les soirs sont étouffants. Et moi, noir promeneur qu’évitent les enfants, Qui fuis la joie et fais, en flânant, bien des lieues, Je m’en vais, ces jours-là, vers les tristes…
-
AdagioLa rue était déserte et donnait sur les champs. Quand j’allais voir l’été les beaux soleils couchants Avec le rêve aimé qui partout m’accompagne, Je la suivais toujours pour gagner la campagne, Et…
-
AngélusI Tapi dans les rochers qui regardent la plage, Au pied de la falaise est le petit village. Sur les vagues ses toits ont l’air de se pencher, Et ses mâts de bateaux entourent son clocher. C’est en…
-
AvrilLorsqu’un homme n’a pas d’amour, Rien du printemps ne l’intéresse ; Il voit même sans allégresse, Hirondelles, votre retour ; Et, devant vos troupes légères Qui traversent le ciel du soir, Il songe…
-
DécembreLe hibou parmi les décombres Hurle, et Décembre va finir ; Et le douloureux souvenir Sur ton coeur jette encor ses ombres. Le vol de ces jours que tu nombres, L’aurais-tu voulu retenir ? Combien…
-
BouquetièreUn maître, de qui la palette Se plaisait aux sombres couleurs, A peint un élégant squelette Portant un frais panier de fleurs. Près de lui la danse macabre, Comme les plis d’un noir drapeau, Ondoie ;…
-
BruneSur le terrain de foire, au grand soleil brûlé, Le cirque des chevaux de bois s’est ébranlé Et l’orgue attaque l’air connu : » Tant mieux pour elle ! « Mais la brune grisette a fermé son ombrelle,…
-
Enfants trouvéesI Dans les promenades publiques, Les beaux dimanches, on peut voir Passer, troupes mélancoliques, Des petites filles en noir. De loin, on croit des hirondelles : Robes sombres et grands cols blancs ;…
-
Et nunc et semperSous l’éclat blanc du jour, sous la fraîcheur des cèdres, Sous la nuit où poudroie un peuple de soleils, Longtemps j’ai promené mes souvenirs, pareils Aux tragiques douleurs des Saphos et des…
-
JanvierSonges-tu parfois, bien-aimée, Assise près du foyer clair, Lorsque sous la porte fermée Gémit la bise de l’hiver, Qu’après cette automne clémente, Les oiseaux, cher peuple étourdi, Trop tard, par un…
-
J’adore la banlieue avec ses champs en fricheJ’adore la banlieue avec ses champs en friche Et ses vieux murs lépreux, où quelque ancienne affiche Me parle de quartiers dès longtemps démolis. Ô vanité ! Le nom du marchand que j’y lis Doit orner…
-
L’araignée du prophèteMohammed, qui venait d’épouser Kadidja, N’était qu’un chamelier de l’Hedjas; mais déjà Las de voir adorer des idoles ingrates, Son esprit méditait les sublimes sourates Du Koran et rêvait la grandeur…
-
L’AttenteÀ Auguste Vacquerie Au bout du vieux canal plein de mâts, juste en face De l’Océan et dans la dernière maison, Assise à sa fenêtre, et quelque temps qu’il fasse, Elle se tient, les yeux fixés sur…
-
L’ÉtapeA Albert Mérat Les longs récits autour du poêle, à la caserne, La guinguette et l’amour ne sont plus de saison. Boucle ton sac et sangle à tes reins la giberne ; Conscrit, le régiment change de…
-
JuinDans cette vie ou nous ne sommes Que pour un temps si tôt fini, L’instinct des oiseaux et des hommes Sera toujours de faire un nid ; Et d’un peu de paille ou d’argile Tous veulent se construire, un…
-
L’hirondelle du BouddhaÀ Edmond de Guerle. Quand son enseignement eut consolé le monde, Le Bouddha, retiré dans la djongle profonde Et du seul Nirvâna désormais soucieux, S’assit pour méditer, les bras levés aux cieux; Et…
