Victor Hugo
Poèmes de Victor Hugo (388)
Classés par titre (A–Z).
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1er janvierEnfant, on vous dira plus tard que le grand-père Vous adorait ; qu'il fit de son mieux sur la terre, Qu'il eut fort peu de joie et beaucoup d'envieux, Qu'au temps où vous étiez petits il était vieux,…
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À ****Je me disais : — Cet homme est-il un saltimbanque ? Ne faut-il pas le plaindre ? Est-ce un sens qui lui manque ? Il ne comprend donc pas ? Est-ce un aveugle-né ? Un bègue ? Un sourd ? D'où vient que…
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À Albert DürerDans les vieilles forêts où la sève à grands flots Court du fût noir de l'aulne au tronc blanc des bouleaux, Bien des fois, n'est-ce pas ? à travers la clairière, Pâle, effaré, n'osant regarder en…
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À Alphonse Rabbe(Mort le 31 décembre 1829.) Hélas ! que fais-tu donc, ô Rabbe, ô mon ami, Sévère historien dans la tombe endormi ! Je l'ai pensé souvent dans mes heures funèbres, Seul près de mon flambeau qui rayait…
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À André ChénierOui, mon vers croit pouvoir, sans se mésallier, Prendre à la prose un peu de son air familier. André, c'est vrai, je ris quelquefois sur la lyre. Voici pourquoi, tout jeune encor, tâchant de lire…
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Abîme - La voie lactéeMillions, millions, et millions d'étoiles ! Je suis, dans l'ombre affreuse et sous les sacrés voiles, La splendide forêt des constellations. C'est moi qui suis l'amas des yeux et des rayons,…
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Abîme - L'hommeJe suis l'esprit, vivant au sein des choses mortes. Je sais forger les clefs quand on ferme les portes ; Je fais vers le désert reculer le lion ; Je m'appelle Bacchus, Noé, Deucalion ; Je m'appelle…
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À CanarisCanaris ! Canaris ! nous t'avons oublié ! Lorsque sur un héros le temps s'est replié, Quand le sublime acteur a fait pleurer ou rire, Et qu'il a dit le mot que Dieu lui donne à dire ; Quand, venus au…
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À celle qui est restée en FranceI Mets-toi sur ton séant, lève tes yeux, dérange Ce drap glacé qui fait des plis sur ton front d'ange, Ouvre tes mains, et prends ce livre : il est à toi. Ce livre où vit mon âme, espoir, deuil,…
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À cette terre, où l'on ploieSa tente au déclin du jour, Ne demande pas la joie. Contente-toi de l'amour ! Excepté lui, tout s'efface. La vie est un sombre lieu Où chaque chose qui passe Ébauche l'homme pour Dieu. L'homme est…
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À ceux qui dormentRéveillez-vous, assez de honte ! Bravez boulets et biscayens. Il est temps qu'enfin le flot monte. Assez de honte, citoyens ! Troussez les manches de la blouse. Les hommes de quatre-vingt-douze…
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À ceux qui font de petites fautesSois avare du moindre écart d'honnêteté. Sois juste en détail. Voir des deuils, rire à côté, Mentir pour un plaisir, tricher pour un centime, Cela ne te fait rien perdre en ta propre estime, Eh bien,…
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À ceux qu'on foule aux piedsOh ! je suis avec vous ! j'ai cette sombre joie. Ceux qu'on accable, ceux qu'on frappe et qu'on foudroie M'attirent ; je me sens leur frère ; je défends Terrassés ceux que j'ai combattus triomphants…
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À ceux qui sont petitsEst-ce ma faute à moi si vous n'êtes pas grands ? Vous aimez les hiboux, les fouines, les tyrans, Le mistral, le simoun, l'écueil, la lune rousse ; Vous êtes Myrmidon que son néant courrouce ; Hélas…
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À des âmes envoléesCes âmes que tu rappelles, Mon coeur, ne reviennent pas. Pourquoi donc s'obstinent-elles, Hélas ! à rester là-bas ? Dans les sphères éclatantes, Dans l'azur et les rayons, Sont-elles donc plus…
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À des journalistes de robe courteParce que, jargonnant vêpres, jeûne et vigile, Exploitant Dieu qui rêve au fond du firmament, Vous avez, au milieu du divin évangile, Ouvert boutique effrontément ; Parce que vous feriez prendre à…
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À des oiseaux envolésEnfants ! - Oh ! revenez ! Tout à l'heure, imprudent, Je vous ai de ma chambre exilés en grondant, Rauque et tout hérissé de paroles moroses. Et qu'aviez-vous donc fait, bandits aux lèvres roses ?…
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Adieux de l'hôtesse arabePuisque rien ne t'arrête en cet heureux pays, Ni l'ombre du palmier, ni le jaune maïs, Ni le repos, ni l'abondance, Ni de voir à ta voix battre le jeune sein De nos sœurs, dont, les soirs, le…
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Ad majorem dei gloriam« Vraiment, notre siècle est étrangement délicat. S'imagine-t-il donc que la cendre des bûchers soit totalement éteinte ? qu'il n'en soit pas resté le plus petit tison pour allumer une seule torche ?…
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À Dona Rosita RosaI. Ce petit bonhomme bleu Qu'un souffle apporte et remporte, Qui, dès que tu dors un peu, Gratte de l'ongle à ta porte, C'est mon rêve. Plein d'effroi, Jusqu'à ton seuil il se glisse. Il voudrait…
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À dos d'éléphantSupposez Goliath mené par Myrmidon. Le cornac est tout jeune et la bête est énorme. Le palanquin tremblant par instant se déforme Et vous cahote au point de vous estropier Sous ses rideaux de cuir et…
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À G... YIl est pour tout mortel, soit que, loin de l'envie, Un astre aux rayons purs illumine sa vie ; Soit qu'il suive à pas lents un cercle de douleurs, Et, regrettant quelque ombre à son amour ravie,…
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À GeorgesMon doux Georges, viens voir une ménagerie Quelconque, chez Buffon, au cirque, n'importe où ; Sans sortir de Lutèce allons en Assyrie, Et sans quitter Paris partons pour Tombouctou. Viens voir les…
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À Granville, en 1836Voici juin. Le moineau raille Dans les champs les amoureux ; Le rossignol de muraille Chante dans son nid pierreux. Les herbes et les branchages, Pleins de soupirs et d'abois, Font de charmants…
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Ah ! vous voulez la luneAh ! vous voulez la lune ? Où ? dans le fond du puits ? Non ; dans le ciel. Eh bien, essayons. Je ne puis. Et c'est ainsi toujours. Chers petits, il vous passe Par l'esprit de vouloir la lune, et…
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Aimons toujours ! Aimons encoreQuand l'amour s'en va, l'espoir fuit. L'amour, c'est le cri de l'aurore, L'amour c'est l'hymne de la nuit. Ce que le flot dit aux rivages, Ce que le vent dit aux vieux monts, Ce que l'astre dit aux…
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Ainsi les plus abjects, les plus vilsVont régner ! ce n'était pas assez des vrais princes Qui de leur sceptre d'or insultent le ciel bleu, Et sont rois et méchants par la grâce de Dieu ! Quoi ! tel gueux qui, pourvu d'un titre en bonne…
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Air de la princesse d'OrangeI Viens, ô toi que j'adore, Ton pas est plus joyeux Que le vent des cieux ; Viens, les yeux de l'aurore Sont divins, mais tes yeux Me regardent mieux. Avril, c'est la jeunesse ; Viens, sortons, la…
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À JeanneCes lieux sont purs ; tu les complètes. Ce bois, loin des sentiers battus, Semble avoir fait des violettes, Jeanne, avec toutes tes vertus. L'aurore ressemble à ton âge ; Jeanne, il existe sous les…
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À Jeanne (I)Je ne te cache pas que j'aime aussi les bêtes ; Cela t'amuse et moi cela m'instruit ; je sens Que ce n'est pas pour rien qu'en ces farouches têtes Dieu met le clair-obscur des grands bois…
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À JuvénalI. Retournons à l'école, ô mon vieux Juvénal. Homme d'ivoire et d'or, descends du tribunal Où depuis deux mille ans tes vers superbes tonnent. Il paraît, vois-tu bien, ces choses nous étonnent, Mais…
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À l'Arc de triompheI Toi dont la courbe au loin, par le couchant dorée S'emplit d'azur céleste, arche démesurée Toi qui lèves si haut ton front large et serein Fait pour changer sous lui la campagne en abîme, Et pour…
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À Laure, duchesse d'ALe conseil municipal de la ville de Paris a refusé de donner six pieds de terre dans le cimetière du Père-Lachaise pour le tombeau de la veuve de Junot, ancien gouverneur de Paris. Le ministre de…
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À la VendéeÀ M. le vicomte de Chateaubriand. I. « Qui de nous, en posant une urne cinéraire, N'a trouvé quelque ami pleurant sur un cercueil ? Autour du froid tombeau d'une épouse ou d'un frère, Qui de nous n'a…
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À l'homme qui a livré une femmeÔ honte ! ce n'est pas seulement cette femme, Sacrée alors pour tous, faible cœur, mais grande âme, Mais c'est lui, c'est son nom dans l'avenir maudit, Ce sont les cheveux blancs de son père…
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À l'obéissance passive (I)I. Ô soldats de l'an deux ! ô guerres ! épopées ! Contre les rois tirant ensemble leurs épées, Prussiens, autrichiens, Contre toutes les Tyrs et toutes les Sodomes, Contre le czar du nord, contre ce…
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À l'obéissance passive (II)II. Oh ! vers ces vétérans quand notre esprit s'élève, Nous voyons leur front luire et resplendir leur glaive, Fertile en grands travaux. C'étaient là les anciens. Mais ce temps les efface ! France,…
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À l'obéissance passive (III)III. Cet homme fait venir, à l'heure où la nuit voile Paris dormant encor. Des généraux français portant la triple étoile Sur l'épaulette d'or ; Il leur dit : « Ecoutez, pour vos yeux seuls j'écarte…
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À l'obéissance passive (IV)IV. Maintenant, largesse au prétoire ! Trinquez, soldats ! et depuis quand A-t-on peur de rire et de boire ? Fête aux casernes ! fête au camp ! L'orgie a rougi leur moustache, Les rouleaux d'or…
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À l'obéissance passive (V)V. Donc, les soldats français auront vu, jours infâmes ! Après Brune et Desaix, après ces grandes âmes Que nous admirons tous, Après Turenne, après Xaintraille, après Lahire, Poulailler leur donner…
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À l'obéissance passive (VI)VI. Hélas ! tout est fini. Fange ! néant ! nuit noire ! Au-dessus de ce gouffre où croula notre gloire, Flamboyez, noms maudits ! Maupas, Morny, Magnan, Saint-Arnaud, Bonaparte ! Courbons nos fronts…
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À l'obéissance passive (VII)VII. Quand sur votre poitrine il jeta sa médaille, Ses rubans et sa croix, après cette bataille Et ce coup de lacet, Ô soldats dont l'Afrique avait hâlé la joue, N'avez-vous donc pas vu que c'était…
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À l'obéissance passive (VIII)VIII. Ô Dieu, puisque voilà ce qu'a fait cette armée, Puisque, comme une porte est barrée et fermée, Elle est sourde à l'honneur, Puisque tous ces soldats rampent sans espérance, Et puisque dans le…
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À Louis BÔ Louis ! je songeais ! – Baigné d'ombre sereine, Le soir tombait ; des feux scintillaient dans la plaine ; Les vastes flots berçaient le nid de l'alcyon ; J'écoutais vers le ciel, où toute aube…
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À. LToute espérance, enfant, est un roseau. Dieu dans ses mains tient nos jours, ma colombe ; Il les dévide à son fatal fuseau, Puis le fil casse et notre joie en tombe ; Car dans tout berceau Il germe…
