Qu'avant de prendre enfin le titre d'ouvrier,
Pendant toute une nuit, chaque élève armurier
Veillât près du fourneau qui rougeoie et qui fume.
Il façonnait alors un chef-d'œuvre d'acier
Souple comme un marteau, léger comme une plume,
Et gravait sur l'estoc encor chaud de l'enclume
Le nom du maître afin de le remercier :
Ainsi pour toi, Ronsard, ma nuit s'est occupée.
J'ai tenté, moi, ton humble et fidèle apprenti,
Ton fier sonnet, flexible et fort comme une épée.
Sous mon marteau sonore a longtemps retenti
Le bon métal qui sort vermeil de l'âtre en flamme ;
Et j'ai gravé ton nom glorieux sur la lame.