-
La BénédictionOr, en mil huit cent neuf, nous prîmes Saragosse. J’étais sergent. Ce fut une journée atroce. La ville prise, on fit le siège des maisons, Qui, bien closes, avec des airs de trahisons, Faisaient…
-
La Cueillette des CerisesEspiègle ! j’ai bien vu tout ce que vous faisiez, Ce matin, dans le champ planté de cerisiers Où seule vous étiez, nu-tête, en robe blanche. Caché par le taillis, j’observais. Une branche, Lourde…
-
La Grève des forgeronsÀ mon ami Paul Haag. Mon histoire, messieurs les juges, sera brève. Voilà. Les forgerons s’étaient tous mis en grève. C’était leur droit. L’hiver était très dur ; enfin, Cette fois, le faubourg était…
-
Elle sait que l’attente est un cruel suppliceElle sait que l’attente est un cruel supplice, Qu’il doit souffrir déjà, qu’il faut qu’elle accomplisse Le serment qu’elle a fait d’être là, vers midi. Mais, parmi les parfums du boudoir attiédi,…
-
La mort des oiseauxLe soir, au coin du feu, j’ai pensé bien des fois, A la mort d’un oiseau, quelque part, dans les bois, Pendant les tristes jours de l’hiver monotone Les pauvres nids déserts, les nids qu’on…
-
La petite marchande de fleursLe soleil froid donnait un ton rose au grésil, Et le ciel de novembre avait des airs d’avril, Nous voulions profiter de la belle gelée. Moi chaudement vêtu, toi bien emmitouflée Sous le manteau, sous…
-
Le BancNon loin du piédestal où j’étais accoudé, A l’ombre d’un Sylvain de marbre démodé Et sur un banc perdu du jardin solitaire, Je vis une servante auprès d’un militaire. Ils se tenaient tous deux assis…
-
La TrêveLa fatigue nous désenlace. Reste ainsi, mignonne. Je veux Voir reposer ta tête lasse Sur l’or épais de tes cheveux. Tais-toi. Ce que tu pourrais dire Sur le bonheur que tu ressens Jamais ne vaudrait…
-
La Vague et la ClocheUne fois, terrassé par un puissant breuvage, J’ai rêvé que parmi les vagues et le bruit De la mer je voguais sans fanal dans la nuit, Morne rameur, n’ayant plus l’espoir du rivage. L’Océan me…
-
Le DéfiléDans le faubourg planté d’arbustes rabougris, Où le pâle chardon pousse au bord des murs gris, Sur le trottoir pavé que limitent des bornes, Lentement, en grand deuil tous deux, tristes et mornes, Et…
-
Le CabaretDans le bouge qu’emplit l’essaim insupportable Des mouches bourdonnant dans un chaud rayon d’août, L’ivrogne, un de ceux-là qu’un désespoir absout, Noyait au fond du vin son rêve détestable. Stupide,…
-
Le JusticierÀ Théodore de Banville. L’an mil quatre cent trois, juste un mois après Pâques, Le jour des bienheureux saint Philippe et saint Jacques, Très-haut et très-puissant Gottlob, dit le Brutal, Baron…
-
Le NaufragéÀ Constant Coquelin. Devant le cabaret qui domine la rade, Maître Jean Goëllo, le rude camarade, Le vieux gabier manchot du bras droit, le marin Qu’un boulet amputa le jour de Navarin, La pipe aux…
-
Le Rêve du PoèteCe serait sur les bords de la Seine. Je vois Notre chalet, voilé par un bouquet de bois. Un hamac au jardin, un bateau sur le fleuve. Pas d’autre compagnon qu’un chien de Terre-Neuve Qu’elle aimerait…
-
Le PèreIl rentrait toujours ivre et battait sa maîtresse. Deux sombres forgerons, le Vice et la Détresse, Avaient rivé la chaîne à ces deux malheureux. Cette femme était chez cet homme – c’est affreux ! –…
-