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À l'enfant malade pendant le siègeSi vous continuez d'être ainsi toute pâle Dans notre air étouffant, Si je vous vois entrer dans mon ombre fatale, Moi vieillard, vous enfant ; Si je vois de nos jours se confondre la chaîne, Moi qui…
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À la belle impérieuseL'amour, panique De la raison, Se communique Par le frisson. Laissez-moi dire, N'accordez rien. Si je soupire, Chantez, c'est bien. Si je demeure, Triste, à vos pieds, Et si je pleure, C'est bien,…
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À la fenêtre, pendant la nuitLes étoiles, points d'or, percent les branches noires ; Le flot huileux et lourd décompose ses moires Sur l'océan blêmi ; Les nuages ont l'air d'oiseaux prenant la fuite ; Par moments le vent parle,…
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À la FrancePersonne pour toi. Tous sont d'accord. Celui-ci, Nommé Gladstone, dit à tes bourreaux : merci ! Cet autre, nommé Grant, te conspue, et cet autre, Nommé Bancroft, t'outrage ; ici c'est un apôtre, Là…
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À la mère de l'enfant mortOh ! vous aurez trop dit au pauvre petit ange Qu'il est d'autres anges là-haut, Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n'y change, Qu'il est doux d'y rentrer bientôt ; Que le ciel est un dôme…
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À ma filleÔ mon enfant, tu vois, je me soumets. Fais comme moi : vis du monde éloignée ; Heureuse ? non ; triomphante ? jamais. -- Résignée ! -- Sois bonne et douce, et lève un front pieux. Comme le jour dans…
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À ma fille AdèleTout enfant, tu dormais près de moi, rose et fraîche, Comme un petit Jésus assoupi dans sa crèche ; Ton pur sommeil était si calme et si charmant Que tu n'entendais pas l'oiseau chanter dans l'ombre…
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À M. David, statuaireD'hommes tu nous fais dieux . RÉGNIER. Oh ! que ne suis-je un de ces hommes Qui, géants d'un siècle effacé, Jusque dans le siècle où nous sommes Règnent du fond de leur passé ! Que ne suis-je, prince…
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À M. de LamartineTe referent fluctus . HORACE. Naguère une même tourmente, Ami, battait nos deux esquifs ; Une même vague écumante Nous jetait aux mêmes récifs ; Les mêmes haines débordées Gonflaient sous nos nefs…
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Âme ! être, c'est aimerIl est. C'est l'être extrême. Dieu, c'est le jour sans borne et sans fin qui dit : j'aime. Lui, l'incommensurable, il n'a point de compas ; Il ne se venge pas, il ne pardonne pas ; Son baiser éternel…
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À mes amis L. B. et S.-BHere's a sigh to those who love me, And a smile to those who hate ; And whatever sky's above me, Here's a heart for every fate. BYRON. Amis ! c'est donc Rouen, la ville aux vieilles rues, Aux…
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À mes amis S.-B. et L.BBuen viage ! GOYA. Amis, mes deux amis, mon peintre, mon poète ! Vous me manquez toujours, et mon âme inquiète Vous redemande ici. Des deux amis, si chers à ma lyre engourdie, Pas un ne m'est resté.…
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À M. Froment MeuriceNous sommes frères : la fleur Par deux arts peut être faite. Le poète est ciseleur ; Le ciseleur est poète. Poètes ou ciseleurs, Par nous l'esprit se révèle. Nous rendons les bons meilleurs, Tu rends…
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Ami, j'ai quitté vos fêtesMon esprit, à demi-voix, Hors de tout ce que vous faites, Est appelé par les bois. J'irai, loin des murs de marbre, Tant que je pourrai marcher, Fraterniser avec l'arbre, La fauvette et le rocher. Je…
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Amis, un dernier motToi, vertu, pleure si je meurs ! André Chénier. Amis, un dernier mot ! - et je ferme à jamais Ce livre, à ma pensée étranger désormais. Je n'écouterai pas ce qu'en dira la foule. Car, qu'importe à la…
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Ami ZAmi Z, tu m'es présent en cette solitude. Quand le ciel, mon problème, et l'homme, mon étude, Quand le travail, ce maître auguste et sérieux, Quand les songes sereins, profonds, impérieux, Qui…
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À M. le D. De ***Jules, votre château, tour vieille et maison neuve, Se mire dans la Loire, à l'endroit où le fleuve, Sous Blois, élargissant son splendide bassin, Comme une mère presse un enfant sur son sein En lui…
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À Madame D. G. de GJadis je vous disais : « Vivez, régnez, Madame ! Le salon vous attend ! le succès vous réclame ! Le bal éblouissant pâlit quand vous partez ! Soyez illustre et belle ! aimez ! riez ! chantez ! Vous…
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À Madame Marie MAve, Maria, gratia plena. Oh ! votre oeil est timide et votre front est doux. Mais quoique, par pudeur ou par pitié pour nous, Vous teniez secrète votre âme, Quand du souffle d'en haut votre coeur…
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À mademoiselle JChantez ! chantez ! jeune inspirée ! La femme qui chante est sacrée Même aux jaloux, même aux pervers ! La femme qui chante est bénie ! Sa beauté défend son génie. Les beaux yeux sauvent les beaux…
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À mademoiselle Louise BI L'année en s'enfuyant par l'année est suivie. Encore une qui meurt ! encore un pas du temps ; Encore une limite atteinte dans la vie ! Encore un sombre hiver jeté sur nos printemps ! Le temps ! les…
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À Mlle Fanny de PÔ vous que votre âge défend, Riez ! tout vous caresse encore. Jouez ! chantez ! soyez l'enfant ! Soyez la fleur ; soyez l'aurore ! Quant au destin, n'y songez pas. Le ciel est noir, la vie est…
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À monsieur FontaneyQuot libras in duce summo ? JUVENAL. C'est une chose grande et que tout homme envie D'avoir un lustre en soi qu'on répand sur sa vie, D'être choisi d'un peuple à venger son affront, De ne point faire…
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AmourAmour ! « Loi, » dit Jésus. « Mystère, » dit Platon. Sait-on quel fil nous lie au firmament ? Sait-on Ce que les mains de Dieu dans l'immensité sèment ? Est-on maître d'aimer ? pourquoi deux êtres…
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Amour secretÔ toi d'où me vient ma pensée, Sois fière devant le Seigneur ! Relève ta tête abaissée, Ô toi d'où me vient mon bonheur ! Quand je traverse cette lieue Qui nous sépare, au sein des nuits, Ta patrie…
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À ***, trappiste à La Meilleraye'Tis vain to struggle — let me perish young — Live as I have lived ; and love as I have loved ; To dust if I return, from dust I sprung, And then, at least, my heart can ne'er be moved. BYRON. Mon…
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Anacréon, poèteAnacréon, poète aux ondes érotiques Qui filtres du sommet des sagesses antiques, Et qu'on trouve à mi-côte alors qu'on y gravit, Clair, à l'ombre, épandu sur l'herbe qui revit, Tu me plais, doux…
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Anima vilisÀ force d'insulter les vaillants et les justes, À force de flatter les trahisons augustes, À force d'être abject et d'ajuster des tas De sophismes hideux aux plus noirs attentats, Cet homme espère…
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À petite JeanneVous eûtes donc hier un an, ma bien-aimée. Contente, vous jasez, comme, sous la ramée, Au fond du nid plus tiède ouvrant de vagues yeux, Les oiseaux nouveau-nés gazouillent, tout joyeux De sentir…
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ApothéoseMéditons. Il est bon que l'esprit se repaisse De ces spectacles-là. L'on n'était qu'une espèce De perroquet ayant un grand nom pour perchoir, Pauvre diable de prince, usant son habit noir, Auquel mil…
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ApplaudissementÔ grande nation, vous avez à cette heure, Tandis qu'en bas dans l'ombre on souffre, on râle, on pleure, Un empire qui fait sonner ses étriers, Les éblouissements des panaches guerriers, Une cour où…
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Apportez vos chaudrons, sorcières de ShakespeareSorcières de Macbeth, prenez-moi tout l'empire, L'ancien et le nouveau ; sur le même réchaud Mettez le gros Berger et le comte Frochot, Maupas avec Réal, Hullin sur Espinasse, La Saint-Napoléon avec…
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Approchez-vous. Ceci, c'est le tas des dévotsCela hurle en grinçant un benedicat vos ; C'est laid, c'est vieux, c'est noir. Cela fait des gazettes. Pères fouetteurs du siècle, à grands coups de garcettes. Ils nous mènent au ciel. Ils font,…
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Après avoir souffertTranquille, et du néant de l'homme convaincu, Tu dis je ne sais rien ! — Et je te félicite, Ô lutteur, ô penseur, de cette réussite. Maintenant, sans regret, sans désir, humblement, Bienveillant pour…
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Après la batailleMon père, ce héros au sourire si doux, Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille, Parcourait à cheval, le soir d'une bataille, Le champ couvert…
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Après l'hiverN'attendez pas de moi que je vais vous donner Des raisons contre Dieu que je vois rayonner ; La nuit meurt, l'hiver fuit ; maintenant la lumière, Dans les champs, dans les bois, est partout la…
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Après l'hiver (I)Tout revit, ma bien-aimée ! Le ciel gris perd sa pâleur ; Quand la terre est embaumée, Le coeur de l'homme est meilleur. En haut, d'ou l'amour ruisselle, En bas, où meurt la douleur, La même immense…
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À propos de Dona RosaÀ Mérante. Au printemps, quand les nuits sont claires, Quand on voit, vagues tourbillons, Voler sur les fronts les chimères Et dans les fleurs les papillons, Pendant la floraison des fèves, Quand…
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À propos de la loi FaiderCe qu'on appelle Charte ou Constitution, C'est un antre qu'un peuple en révolution Creuse dans le granit, abri sûr et fidèle. Joyeux, le peuple enferme en cette citadelle Ses conquêtes, ses droits,…
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À propos d'HoraceMarchands de grec ! marchands de latin ! cuistres ! dogues ! Philistins ! magisters ! je vous hais, pédagogues ! Car, dans votre aplomb grave, infaillible, hébété, Vous niez l'idéal, la grâce et la…
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À quatre prisonniers(Après leur condamnation) Mes fils, soyez contents ; l'honneur est où vous êtes. Et vous, mes deux amis, la gloire, ô fiers poètes, Couronne votre nom par l'affront désigné ; Offrez aux juges vils,…
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À qui donc sommes-nousA qui donc sommes-nous ? Qui nous a ? qui nous mène ? Vautour fatalité, tiens-tu la race humaine ? Oh ! parlez, cieux vermeils, L'âme sans fond tient-elle aux étoiles sans nombre ? Chaque rayon d'en…
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À qui la fauteTu viens d'incendier la Bibliothèque ? - Oui. J'ai mis le feu là. - Mais c'est un crime inouï ! Crime commis par toi contre toi-même, infâme ! Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme ! C'est ton…
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À quoi je songeÀ quoi je songe ? — Hélas ! loin du toit où vous êtes, Enfants, je songe à vous ! à vous, mes jeunes têtes, Espoir de mon été déjà penchant et mûr, Rameaux dont, tous les ans, l'ombre croît sur mon…
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À quoi songeaient les deux cavaliersLa nuit était fort noire et la forêt très-sombre. Hermann à mes côtés me paraissait une ombre. Nos chevaux galopaient. A la garde de Dieu ! Les nuages du ciel ressemblaient à des marbres. Les étoiles…
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À RositaTu ne veux pas aimer, méchante ? Le printemps est triste, vois ; Entends-tu ce que l'oiseau chante Dans la sombre douceur des bois ? Sans l'amour rien ne reste d'Ève ; L'amour, c'est la seule beauté…
