La mort du singe
Frissonnant jusque dans la moelle, Pelé, funèbre et moribond, Le vieux singe, près de son poêle, Tousse en râlant et se morfond. Composant, malgré sa détresse, La douleur qui le fait mourir, Il geint : mais sa plainte s'adresse Au public qu'il veut attendrir. Comme une phthisique de drame Pâmée en ses neigeux peignoirs, Il joint, avec des airs de femme. Ses petits doigts ridés et noirs ; Et des pleurs, traçant sur sa face Deux sillons parmi les poils roux, Font plus navrante sa grimace Faite de rire et de courroux. Vieil histrion, loin de tes planches, Ainsi tu n'as pas regretté Les bonds effarés dans les branches, L'Inde immense, la liberté ! Ce que tu pleures, c'est la scène Et ce palais de fil de fer Dans lequel, parodiste obscène, Grattant ton poil, montrant ta chair, Railleur, tu faisais voir aux hommes Ce qu'ils ont de vil et de laid, Pour manger les trognons de pommes Dont leur colère t'accablait !
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