MaiDepuis un mois, chère exilée, Loin de mes yeux tu t’en allas, Et j’ai vu fleurir les lilas Avec ma peine inconsolée. Seul, je fuis ce ciel clair et beau Dont l’ardente effluve me trouble, Car…
-
MenuetMenuet À Emmanuel des Essarts. Marquise, vous souvenez-vous Du menuet que nous dansâmes ? Il était discret, noble et doux, Comme l’accord de nos deux âmes. Aux bocages le chalumeau À ces notes pures…
-
Nostalgie parisienneBon Suisse expatrié, la tristesse te gagne, Loin de ton Alpe blanche aux éternels hivers ; Et tu songes alors aux prés de fleurs couverts, A la corne du pâtre, au loin, dans la montagne. Lassé…
-
Mon PèreTenez, lecteur ! – souvent, tout seul, je me promène Au lieu qui fut jadis la barrière du Maine. C’est laid, surtout depuis le siège de Paris. On a planté d’affreux arbustes rabougris Sur ces longs…
-
NovembreCaptif de l’hiver dans ma chambre Et las de tant d’espoirs menteurs, Je vois dans un ciel de novembre, Partir les derniers migrateurs. Ils souffrent bien sous cette pluie ; Mais, au pays ensoleillé,…
-
RédemptionPour aimer une fois encor, mais une seule, Je veux, libertin repentant, La vierge qui, rêveuse aux genoux d’une aïeule, Sans m’avoir jamais vu m’attend. Elle est pieuse et sage, elle dit ses prières…
-
Ruines du coeurMon coeur était jadis comme un palais romain, Tout construit de granits choisis, de marbres rares. Bientôt les passions, comme un flot de barbares, L’envahirent, la hache ou la torche à la main. Ce…
-
Septembre au ciel léger taché de cerfs-volantsSeptembre au ciel léger taché de cerfs-volants Est favorable à la flânerie à pas lents, Par la rue, en sortant de chez la femme aimée, Après un tendre adieu dont l’âme est parfumée. Pour moi, je…
-
Sous les branchesPalpitante encore du bal, Elle voulut, la blonde fille, M’accompagner jusqu’à la grille Où j’avais lié mon cheval. Malgré l’appel des ritournelles, Au jardin nous nous attardions, Et les choses que…
-
SolitudeJe sais une chapelle horrible et diffamée, Dans laquelle autrefois un prêtre s’est pendu. Depuis ce sacrilège effroyable on a dû La tenir pour toujours aux fidèles fermée. Plus de croix sur l’autel,…
-
Une sainteÀ ma mère C’est une vieille fille en cheveux blancs ; elle est Pâle et maigre ; un antique et grossier chapelet S’égrène, machinal, sous ses doigts à mitaines. Sans cesse remuant ses lèvres…
-
Souvenir du DanemarkA la princesse D….. C’est un parc scandinave, aux sapins toujours verts, Où le vent automnal courbe les fleurs d’hivers Dans les vases de marbre ancien sur la terrasse ; Et la vierge royale en qui…
-
Un rêve de bonheur…Un rêve de bonheur qui souvent m’accompagne, C’est d’avoir un logis donnant sur la campagne, Près des toits, tout au bout du faubourg prolongé, Où je vivrais ainsi qu’un ouvrier rangé. C’est là, me…
-
Un évangileEn ce temps-là, Jésus, seul avec Pierre, errait Sur la rive du lac, près de Génésareth, À l’heure où le brûlant soleil de midi plane, Quand ils virent, devant une pauvre cabane, La veuve d’un…
-
Vers le passéLonguement poursuivi par le spleen détesté, Quand je vais dans les champs, par les beaux soirs d’été, Au grand air rafraîchir mes tempes, Je ris de voir, le long des bois, les fiancés Cheminer…
-
Vieux SoulierEn mai, par une pure et chaude après-midi, Je cheminais au bord du doux fleuve attiédi Où se réfléchissait la fuite d’un nuage. Je suivais lentement le chemin de halage Tout en fleurs, qui descend en…
Affichage de 1 à 20 sur 173 poèmes