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AttenteMonte, écureuil, monte au grand chêne, Sur la branche des cieux prochaine, Qui plie et tremble comme un jonc. Cigogne, aux vieilles tours fidèle, Oh ! vole et monte à tire-d'aile De l'église à la…
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AubeUn immense frisson émeut la plaine obscure. C'est l'heure où Pythagore, Hésiode, Epicure, Songeaient ; c'est l'heure où, las d'avoir, toute la nuit, Contemplé l'azur sombre et l'étoile qui luit,…
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Au boisNous étions, elle et moi, dans cet avril charmant De l'amour qui commence en éblouissement. Ô souvenirs ! ô temps ! heures évanouies ! Nous allions, le coeur plein d'extases inouïes, Ensemble dans…
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Au bord de la merVois, ce spectacle est beau. Ce paysage immense Qui toujours devant nous finit et recommence ; Ces blés, ces eaux, ces prés, ce bois charmant aux yeux ; Ce chaume où l'on entend rire un groupe joyeux…
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Au moment de rentrer en FranceQui peut en ce moment où Dieu peut-être échoue, Deviner Si c'est du côté sombre ou joyeux que la roue Va tourner ? Qu'est-ce qui va sortir de ta main qui se voile, Ô destin ? Sera-ce l'ombre infâme…
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À un amiSur l'effrayante falaise, Mur par la vague entrouvert, Roc sombre où fleurit à l'aise Un charmant petit pré vert, Ami, puisque tu me laisses Ta maison loin des vivants Entre ces deux allégresses, Les…
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À un écrivainPrends garde à Marchangy. La prose poétique Est une ornière où geint le vieux Pégase étique. Tout autant que le vers, certes, la prose a droit À la juste cadence, au rhythme divin ; soit ; Pourvu…
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À une femmeEnfant ! si j'étais roi, je donnerais l'empire, Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre, Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire, Pour…
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À une jeune femmeVoyez-vous, un parfum éveille la pensée. Repliez, belle enfant par l'aube caressée, Cet éventail ailé, pourpre, or et vermillon, Qui tremble dans vos mains comme un grand papillon, Et puis…
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À une jeune fillePourquoi te plaindre, tendre fille ? Tes jours n'appartiennent-ils pas à la première jeunesse ? Daïno Lithuanien. Vous qui ne savez pas combien l'enfance est belle, Enfant ! n'enviez point notre âge…
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À un homme finiTu savais bien qu'un jour il faudrait choir enfin, Mais tu n'imaginais ni Séjan, ni Rufin. Tu te croyais de ceux que la haine publique Frappe furtivement d'un coup de foudre oblique ; Tu t'étais…
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À un homme partant pour la chasseOui, l'homme est responsable et rendra compte un jour. Sur cette terre où l'ombre et l'aurore ont leur tour, Sois l'intendant de Dieu, mais l'intendant honnête. Tremble de tout abus de pouvoir sur la…
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À un martyrOn lit dans les Annales de la propagation de la Foi : « Une lettre de Hong-Kong (Chine), en date du 24 juillet 1832, nous annonce que M. Bonnard, missionnaire du Tong-King, a été décapité pour la…
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À un poèteAmi, cache ta vie et répands ton esprit. Un tertre, où le gazon diversement fleurit ; Des ravins où l'on voit grimper les chèvres blanches ; Un vallon, abrité sous un réseau de branches Pleines de…
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À un poète aveugleMerci, poète ! - au seuil de mes lares pieux, Comme un hôte divin, tu viens et te dévoiles ; Et l'auréole d'or de tes vers radieux Brille autour de mon nom comme un cercle d'étoiles. Chante ! Milton…
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À un qui veut se détacherI. Maintenant il se dit : — L'empire est chancelant La victoire est peu sûre. — Il cherche à s'en aller, furtif et reculant. Reste dans la masure ! Tu dis : — Le plafond croule. Ils vont, si l'on me…
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À un richeJeune homme ! je te plains ; et cependant j'admire Ton grand parc enchanté qui semble nous sourire, Qui fait, vu de ton seuil, le tour de l'horizon, Grave ou joyeux suivant le jour et la saison,…
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À un visiteur parisienDomremy, 182... Moi, que je sois royaliste ! C'est à peu près comme si Le ciel devait rester triste Quand l'aube a dit : Me voici ! Un roi, c'est un homme équestre, Personnage à numéro, En marge…
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À un voyageurAmi, vous revenez d'un de ces longs voyages Qui nous font vieillir vite, et nous changent en sages Au sortir du berceau. De tous les océans votre course a vu l'onde, Hélas ! et vous feriez une…
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Au peuplePartout pleurs, sanglots, cris funèbres. Pourquoi dors-tu dans les ténèbres ? Je ne veux pas que tu sois mort. Pourquoi dors-tu dans les ténèbres ? Ce n'est pas l'instant où l'on dort. La pâle…
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Au peuple (II)Il te ressemble ; il est terrible et pacifique. Il est sous l'infini le niveau magnifique ; Il a le mouvement, il a l'immensité. Apaisé d'un rayon et d'un souffle agité, Tantôt c'est l'harmonie et…
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Au roi Louis-Philippe(Après l'arrêt de mort prononcé le 12 juillet 1839). Par votre ange envolée ainsi qu'une colombe ! Par ce royal enfant, doux et frêle roseau ! Grâce encore une fois ! grâce au nom de la tombe ! Grâce…
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Au statuaire DavidI. DAVID ! comme un grand roi qui partage à des princes Les états paternels provinces par provinces, Dieu donne à chaque artiste un empire divers ; Au poète le souffle épars dans l'univers, La vie et…
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Autre chansonL'aube naît, et ta porte est close ! Ma belle, pourquoi sommeiller ? À l'heure où s'éveille la rose Ne vas-tu pas te réveiller ? Ô ma charmante, Ecoute ici L'amant qui chante Et pleure aussi ! Tout…
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Autre guitareComment, disaient-ils, Avec nos nacelles, Fuir les alguazils ? – Ramez, disaient-elles. Comment, disaient-ils, Oublier querelles, Misère et périls ? – Dormez, disaient-elles. Comment, disaient-ils,…
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Aux arbresArbres de la forêt, vous connaissez mon âme ! Au gré des envieux la foule loue et blâme ; Vous me connaissez, vous ! — vous m'avez vu souvent, Seul dans vos profondeurs, regardant et rêvant. Vous le…
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Aux champsCe ne sont qu'horizons calmes et pacifiques ; On voit sur les coteaux des chasses magnifiques ; Le reste du pays, sous le ciel gris ou bleu, Est une plaine avec une église au milieu. Un lierre…
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Aux femmesQuand tout se fait petit, femmes, vous restez grandes. En vain, aux murs sanglants accrochant des guirlandes, Ils ont ouvert le bal et la danse ; ô nos soeurs, Devant ces scélérats transformés en…
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Aux morts du 4 décembreJouissez du repos que vous donne le maître. Vous étiez autrefois des coeurs troublés peut-être, Qu'un vain songe poursuit ; L'erreur vous tourmentait, ou la haine, ou l'envie ; Vos bouches, d'où…
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Aux prêtresIl sied de ressembler aux dieux. Ton Dieu, flamine, Dévore ses enfants ; ton Dieu, mage, extermine ; Augure, ton Dieu ment ; uléma, ton Dieu met La terre sous le sabre impur de Mahomet ; Ton Dieu,…
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Avant que mes chansons aiméesAmor de mi pecho, Pecho de mi amor ! Arbol, que has hecho, Que has hecho del flor ? ROMANCE. Si jeunes et si parfumées, Du monde eussent subi l'affront, Loin du peuple ingrat qui les foule, Comme…
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À ViandenIl songe. Il s'est assis rêveur sous un érable. Entend-il murmurer la forêt vénérable ? Regarde-t-il les fleurs ? regarde-t-il les cieux ? Il songe. La nature au front mystérieux Fait tout ce qu'elle…
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À VillequierMaintenant que Paris, ses pavés et ses marbres, Et sa brume et ses toits sont bien loin de mes yeux ; Maintenant que je suis sous les branches des arbres, Et que je puis songer à la beauté des cieux…
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À VirgileÔ Virgile ! ô poète ! ô mon maître divin ! Viens, quittons cette ville au cri sinistre et vain, Qui, géante, et jamais ne fermant la paupière, Presse un flot écumant entre ses flancs de pierre,…
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Ayant vu le massacre immenseLe peuple sur sa croix, Paris sur son grabat, La pitié formidable était dans tes paroles ; Tu faisais ce que font les grandes âmes folles, Et lasse de lutter, de rêver, de souffrir, Tu disais : J'ai…
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Baraques de la foireLion ! J'étais pensif, ô bête prisonnière, Devant la majesté de ta grave crinière ; Du plafond de ta cage elle faisait un dais. Nous songions tous les deux, et tu me regardais. Ton regard était beau,…
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Bas à l'oreille du lecteurDans l'amoureux, qu'Éros grise, L'imbécile est ébauché ; La ponte d'une bêtise Suit le rêve d'un péché. Crains les belles. On se laisse Vaincre aisément par Lola. Dieu compose de faiblesse Ces…
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BataillesBatailles ! noirs duels de la force et du droit ! Guerres, par le hasard en courant décidées, N'êtes-vous pas souvent funestes aux idées ? Que de fois vous avez souillé d'iniquités La Justice et la…
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Bêtise de la guerreOuvrière sans yeux, Pénélope imbécile, Berceuse du chaos où le néant oscille, Guerre, ô guerre occupée au choc des escadrons, Toute pleine du bruit furieux des clairons, Ô buveuse de sang, qui,…
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BièvreÀ Mademoiselle Louise B. Un horizon fait à souhait pour le plaisir des yeux. FÉNELON. I. Oui, c'est bien le vallon ! le vallon calme et sombre ! Ici l'été plus frais s'épanouit à l'ombre. Ici durent…
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Billet du matinSi les liens des coeurs ne sont pas des mensonges, Oh ! dites, vous devez avoir eu de doux songes, Je n'ai fait que rêver de vous toute la nuit. Et nous nous aimions tant ! vous me disiez : « Tout…
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Bon conseil aux amantsL'amour fut de tout temps un bien rude Ananké. Si l'on ne veut pas être à la porte flanqué, Dès qu'on aime une belle, on s'observe, on se scrute ; On met le naturel de côté ; bête brute, On se fait…
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Booz endormiBooz s'était couché de fatigue accablé ; Il avait tout le jour travaillé dans son aire ; Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ; Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé. Ce vieillard…
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BounaberdiSouvent Bounaberdi, sultan des francs d'Europe, Que comme un noir manteau le semoun enveloppe, Monte, géant lui-même, au front d'un mont géant, D'où son regard, errant sur le sable et sur l'onde,…
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Bourgeois parlant de Jésus-Christ« – Sa morale a du bon. – Il est mort à trente ans. – Il changeait en vin l'eau. – Ça s'est dit dans son temps. – Il était de Judée. Il avait douze apôtres. – Gens grossiers. – Gens de rien. – Jaloux…
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BuonaparteI. Quand la terre engloutit les cités qui la couvrent, Que le vent sème au loin un poison voyageur, Quand l'ouragan mugit, quand des monts brûlants s'ouvrent, C'est le réveil du Dieu vengeur. Et si,…
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Cæruleum mareQuand je rêve sur la falaise, Ou dans les bois, les soirs d'été, Sachant que la vie est mauvaise, Je contemple l'éternité. A travers mon sort mêlé d'ombres, J'aperçois Dieu distinctement, Comme à…
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CanarisLorsqu'un vaisseau vaincu dérive en pleine mer ; Que ses voiles carrées Pendent le long des mâts, par les boulets de fer Largement déchirées ; Qu'on n'y voit que des morts tombés de toutes parts,…
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Carte d'EuropeDes sabres sont partout posés sur les provinces. L'autel ment. On entend ceux qu'on nomme les princes Jurer, d'un front tranquille et sans baisser les yeux, De faux serpents qui font, tant ils…
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Célébration du 14 juillet dans la forêtQu'il est joyeux aujourd'hui Le chêne aux rameaux sans nombre, Mystérieux point d'appui De toute la forêt sombre ! Comme quand nous triomphons, Il frémit, l'arbre civique ; Il répand à plis profonds…
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Cent mille hommesCent mille hommes, criblés d'obus et de mitraille, Cent mille hommes, couchés sur un champ de bataille, Tombés pour leur pays par leur mort agrandi, Comme on tombe à Fleurus, comme on tombe à Lodi,…
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Ce que le poète se disait en 1848Tu ne dois pas chercher le pouvoir, tu dois faire Ton œuvre ailleurs ; tu dois, esprit d'une autre sphère, Devant l'occasion reculer chastement. De la pensée en deuil doux et sévère amant, Compris ou…
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Ce qui se passait aux Feuillantines vers 1813Enfants, beaux fronts naïfs penchés autour de moi, Bouches aux dents d'émail disant toujours : Pourquoi ? Vous qui, m'interrogeant sur plus d'un grand problème, Voulez de chaque chose, obscure pour…
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Ce qu'on entend sur la montagneO altitudo ! Avez-vous quelquefois, calme et silencieux, Monté sur la montagne, en présence des cieux ? Était-ce aux bords du Sund ? aux côtes de Bretagne ? Aviez-vous l'océan au pied de la montagne…
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Certes, une telle mort, ignorée ou connueN'importe pas au siècle, et rien n'en diminue ; On n'en parle pas même et l'on passe à côté. Mais lorsque, grandissant sous le ciel attristé, L'aveugle suicide étend son aile sombre, Et prend à…
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Ce serait une erreur de croire que ces chosesI. Finiront par des chants et des apothéoses ; Certes, il viendra, le rude et fatal châtiment ; Jamais l'arrêt d'en haut ne recule et ne ment, Mais ces jours effrayants seront des jours sublimes. Tu…
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Ce siècle avait deux ansData fata secutus. DEVISE DES ST-JOHN. Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte, Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte, Et du premier consul, déjà, par maint endroit, Le front de l'empereur…
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C'est à coups de canonC'est à coups de canon qu'on rend le peuple heureux. Nous sommes revenus de tous ces grands mots creux : - Progrès, fraternité, mission de la France, Droits de l'homme, raison, liberté, tolérance.…
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C'est bien ; puisqu'au sénat, puisqu'à la pourritureTu poses, calme, altier, fier, ta candidature, Puisque tu tends la main à l'argent de César, Puisque ta conscience est cotée au bazar, Puisque tu prends ton rang dans la honte infinie, Ne te gêne…
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C'est la nuit ; la nuit noireC'est la nuit ; la nuit noire, assoupie et profonde. L'ombre immense élargit ses ailes sur le monde. Dans vos joyeux palais gardés par le canon, Dans vos lits de velours, de damas, de linon, Sous vos…
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C'est l'hiverDansez ! Dans le bal béant Tourbillonnent les paroles De la joie et du néant. L'homme flotte dans la voie Où l'homme errant se perdit ; En bas le plaisir flamboie, En haut l'amour resplendit. Le…
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C'est parce qu'elle se taisaitSon silence fut mon vainqueur ; C'est ce qui m'a fait épris d'elle. D'abord je n'avais dans le coeur Rien qu'un obscur battement d'aile. Nous allions en voiture au bois, Seuls tous les soirs, et loin…
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C'est une émotion étrangeDe voir l'enfant, encor dans les bras de la femme, Fleur ignorant l'hiver, ange ignorant Satan, Secouant un hochet devant Léviathan, Approcher doucement la nature terrible. Les beaux séraphins bleus…
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C'était en juin, j'étais à BruxellesSavez-vous ce que fait maintenant ce bandit ? Et l'on me raconta le meurtre juridique, Charlet assassiné sur la place publique, Cirasse, Cuisinier, tous ces infortunés Que cet homme au supplice a…
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Cette nuit, il pleuvait, la marée était hauteUn brouillard lourd et gris couvrait toute la côte, Les brisants aboyaient comme des chiens, le flot Aux pleurs du ciel profond joignait son noir sanglot, L'infini secouait et mêlait dans son urne…
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Cette nuit-làTrois amis l'entouraient. C'était à l'Elysée. On voyait du dehors luire cette croisée. Regardant venir l'heure et l'aiguille marcher, Il était là, pensif ; et rêvant d'attacher Le nom de Bonaparte…
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Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttentCeux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front, Ceux qui d'un haut. destin gravissent l'âpre cime, Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime, Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et…
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Chacun choisit un hommeChacun choisit un homme, et moi j'ai choisi Dieu ! Oui, j'ai, pour l'expliquer à la foule muette, Pris le plus grand poème et le plus grand poète ! Je ne lis pas du grec ni du latin ; je lis Les…
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ChansonSi vous n'avez rien à me dire, Pourquoi venir auprès de moi ? Pourquoi me faire ce sourire Qui tournerait la tête au roi ? Si vous n'avez rien à me dire, Pourquoi venir auprès de moi ? Si vous n'avez…
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Chanson de pirates« Alerte ! alerte ! voici les pirates d'Ochali qui traversent le détroit. » Le Captif d'Ochali. Nous emmenions en esclavage Cent chrétiens, pêcheurs de corail ; Nous recrutions pour le sérail Dans…
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Chanson (Les châtiments, I)Courtisans ! attablés dans la splendide orgie, La bouche par le rire et la soif élargie, Vous célébrez César, très bon, très grand, très pur ; Vous buvez, apostats à tout ce qu'on révère, Le chypre à…
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Chanson (Les châtiments, II)La femelle ? elle est morte. Le mâle ? un chat l'emporte Et dévore ses os. Au doux nid qui frissonne Qui reviendra ? personne. Pauvres petits oiseaux ! Le pâtre absent par fraude ! Le chien mort ! le…
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Chanson (Les châtiments, III)Un jour, Dieu sur sa table Jouait avec le diable Du genre humain haï. Chacun tenait sa carte L'un jouait Bonaparte, Et l'autre Mastaï. Un pauvre abbé bien mince ! Un méchant petit prince, Polisson…
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Chanson (Les châtiments, IV)Nous nous promenions parmi les décombres À Rozel-Tower, Et nous écoutions les paroles sombres Que disait la mer. L'énorme océan, — car nous entendîmes Ses vagues chansons, — Disait : « Paraissez,…
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Chanson (Les châtiments, V)Sa grandeur éblouit l'histoire. Quinze ans, il fut Le dieu que traînait la victoire Sur un affût ; L'Europe sous la loi guerrière Se débattit. — Toi, son singe, marche derrière, Petit, petit.…
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Chant sur le berceauJe veille. Ne crains rien. J'attends que tu t'endormes. Les anges sur ton front viendront poser leurs bouches. Je ne veux pas sur toi d'un rêve ayant des formes Farouches ; Je veux qu'en te voyant…
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ChellesJ'aime Chelles et ses cressonnières, Et le doux tic-tac des moulins Et des coeurs, autour des meunières ; Quant aux blancs meuniers, je les plains. Les meunières aussi sont blanches ; C'est pourquoi…
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Choses du soirLe brouillard est froid, la bruyère est grise ; Les troupeaux de boeufs vont aux abreuvoirs ; La lune, sortant des nuages noirs, Semble une clarté qui vient par surprise. Je ne sais plus quand, je ne…
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Choses écrites à CréteilSachez qu'hier, de ma lucarne, J'ai vu, j'ai couvert de clins d'yeux Une fille qui dans la Marne Lavait des torchons radieux. Près d'un vieux pont, dans les saulées, Elle lavait, allait, venait ;…
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Chose vue un jour de printempsEntendant des sanglots, je poussai cette porte. Les quatre enfants pleuraient et la mère était morte. Tout dans ce lieu lugubre effrayait le regard. Sur le grabat gisait le cadavre hagard ; C'était…
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Clair de luneLa lune était sereine et jouait sur les flots. — La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise, La sultane regarde, et la mer qui se brise, Là-bas, d'un flot d'argent brode les noirs îlots. De ses…
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ClaireQuoi donc ! la vôtre aussi ! la vôtre suit la mienne ! Ô mère au coeur profond, mère, vous avez beau Laisser la porte ouverte afin qu'elle revienne, Cette pierre là-bas dans l'herbe est un tombeau !…
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Comédie dans les feuillesAu fond du parc qui se délabre, Vieux, désert, mais encor charmant Quand la lune, obscur candélabre, S'allume en son écroulement, Un moineau-franc, que rien ne gêne, A son grenier, tout grand ouvert,…
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Comme leurs yeux troublésComme leurs yeux troublés de sentiments contraires Se baissaient devant lui, Il dit : « Allez en paix ! allez en paix, mes frères, Vous qui m'avez trahi ! Vivez, et que jamais sous vos pas ne…
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ConfianceAmi, tu me dis : « Joie extrême ! Donc, ce matin, comblant ton voeu, Rougissante, elle a dit : Je t'aime ! Devant l'aube, cet autre aveu. Ta victoire, tu la dévoiles. On t'aime, ô Léandre, ô…
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ConfrontationsÔ cadavres, parlez ! quels sont vos assassins Quelles mains ont plongé ces stylets dans vos seins ? Toi d'abord, que je vois dans cette ombre apparaître, Ton nom ? — Religion. — Ton meurtrier ? — Le…
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ConseilRien encore n'a germé de vos rameaux flottants Sur notre jeune terre où, depuis quarante ans, Tant d'âmes se sont échouées, Doctrines aux fruits d'or, espoir des nations, Que la hâtive main des…
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Contempler dans son bain sans voilesAmor, ch'a null' amato amar perdona, Mi prese del costui placer si forte Che, come vedi, ancor non m'abbandona. DANTE. Une fille aux yeux innocents ; Suivre de loin de blanches voiles ; Voir au ciel…
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CrépusculeL'étang mystérieux, suaire aux blanches moires, Frisonne ; au fond du bois la clairière apparaît ; Les arbres sont profonds et les branches sont noires ; Avez-vous vu Vénus à travers la forêt ?…
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Cri de guerre du muftiEn guerre les guerriers ! Mahomet ! Mahomet ! Les chiens mordent les pieds du lion qui dormait, Ils relèvent leur tête infâme. Ecrasez, ô croyants du prophète divin, Ces chancelants soldats qui…
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Dans cette ville où rien ne ritComme dans une femme aujourd'hui décrépite, On sent que quelque chose, hélas ! a disparu ! Les maisons ont un air fâché, rogue et bourru ; Les fenêtres, luisant d'un luisant de limace, Semblent…
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Dans l'alcôve sombreBeau, frais, souriant d'aise à cette vie amère. SAINTE-BEUVE. Près d'un humble autel, L'enfant dort à l'ombre Du lit maternel. Tandis qu'il repose, Sa paupière rose, Pour la terre close, S'ouvre pour…
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Dans le cimetière de ***La foule des vivants rit et suit sa folie, Tantôt pour son plaisir, tantôt pour son tourment ; Mais par les morts muets, par les morts qu'on oublie, Moi, rêveur, je me sens regardé fixement. Ils…
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Dans l'église de ***I. C'était une humble église au cintre surbaissé, L'église où nous entrâmes, Où depuis trois cents ans avaient déjà passé Et pleuré bien des âmes. Elle était triste et calme à la chute du jour,…
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Dans les ruines d'une abbayeSeuls tous deux, ravis, chantants ! Comme on s'aime ! Comme on cueille le printemps Que Dieu sème ! Quels rires étincelants Dans ces ombres, Pleines jadis de fronts blancs, De coeurs sombres ! On est…
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Dante écrit deux versDante écrit deux vers, puis il sort ; et les deux vers Se parlent. Le premier dit : - Les cieux sont ouverts. Cieux ! je suis immortel. - Moi, je suis périssable. Dit l'autre. - je suis l'astre. - Et…
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David, le marbre est saintDavid, le marbre est saint, le bronze est vénérable. Sous le bois, où grandit le tilleul et l'érable, Où le chêne tressaille, où les germes vivants, Comme une bouche ouverts, boivent l'onde et les…
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DédainÀ LORD BYRON, EN 1811. Yo contra todos y todos contra yo . ROMANCE DEL VIEJO ARIAS. I. Qui peut savoir combien de jalouses pensées, De haines, par l'envie en tous lieux ramassées, De sourds…
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Déjà nomméMalgré moi je reviens, et mes vers s'y résignent, À cet homme qui fut si misérable, hélas ! Et dont Mathieu Molé, chez les morts qui s'indignent, Parle à Boissy d'Anglas. Ô loi sainte ! Justice ! où…
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De la femme au cielL'âme a des étapes profondes. On se laisse d'abord charmer, Puis convaincre. Ce sont deux mondes. Comprendre est au-delà d'aimer. Aimer, comprendre : c'est le faîte. Le Coeur, cet oiseau du vallon,…
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Demain, dès l'aubeDemain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. J'irai par la forêt, j'irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je…
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Dénonciation de l'esprit des boisJ'ai vu ton ami, j'ai vu ton amie ; Mérante et Rosa ; vous n'étiez point trois. Fils, ils ont produit une épidémie De baisers parmi les nids de mon bois. Ils étaient contents, le diable m'emporte !…
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Dicté en présence du glacier du RhôneCausa tangor ab omni . OVIDE. Souvent, quand mon esprit riche en métamorphoses Flotte et roule endormi sur l'océan des choses, Dieu, foyer du vrai jour qui ne luit point aux yeux, Mystérieux soleil…
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DieuÀ travers ce qu'on sent confusément bruire, C'est lui qui fait trembler, c'est lui qui fait reluire L'oeil sous le cil baissé, l'eau sous la berge en fleurs ; Le rayon de la lune au bas des monts…
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Dieu qui sourit et qui donneEt qui vient vers qui l'attend, Pourvu que vous soyez bonne, Sera content. Le monde où tout étincelle, Mais où rien n'est enflammé, Pourvu que vous soyez belle, Sera charmé. Mon cœur, dans l'ombre…
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Dizain de femmesUne de plus que les muses ; Elles sont dix. On croirait, Quand leurs jeunes voix confuses Bruissent dans la forêt, Entendre, sous les caresses Des grands vieux chênes boudeurs, Un brouhaha de déesses…
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Duel en juinÀ un ami. Jeanne a laissé de son jarret Tomber un joli ruban rose Qu'en vers on diviniserait, Qu'on baise simplement en prose. Comme femme elle met des bas, Comme ange elle a droit à des ailes ;…
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Du songe universelDu songe universel notre pensée est faite ; Et le dragon était consulté du prophète, Et jadis, dans l'horreur des antres lumineux, Entr'ouvrant de leur griffe ou tordant en leurs noeuds D'effrayants…
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ÉblouissementsÔ temps miraculeux ! ô gaîtés homériques ! Ô rires de l'Europe et des deux Amériques ! Croûtes qui larmoyez ! bons dieux mal accrochés Qui saignez dans vos coins ! madones qui louchez ! Phénomènes…
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ÉclipseLa terre par moments doute ; on ne comprend plus. L'homme a devant les yeux de la brume, un reflux, On ne sait quoi de pâle et de crépusculaire ; On n'a plus d'allégresse, on n'a plus de colère ; La…
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Écrit après la visite d'un bagneChaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne. Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne Ne sont jamais allés à l'école une fois, Et ne savent pas lire, et signent d'une croix.…
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Écrit au bas d'un crucifixVous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure. Vous qui souffrez, venez à lui, car il guérit. Vous qui tremblez, venez à lui, car il sourit. Vous qui passez, venez à lui, car il demeure. Mars 1842.
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Écrit au bas d'un portrait de Madame la Duchesse d'OrléansQuand cette noble femme eut touché la frontière, Proscrite et fugitive, hélas ! mais reine encor, Emportant son grand coeur, sa tristesse humble et fière, Et ses enfants, tout son trésor, À ce port…
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Écrit en 1827I. Je suis triste quand je vois l'homme. Le vrai décroît dans les esprits. L'ombre qui jadis noya Rome Commence à submerger Paris. Les rois sournois, de peur des crises, Donnent aux peuples un…
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Écrit le 17 juillet 1851En descendant de la tribune. Ces hommes qui mourront, foule abjecte et grossière, Sont de la boue avant d'être de la poussière. Oui, certes, ils passeront et mourront. Aujourd'hui Leur vue à…
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Écrit sur la plinthe d'un bas-relief antiqueÀ MADEMOISELLE LOUISE B. La musique est dans tout. Un hymne sort du monde. Rumeur de la galère aux flancs lavés par l'onde, Bruits des villes, pitié de la sœur pour la sœur, Passion des amants jeunes…
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Écrit sur la première page d'un livre de Joseph de MaistreCathédrale monstre ! Bâtie Contre le droit et le devoir ! Plan incliné. La sacristie, Glissante, devient l'abattoir. Ici les cierges, là les torches. Dans ce temple, à deux fins construit, On…
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Écrit sur la première page d'un PétrarqueQuand d'une aube d'amour mon âme se colore, Quand je sens ma pensée, ô chaste amant de Laure, Loin du souffle glacé d'un vulgaire moqueur, Eclore feuille à feuille au plus profond du cœur, Je prends…
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Écrit sur la vitre d'une fenêtre flamandeJ'aime le carillon dans tes cités antiques, Ô vieux pays gardien de tes moeurs domestiques, Noble Flandre, où le Nord se réchauffe engourdi Au soleil de Castille et s'accouple au Midi ! Le carillon,…
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Écrit sur le mur de VersaillesL'objet est illustre Dans ce temps caduc. Le duc sonne un rustre, Le roi sonne un duc. Siècle étrange ! il taille, Sans mêler les rangs, De la valetaille À même les grands. Il tient fous et sages Au…
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Écrit sur le tombeau(Sur le tombeau d'un petit enfant au bord de la mer) Vieux lierre, frais gazon, herbe, roseaux, corolles ; Eglise où l'esprit voit le Dieu qu'il rêve ailleurs ; Mouches qui murmurez d'ineffables…
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Écrit sur le tombeau d'un petit enfant au bord de la merVieux lierre, frais gazon, herbe, roseaux, corolles ; Église où l'esprit voit le Dieu qu'il rêve ailleurs ; Mouches qui murmurez d'ineffables paroles À l'oreille du pâtre assoupi dans les fleurs ;…
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Écrit sur un exemplaire de la « Divina Commedia »Un soir, dans le chemin je vis passer un homme Vêtu d'un grand manteau comme un consul de Rome, Et qui me semblait noir sur la clarté des cieux. Ce passant s'arrêta, fixant sur moi ses yeux…
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Écrit sur un livre du jeune Michel NeyEnfants ! fils des héros disparus ! fils des hommes Qui firent mon pays plus grand que les deux Romes, Et qui s'en sont allés, dans l'abîme engloutis ! Vous que nous voyons rire et jouer tout petits,…
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ÉgalitéDans un grand jardin en cinq actes, Conforme aux préceptes du goût, Où les branches étaient exactes, Où les fleurs se tenaient debout, Quelques clématites sauvages Poussaient, pauvres bourgeons…
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ÉglogueNous errions, elle et moi, dans les monts de Sicile. Elle est fière pour tous et pour moi seul docile. Les deux et nos pensers rayonnaient à la fois. Oh ! connue aux lieux déserts les cœurs sont peu…
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Elle avait pris ce pliElle avait pris ce pli dans son âge enfantin De venir dans ma chambre un peu chaque matin ; Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère ; Elle entrait, et disait : Bonjour, mon petit père ; Prenait…
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Elle est gaie et pensiveElle est gaie et pensive ; elle nous fait songer À tout ce qui reluit malgré de sombres voiles, Aux bois pleins de rayons, aux nuits pleines d'étoiles. L'esprit en la voyant s'en va je ne sais où.…
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Elle était déchaussée, elle était décoifféeAssise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ; Moi qui passais par là, je crus voir une fée, Et je lui dis : Veux-tu t'en venir dans les champs ? Elle me regarda de ce regard suprême Qui reste à…
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Elle était pâle, et pourtant rosePetite avec de grands cheveux. Elle disait souvent : je n'ose, Et ne disait jamais : je veux. Le soir, elle prenait ma Bible Pour y faire épeler sa soeur, Et, comme une lampe paisible, Elle éclairait…
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Elle passa, je crois qu'elle m'avait souriC'était une grisette ou bien une houri. Je ne sais si l'effet fut moral ou physique, Mais son pas en marchant faisait une musique. Quoi ! Ton pavé bruyant et fangeux, ô Paris, A de ces visions…
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Elle prend un miroirElle prend un miroir, s'y regarde, le jette avec horreur, souffle Son flambeau, et tombe à genoux auprès de son lit. Oh ! je suis monstrueuse et les autres sont belles ! Cette bosse ! ô mon Dieu !...…
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Encore Dieu, mais avec des restrictionsQuel beau lieu ! Là le cèdre avec l'orme chuchote, L'âne est Iyrique et semble avoir vu Don Quichotte, Le tigre en cage a l'air d'un roi dans son palais, Les pachydermes sont effroyablement laids ;…
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En écoutant les oiseauxOh ! Quand donc aurez-vous fini, petits oiseaux, De jaser au milieu des branches et des eaux, Que nous nous expliquions et que je vous querelle ? Rouge-gorge, verdier, fauvette, tourterelle, Oiseaux,…
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En maiUne sorte de verve étrange, point muette, Point sourde, éclate et fait du printemps un poète ; Tout parle et tout écoute et tout aime à la fois ; Et l'antre est une bouche et la source une voix ;…
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En passant dans la place Louis XVUN JOUR DE FÊTE PUBLIQUE . – Allons, dit-elle, encor ! pourquoi ce front courbé ? Songeur, dans votre puits vous voilà retombé ! A quoi bon pour rêver venir dans une fête ? Moi, je lui dis, tandis…
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En plein midiEn plein midi, quand l'astre est à plomb sur nos têtes, On se sent la sueur, tiède, perler au front ; Les heures, groupe las, ne dansent plus en rond ; Tout fait la sieste ; on veut la grotte, on…
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En sortant du collège (I)(Première lettre) Puisque nous avons seize ans, Vivons, mon vieux camarade, Et cessons d'être innocents ; Car c'est là le premier grade. Vivre c'est aimer. Apprends Que, dans l'ombre où nos coeurs…
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En sortant du collège (II)(Deuxième lettre) Elle habite en soupirant La mansarde mitoyenne. Parfois sa porte, en s'ouvrant, Pousse le coude à la mienne. Elle est fière ; parlons bas. C'est une forme azurée Qui, pour ravauder…
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EnthousiasmeAllons, jeune homme ! allons, marche...! André Chénier. En Grèce ! en Grèce ! adieu, vous tous ! il faut partir ! Qu'enfin, après le sang de ce peuple martyr, Le sang vil des bourreaux ruisselle ! En…
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Envoi des feuilles d'automne à madame ***À Madame *** I. Ce livre errant qui va l'aile brisée, Et que le vent jette à votre croisée Comme un grêlon à tous les murs cogné, Hélas ! il sort des tempêtes publiques. Le froid, la pluie, et mille…
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ÉpitapheIl vivait, il jouait, riante créature. Que te sert d'avoir pris cet enfant, ô nature ? N'as-tu pas les oiseaux peints de mille couleurs, Les astres, les grands bois, le ciel bleu, l'onde amère ? Que…
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Ère des CésarsUn philosophe grec, persan ou byzantin, Débarqua sur les bords du Tibre un beau matin. Maint bourgeois tout de suite étourdit le pauvre homme Des curiosités de la ville de Rome. « Vous arrivez,…
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Espoir en dieuEspère, enfant ! demain ! et puis demain encore ! Et puis toujours demain ! croyons dans l'avenir. Espère ! et chaque fois que se lève l'aurore, Soyons là pour prier comme Dieu pour bénir ! Nos…
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Et Jeanne à Mariette a ditQu'en répondant : c'est moi, papa ne dirait rien. Je n'ai pas peur de lui puisqu'il est mon grand-père. Vois-tu, papa n'a pas le temps d'être en colère, Il n'est jamais beaucoup fâché, parce qu'il…
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Et les voilà mentant, inventant, misérablesLes voilà, fronts sans honte et bouches incurables, Calomniant l'honneur du pays, flétrissant Tous les lutteurs, ceux-ci qui versèrent leur sang, Ceux-ci, plus grands encor, qui, voyant que la flamme…
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Être aiméÉcoute-moi. Voici la chose nécessaire : Être aimé. Hors de là rien n'existe, entends-tu ? Être aimé, c'est l'honneur, le devoir, la vertu, C'est Dieu, c'est le démon, c'est tout. J'aime, et l'on…
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ExilSi je pouvais voir, ô patrie, Tes amandiers et tes lilas, Et fouler ton herbe fleurie, Hélas ! Si je pouvais, - mais, ô mon père, O ma mère, je ne peux pas, Prendre pour chevet votre pierre, Hélas !…
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ExplicationLa terre est au soleil ce que l'homme est à l'ange. L'un est fait de splendeur ; l'autre est pétri de fange. Toute étoile est soleil ; tout astre est paradis. Autour des globes purs sont les mondes…
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ExtaseJ'étais seul près des flots, par une nuit d'étoiles. Pas un nuage aux cieux, sur les mers pas de voiles. Mes yeux plongeaient plus loin que le monde réel. Et les bois, et les monts, et toute la…
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Fable ou histoireUn jour, maigre et sentant un royal appétit, Un singe d'une peau de tigre se vêtit. Le tigre avait été méchant ; lui, fut atroce. Il avait endossé le droit d'être féroce. Il se mit à grincer des…
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FantômesI. Hélas ! que j'en ai vu mourir de jeunes filles ! C'est le destin. Il faut une proie au trépas. Il faut que l'herbe tombe au tranchant des faucilles ; Il faut que dans le bal les folâtres…
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Fenêtres ouvertesLe matin - En dormant. J'entends des voix. Lueurs à travers ma paupière. Une cloche est en branle à l'église Saint-Pierre. Cris des baigneurs. Plus près ! plus loin ! non, par ici ! Non, par là ! Les…
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Fêtes de village en plein airLe bal champêtre est sous la tente. On prend en vain des airs moqueurs ; Toute une musique flottante Passe des oreilles aux coeurs. On entre, on fait cette débauche De voir danser en plein midi Près…
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Fiat voluntasPAUVRE femme ! son lait à sa tête est monté. Et, dans ses froids salons, le monde a répété, Parmi les vains propos que chaque jour emporte, Hier, qu'elle était folle, aujourd'hui, qu'elle est morte ;…
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FloréalAu retour des beaux jours, dans ce vert floréal Où meurent les Danton trahis par les Réal, Quand l'étable s'agite au fond des métairies, Quand l'eau vive au soleil se change en pierreries, Quand la…
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Fonction du poèteI Pourquoi t'exiler, ô poète, Dans la foule où nous te voyons ? Que sont pour ton âme inquiète Les partis, chaos sans rayons ? Dans leur atmosphère souillée Meurt ta poésie effeuillée : Leur souffle…
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Force des chosesQue devant les coquins l'honnête homme soupire ; Que l'histoire soit laide et plate ; que l'empire Boîte avec Talleyrand ou louche avec Parieu ; Qu'un tour d'escroc bien fait ait nom grâce de Dieu ;…
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Fuis l'éden des anges déchusAmi, prends garde aux belles filles ; Redoute à Paris les fichus, Redoute à Madrid les mantilles. Tremble pour tes ailes, oiseau, Et pour tes fils, marionnette. Crains un peu l'oeil de Calypso, Et…
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Fuite en SologneAu poète Mérante. I. Ami, viens me rejoindre. Les bois sont innocents. Il est bon de voir poindre L'aube des paysans. Paris, morne et farouche, Pousse des hurlements Et se tord sous la douche Des…
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FulgurL'océan me disait : Ô poète, homme juste, J'ai parfois comme toi cette surprise auguste Qu'il me descend des cieux une immense rougeur ; Et je suis traversé tout à coup, ô songeur, Par la foudre…
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Fuyez au mont inabordableFuyez dans le creux du vallon ! Une nation formidable Vient du côté de l'aquilon. Ils auront de bons capitaines, Ils auront de bons matelots, Ils viendront à travers les plaines, Ils viendront à…
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Gare !On a peur, tant elle est belle ! Fût-on don Juan ou Caton. On la redoute rebelle ; Tendre, que deviendrait-on ? Elle est joyeuse et céleste ! Elle vient de ce Brésil Si doré qu'il fait du reste De…
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Genio libriÔ toi qui dans mon âme vibres, Ô mon cher esprit familier, Les espaces sont clairs et libres ; J'y consens, défais ton collier, Mêle les dieux, confonds les styles, Accouple au poean les agnus ; Fais…
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Georges et JeanneMoi qu'un petit enfant rend tout à fait stupide, J'en ai deux ; Georges et Jeanne ; et je prends l'un pour guide Et l'autre pour lumière, et j'accours à leur voix, Vu que Georges a deux ans et que…
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Grand âge et bas âge mêlésI. Mon âme est faite ainsi que jamais ni l'idée, Ni l'homme, quels qu'ils soient, ne l'ont intimidée ; Toujours mon cœur, qui n'a ni bible ni Coran, Dédaigna le sophiste et brava le tyran ; Je suis…
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GrenadeSoit lointaine, soit voisine, Espagnole ou sarrazine, Il n'est pas une cité Qui dispute sans folie La pomme de la beauté, Et qui, gracieuse, étale Plus de pompe orientale Sous un ciel plus enchanté.…
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GuitareGASTIBELZA, l'homme à la carabine, Chantait ainsi : « Quelqu'un a-t-il connu doña Sabine ? Quelqu'un d'ici ? Dansez, chantez, villageois ! la nuit gagne Le mont Falù (*). – Le vent qui vient à…
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Halte en marchantUne brume couvrait l'horizon ; maintenant, Voici le clair midi qui surgit rayonnant ; Le brouillard se dissout en perles sur les branches, Et brille, diamant, au collier des pervenches. Le vent…
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HerminaJ'atteignais l'âge austère où l'on est fort en thème, Où l'on cherche, enivré d'on ne sait quel parfum, Afin de pouvoir dire éperdument Je t'aime ! Quelqu'un. J'entrais dans ma treizième année. Ô…
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Heureux l'hommeHeureux l'homme, occupé de l'éternel destin, Qui, tel qu'un voyageur qui part de grand matin, Se réveille, l'esprit rempli de rêverie, Et, dès l'aube du jour, se met à lire et prie ! A mesure qu'il…
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Heureux l'homme occupéHeureux l'homme, occupé de l'éternel destin, Qui, tel qu'un voyageur qui part de grand matin, Se réveille, l'esprit rempli de rêverie, Et, dès l'aube du jour, se met à lire et prie ! A mesure qu'il…
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Hier au soirHier, le vent du soir, dont le souffle caresse, Nous apportait l'odeur des fleurs qui s'ouvrent tard ; La nuit tombait ; l'oiseau dormait dans l'ombre épaisse. Le printemps embaumait, moins que votre…
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Hier, la nuit d'étéHier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles, Etait digne de toi, tant elle avait d'étoiles ! Tant son calme était frais ! tant son souffle était doux ! Tant elle éteignait bien ses rumeurs…
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HilaritasChantez ; l'ardent refrain flamboie ; Jurez même, noble ou vilain ! Le chant est un verre de joie Dont le juron est le trop-plein. L'homme est heureux sous la tonnelle Quand il a bien empaqueté Son…
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Hugo DundasDevant les douze lords de la chambre étoilée, Du fond d'une tribune une femme voilée L'admirait en pleurant. Nuit, flambeaux, murs drapés, blasons des deux royaumes, C'était sinistre et beau. Les…
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HymneHymne aux morts de juillet. Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne et prie. Entre les plus beaux noms leur nom est le plus beau. Toute gloire près…
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Hymne des transportésPrions ! voici l'ombre sereine. Vers toi, grand Dieu, nos yeux et nos bras sont levés. Ceux qui t'offrent ici leurs larmes et leur chaîne Sont les plus douloureux parmi les éprouvés. Ils ont le plus…
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Idolâtries et PhilosophiesLa philosophie ose escalader le ciel. Triste, elle est là. Qui donc t'a bâtie, ô Babel ? Oh ! Quel monceau d'efforts sans but ! Quelles spirales De songes, de leçons, de dogmes, de morales ! Ruche…
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IdyllesLE SÉNAT. Vibrez, trombone et chanterelle ! Les oiseaux chantent dans les nids. La joie est chose naturelle. Que Magnan danse la trénis Et Saint-Arnaud la pastourelle ! LES CAVES DE LILLE. Miserere !…
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Il est des jours abjects où, séduits par la joieSans honneur, Les peuples au succès se livrent, triste proie Du bonheur. Alors des nations, que berce un fatal songe Dans leur lit, La vertu coule et tombe, ainsi que d'une éponge L'eau jaillit.…
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Il fait froidL'hiver blanchit le dur chemin Tes jours aux méchants sont en proie. La bise mord ta douce main ; La haine souffle sur ta joie. La neige emplit le noir sillon. La lumière est diminuée... Ferme ta…
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Il faut que le poèteIl faut que le poète, épris d'ombre et d'azur, Esprit doux et splendide, au rayonnement pur, Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent, Chanteur mystérieux qu'en tressaillant écoutent Les…
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Il lui disait : Vois-tu..Il lui disait : « Vois-tu, si tous deux nous pouvions, xx L'âme pleine de foi, le coeur plein de rayons, xx Ivres de douce extase et de mélancolie, xx Rompre les mille noeuds dont la ville nous lie ;…
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Il n'avait pas vingt ansDe tout ce qui peut être aimé, souillé, brisé. Il avait tout terni sous ses mains effrontées. Les blêmes voluptés sur sa trace ameutées Sortaient, pour l'appeler, de leur repaire impur Quand son…
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Inde IraeTout frissonnant d'amour, d'extases, de splendeurs, L'hymne universel chante au fond des profondeurs Avec toutes les fleurs et toutes les étoiles ; Il chante Dieu rêvant sous les flamboyants voiles ;…
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InscriptionUn sculpteur, qui vivait voilà bien trois mille ans, Fit pour le noir Pluton, qu'en leurs cachots brûlants Les ombres ont horreur de voir au milieu d'elles, Ce temple, qu'aujourd'hui Dieu donne aux…
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InsomnieQuand une lueur pâle à l'orient se lève, Quand la porte du jour, vague et pareille au rêve, Commence à s'entr'ouvrir et blanchit à l'horizon, Comme l'espoir blanchit le seuil d'une prison, Se…
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IntérieurLa querelle irritée, amère, à l'œil ardent, Vipère dont la haine empoisonne la dent, Siffle et trouble le toit d'une pauvre demeure. Les mots heurtent les mots. L'enfant s'effraie et pleure. La femme…
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Interruption à une lecture de PlatonJe lisais Platon. — J'ouvris La porte de ma retraite, Et j'aperçus Lycoris C'est-à-dire Turlurette. Je n'avais pas dit encor Un seul mot à cette belle. Sous un vague plafond d'or Mes rêves battaient…
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Invocation du mage contre les deux roisVents, souffles du zénith obscur et tutélaire, N'éveillerez-vous pas quelque immense colère Là-haut, dans le ciel sombre, en faveur des humains ? Puisque deux nations vont en venir aux mains Parce…
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J'ai vu pendant trois jours de haineL'eau refléter des feux et charrier des morts Dans une grande et noble ville. Le tisserand, par l'ombre et la faim énervé, De son dernier métier brûlé sur le pavé Attisait la guerre civile. Le soldat…
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Jeanne chantexx (Pour Jeanne seule.) II. Et s'envole ; elle me plaît ; Et, comme de branche en branche, Va de couplet en couplet. De quoi donc me parlait-elle ? Avec sa fleur au corset, Et l'aube dans sa…
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Jeanne endormie (II)Elle dort ; ses beaux yeux se rouvriront demain ; Et mon doigt qu'elle tient dans l'ombre emplit sa main ; Moi, je lis, ayant soin que rien ne la réveille, Des journaux pieux ; tous m'insultent ;…
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Jeanne fait son entréeJeanne parle ; elle dit des choses qu'elle ignore ; Elle envoie à la mer qui gronde, au bois sonore, À la nuée, aux fleurs, aux nids, au firmament, À l'immense nature un doux gazouillement, Tout un…
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Jeanne songeaitJeanne songeait, sur l'herbe assise, grave et rose ; Je m'approchai : - Dis-moi si tu veux quelque chose, Jeanne ? — car j'obéis à ces charmants amours, Je les guette, et je cherche à comprendre…
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Je lisais. Que lisais-je ?Je lisais. Que lisais-je ? Oh ! le vieux livre austère, Le poème éternel ! — La Bible ? — Non, la terre. Platon, tous les matins, quand revit le ciel bleu, Lisait les vers d'Homère, et moi les fleurs…
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Je me fais paysan comme euxNon. Le cercle où chacun se courbe sur sa tâche, L'homme tissant la paille et la femme le fil, Où le travail fait grave et doux chaque profil, Le soir, près du foyer aux lueurs assoupies, A l'heure…
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Je ne demande pas autre chose aux forêtsQue de faire silence autour des antres frais Et de ne pas troubler la chanson des fauvettes. Je veux entendre aller et venir les navettes De Pan, noir tisserand que nous entrevoyons Et qui file, en…
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Je ne me mets pas en peinexx (Pour Jeanne seule.) I. Du clocher ni du beffroi ; Je ne sais rien de la reine, Et je ne sais rien du roi ; J'ignore, je le confesse, Si le seigneur est hautain, Si le curé dit la messe En grec ou…
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Je ne vois pas pourquoi je ferais autre choseQue de rêver sous l'arbre où le ramier se pose ; Les chars passent, j'entends grincer les durs essieux ; Quand les filles s'en vont laver à la fontaine, Elles prêtent l'oreille à ma chanson…
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Je prendrai par la main les deux petits enfantsJ'aime les bois où sont les chevreuils et les faons, Où les cerfs tachetés suivent les biches blanches Et se dressent dans l'ombre effrayés par les branches ; Car les fauves sont pleins d'une telle…
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Je respire où tu palpitesTu sais ; à quoi bon, hélas ! Rester là si tu me quittes, Et vivre si tu t'en vas ? A quoi bon vivre, étant l'ombre De cet ange qui s'enfuit ? A quoi bon, sous le ciel sombre, N'être plus que de la…
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Je sais bien qu'il est d'usageD'aller en tous lieux criant Que l'homme est d'autant plus sage Qu'il rêve plus de néant ; D'applaudir la grandeur noire, Les héros, le fer qui luit, Et la guerre, cette gloire Qu'on fait avec de la…
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Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ansTon regard dit : « Matin, » et ton front dit : « Printemps. » Il semble que ta main porte un lys invisible. Don Juan te voit passer et murmure : « Impossible ! » Sois belle. Sois bénie, enfant, dans…
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J'eus toujours de l'amour pour les choses ailéesLorsque j'étais enfant, j'allais sous les feuillées, J'y prenais dans les nids de tout petits oiseaux. D'abord je leur faisais des cages de roseaux Où je les élevais parmi des mousses vertes. Plus…
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Jolies femmesOn leur fait des sonnets, passables quelquefois ; On baise cette main qu'elles daignent vous tendre ; On les suit à l'église, on les admire au bois ; On redevient Damis, on redevient Clitandre ; Le…
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Jour de fêteAux environs de Paris. Midi chauffe et sèche la mousse ; Les champs sont pleins de tambourins ; On voit dans une lueur douce Des groupes vagues et sereins. Là-bas, à l'horizon, poudroie Le vieux…
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Joyeuse vieI. Bien ! pillards, intrigants, fourbes, crétins, puissances ! Attablez-vous en hâte autour des jouissances ! Accourez ! place à tous ! Maîtres, buvez, mangez, car la vie est rapide. Tout ce peuple…
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La bataille commençaComment ? Par un doux sourire. Elle me dit : — Comme ça, Vous ne voulez pas m'écrire ? — Un billet doux ? — Non, des vers. — Je n'en fais point, répondis-je, — Ainsi parfois de travers Le dialogue…
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La bataille perdue« Allah ! qui me rendra ma formidable armée, Emirs, cavalerie au carnage animée, Et ma tente, et mon camp, éblouissant à voir, Qui la nuit allumait tant de feux, qu'à leur nombre On eût dit que le…
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La captiveSi je n'étais captive, J'aimerais ce pays, Et cette mer plaintive, Et ces champs de maïs, Et ces astres sans nombre, Si le long du mur sombre N'étincelait dans l'ombre Le sabre des spahis. Je ne suis…
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La caravaneI. Sur la terre, tantôt sable, tantôt savane, L'un à l'autre liés en longue caravane, Echangeant leur pensée en confuses rumeurs, Emmenant avec eux les lois, les faits, les mœurs, Les esprits,…
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La chouetteUne chouette était sur une porte clouée ; Larve de l'ombre au toit des hommes échouée. La nature, qui mêle une âme aux rameaux verts, Qui remplit tout, et vit, à des degrés divers, Dans la bête…
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La clarté du dehorsLa clarté du dehors ne distrait pas mon âme. La plaine chante et rit comme une jeune femme ; Le nid palpite dans les houx ; Partout la gaîté lui dans les bouches ouvertes ; Mai, couché dans la mousse…
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La coccinelleElle me dit : « Quelque chose Me tourmente. » Et j'aperçus Son cou de neige, et, dessus, Un petit insecte rose. J'aurais dû — mais, sage ou fou, A seize ans, on est farouche, — Voir le baiser sur sa…
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La douleur du pacha— Qu'a donc l'ombre d'Allah ? disait l'humble derviche ; Son aumône est bien pauvre et son trésor bien riche ! Sombre, immobile, avare, il rit d'un rire amer. A-t-il donc ébréché le sabre de son père…
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Laetitia rerumTout est pris d'un frisson subit. L'hiver s'enfuit et se dérobe. L'année ôte son vieil habit ; La terre met sa belle robe. Tout est nouveau, tout est debout ; L'adolescence est dans les plaines ; La…
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La face de la bête est terribleL'Ignoré, l'éternel problème éblouissant Et ténébreux, que l'homme appelle la Nature ; On a devant soi l'ombre informe, l'aventure Et le joug, l'esclavage et la rébellion, Quand on voit le visage…
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La femmeJe l'ai dit quelque part, les penseurs d'autrefois, Épiant l'inconnu dans ses plus noires lois, Ont tous étudié la formation d'Ève. L'un en fit son problème et l'autre en fit son rêve. L'horreur…
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La fête chez ThérèseLa chose fut exquise et fort bien ordonnée. C'était au mois d'avril, et dans une journée Si douce, qu'on eût dit qu'amour l'eût faite exprès. Thérèse la duchesse à qui je donnerais, Si j'étais roi,…
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La hache ? Non. JamaisLa hache ? Non. Jamais. Je n'en veux pour personne. Pas même pour ce czar devant qui je frissonne, Pas même pour ce monstre à lui-même fatal. Qui supprime Tyburn abolit White-Hall ; Et quand la mort,…
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Laissez. – Tous ces enfants sont bien làSinite parvulos venire ad me. JESUS. Que la bulle d'azur que mon souffle agrandit A leur souffle indiscret s'écroule ? Qui vous dit que leurs voix, leurs pas, leurs jeux, leurs cris, Effarouchent la…
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La Méridienne du lionLe lion dort, seul sous sa voûte. Il dort de ce puissant sommeil De la sieste, auquel s'ajoute, Comme un poids sombre, le soleil. Les déserts, qui de loin écoutent, Respirent ; le maître est rentré.…
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La mort du duc de BerryLe Meurtre, d'une main violente, brise les liens Les plus sacrés, La Mort vient enlever le jeune homme florissant, Et le Malheur s'approche comme un ennemi rusé Au milieu des jours de fête. Schiller.…
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La naissance du duc de BordeauxLe ciel... prodigue en leur faveur les miracles. La postérité de Joseph rentre dans la terre de Gessen ; Et cette conquête, due aux larmes des vainqueurs, Ne coûte pas une larme aux vaincus.…
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La nature est pleine d'amourJeanne, autour de nos humbles joies ; Et les fleurs semblent tour à tour Se dresser pour que tu les voies. Vive Angélique ! à bas Orgon ! L'hiver, qu'insultent nos huées, Recule, et son profil bougon…
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La nichée sous le portailOui, va prier à l'église, Va ; mais regarde en passant, Sous la vieille voûte grise, Ce petit nid innocent. Aux grands temples où l'on prie Le martinet, frais et pur, Suspend la maçonnerie Qui…
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La nuitI. Le ciel d'étain au ciel de cuivre Succède. La nuit fait un pas. Les choses de l'ombre vont vivre. Les arbres se parlent tout bas. Le vent, soufflant des empyrées, Fait frissonner dans l'onde où…
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La pauvre fleurLa pauvre fleur disait au papillon céleste — Ne fuis pas ! Vois comme nos destins sont différents. Je reste, Tu t'en vas ! Pourtant nous nous aimons, nous vivons sans les hommes Et loin d'eux, Et…
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La peau de tigreQuand la marquise était avec le roi fâchée, Avant l'invention d'Esther par Mardochée, Afin que chez Vasti Sa Majesté rentrât, Il fallait mieux qu'un prince et plus qu'un magistrat ; Il fallait, pour…
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La pente de la rêverieObscuritate rerum verba saepè obscurantur. GERVASIUS TILBERIENSIS. Amis, ne creusez pas vos chères rêveries ; Ne fouillez pas le sol de vos plaines fleuries ; Et quand s'offre à vos yeux un océan qui…
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La prière pour tousOra pro nobis ! I. Ma fille, va prier ! - Vois, la nuit est venue. Une planète d'or là-bas perce la nue ; La brume des coteaux fait trembler le contour ; À peine un char lointain glisse dans…
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La prière pour tous (II)II. Ma fille, va prier ! - D'abord, surtout, pour celle Qui berça tant de nuits ta couche qui chancelle, Pour celle qui te prit jeune âme dans le ciel, Et qui te mit au monde, et depuis, tendre mère,…
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La prière pour tous (III)III. Prie encor pour tous ceux qui passent Sur cette terre des vivants ! Pour ceux dont les sentiers s'effacent À tous les flots, à tous les vents ! Pour l'insensé qui met sa joie Dans l'éclat d'un…
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La prière pour tous (IV)IV. À genoux, à genoux, à genoux sur la terre Où ton père a son père, où ta mère a sa mère, Où tout ce qui vécut dort d'un sommeil profond ! Abîme où la poussière est mêlée aux poussières, Où sous…
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La prière pour tous (V)V. Ce n'est pas à moi, ma colombe, De prier pour tous les mortels, Pour les vivants dont la foi tombe, Pour tous ceux qu'enferme la tombe, Cette racine des autels ! Ce n'est pas moi, dont l'âme est…
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La prière pour tous (VI)VI. Comme une aumône, enfant, donne donc ta prière À ton père, à ta mère, aux pères de ton père ; Donne au riche à qui Dieu refuse le bonheur, Donne au pauvre, à la veuve, au crime, au vice immonde.…
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La prière pour tous (VII)VII. Ô myrrhe ! ô cinname ! Nard cher aux époux ! Baume ! éther ! dictame ! De l'eau, de la flamme, Parfums les plus doux ! Prés que l'onde arrose ! Vapeurs de l'autel ! Lèvres de la rose Où…
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La prière pour tous (VIII)VIII. Quand elle prie, un ange est debout auprès d'elle, Caressant ses cheveux des plumes de son aile, Essuyant d'un baiser son oeil de pleurs terni, Venu pour l'écouter sans que l'enfant l'appelle,…
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La prière pour tous (IX)IX. Oh ! bien loin de la voie Où marche le pécheur, Chemine où Dieu t'envoie ! Enfant, garde ta joie ! Lis, garde ta blancheur ! Sois humble ! que t'importe Le riche et le puissant ! Un souffle les…
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La prière pour tous (X)X. Et toi, céleste ami qui gardes son enfance, Qui le jour et la nuit lui fais une défense De tes ailes d'azur ! Invisible trépied où s'allume sa flamme ! Esprit de sa prière, ange de sa jeune âme,…
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La reculadeI. Je disais : — Ces soldats ont la tête trop basse. Il va leur ouvrir des chemins. Le peuple aime la poudre, et quand le clairon passe La France chante et bat des mains. La guerre est une pourpre où…
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L'art et le peupleI. L'art, c'est la gloire et la joie. Dans la tempête il flamboie ; Il éclaire le ciel bleu. L'art, splendeur universelle, Au front du peuple étincelle, Comme l'astre au front de Dieu. L'art est un…
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La satire à présent, chant où se mêle un criBouche de fer d'où sort un sanglot attendri, N'est plus ce qu'elle était jadis dans notre enfance, Quand on nous conduisait, écoliers sans défense, À la Sorbonne, endroit revêche et mauvais lieu, Et…
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L'ascension humaineTandis qu'au loin des nuées, Qui semblent des paradis, Dans le bleu sont remuées, Je t'écoute, et tu me dis : « Quelle idée as-tu de l'homme, « De croire qu'il aide Dieu ? « L'homme est-il donc…
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La siesteElle fait au milieu du jour son petit somme ; Car l'enfant a besoin du rêve plus que l'homme, Cette terre est si laide alors qu'on vient du ciel ! L'enfant cherche à revoir Chérubin, Ariel, Ses…
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La société est sauvéeFrance ! à l'heure où tu te prosternes, Le pied d'un tyran sur ton front, La voix sortira des cavernes Les enchaînés tressailleront. Le banni, debout sur la grève, Contemplant l'étoile et le flot,…
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La sourceUn lion habitait près d'une source ; un aigle Y venait boire aussi. Or, deux héros, un jour, deux rois — souvent Dieu règle La destinée ainsi — Vinrent à cette source où des palmiers attirent Le…
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La statueQuand l'empire romain tomba désespéré, — Car, ô Rome, l'abîme où Carthage a sombré Attendait que tu la suivisses ! — Quand, n'ayant rien en lui de grand qu'il n'eût brisé, Ce monde agonisa, triste,…
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La statue (II)IL semblait grelotter, car la bise était dure. C'était, sous un amas de rameaux sans verdure, Une pauvre statue, au dos noir, au pied vert, Un vieux faune isolé dans le vieux parc désert, Qui, de son…
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La sultane favoriteN'ai-je pas pour toi, belle juive, Assez dépeuplé mon sérail ? Souffre qu'enfin le reste vive. Faut-il qu'un coup de hache suive Chaque coup de ton éventail ? Repose-toi, jeune maîtresse. Fais grâce…
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L'autreViens, mon George. Ah ! les fils de nos fils nous enchantent, Ce sont de jeunes voix matinales qui chantent. Ils sont dans nos logis lugubres le retour Des roses, du printemps, de la vie et du jour !…
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L'autre présidentI. Donc, vieux partis, voilà votre homme consulaire ! Aux jours sereins, quand rien ne nous vient assiéger, Dogue aboyant, dragon farouche, hydre en colère ; Taupe aux jours du danger ! Pour le…
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L'avenirPolynice, Etéocle, Abel, Caïn ! ô frères ! Vieille querelle humaine ! échafauds ! lois agraires ! Batailles ! ô drapeaux, ô linceuls ! noirs lambeaux ! Ouverture hâtive et sombre des tombeaux ! Dieu…
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L'aube est moins claireL'aube est moins claire, l'air moins chaud, le ciel moins pur ; Le soir brumeux ternit les astres de l'azur. Les longs jours sont passés ; les mois charmants finissent. Hélas ! voici déjà les arbres…
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L'aurore s'allumeI. L'ombre épaisse fuit ; Le rêve et la brume Vont où va la nuit ; Paupières et roses S'ouvrent demi-closes ; Du réveil des choses On entend le bruit. Tout chante et murmure, Tout parle à la fois,…
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À Théophile GautierAmi, poète, esprit, tu fuis notre nuit noire. Tu sors de nos rumeurs pour entrer dans la gloire; Et désormais ton nom rayonne aux purs sommets. Moi qui t’ai connu jeune et beau, moi qui t’aimais, Moi…
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A celle qui est voiléeTu me parles du fond d’un rêve Comme une âme parle aux vivants. Comme l’écume de la grève, Ta robe flotte dans les vents. Je suis l’algue des flots sans nombre, Le captif du destin vainqueur ; Je…
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À mamanMon coeur me dit que c’est ta fête Je crois toujours mon coeur quand il parle de toi Maman, que faut-il donc que ce coeur te souhaite? Des trésors? Des honneurs? Des trônes? Non, ma foi! Mais un…
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Ce que c’est que la mortNe dites pas : mourir ; dites : naître. Croyez. On voit ce que je vois et ce que vous voyez ; On est l’homme mauvais que je suis, que vous êtes ; On se rue aux plaisirs, aux tourbillons, aux fêtes ;…
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Chanson (VII, 6)Sa grandeur éblouit l’histoire. Quinze ans, il fut Le dieu que traînait la victoire Sur un affût ; L’Europe sous sa loi guerrière Se débattit. – Toi, son singe, marche derrière, Petit, petit.…
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Dans la forêtDe quoi parlait le vent ? De quoi tremblaient les branches ? Était-ce, en ce doux mois des nids et des pervenches, Parce que les oiseaux couraient dans les glaïeuls, Ou parce qu’elle et moi nous…
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Guerre civileLa foule était tragique et terrible ; on criait : À mort ! Autour d’un homme altier, point inquiet, Grave, et qui paraissait lui-même inexorable, Le peuple se pressait : À mort le misérable ! Et lui,…
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L’EnfantLes turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil. Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil, Chio, qu’ombrageaient les charmilles, Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois, Ses…
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L’expiationI Il neigeait. On était vaincu par sa conquête. Pour la première fois l’aigle baissait la tête. Sombres jours! l’empereur revenait lentement, Laissant derrière lui brûler Moscou fumant. Il neigeait.…
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La CicatriceUne croûte assez laide est sur la cicatrice. Jeanne l’arrache, et saigne, et c’est là son caprice ; Elle arrive, montrant son doigt presque en lambeau. — J’ai, me dit-elle, ôté la peau de mon bobo. —…
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La conscienceLorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes, Echevelé, livide au milieu des tempêtes, Caïn se fut enfui de devant Jéhovah, Comme le soir tombait, l’homme sombre arriva Au bas d’une montagne en…
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Les femmes sont sur la terre…Les femmes sont sur la terre Pour tout idéaliser ; L’univers est un mystère Que commente leur baiser. C’est l’amour qui, pour ceinture, A l’onde et le firmament, Et dont toute la nature, N’est, au…
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Les deux îlesDites-moi d’où il est venu, je vous dirai où il est allé. E. H. I Il est deux îles dont un monde Sépare les deux Océans, Et qui de loin dominent l’onde, Comme des têtes de géants. On devine, en…
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La mort du chienUn groupe tout à l’heure était là sur la grève, Regardant quelque chose à terre : « Un chien qui crève ! » M’ont crié des enfants ; voilà tout ce que c’est ! Et j’ai vu sous leurs pieds un vieux…
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Le doigt de la femmeDieu prit sa plus molle argile Et son plus pur kaolin, Et fit un bijou fragile, Mystérieux et câlin. Il fit le doigt de la femme, Chef-d’œuvre auguste et charmant, Ce doigt fait pour toucher l’âme Et…
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Les CanarisLorsqu’un vaisseau vaincu dérive en pleine mer ; Que ses voiles carrées Pendent le long des mâts, par les boulets de fer Largement déchirées ; Qu’on n’y voit que des morts tombés de toutes parts,…
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LiseJ’avais douze ans ; elle en avait bien seize. Elle était grande, et, moi, j’étais petit. Pour lui parler le soir plus à mon aise, Moi, j’attendais que sa mère sortît ; Puis je venais m’asseoir près…
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Les fusillés… Partout la mort. Eh bien, pas une plainte. Ô blé que le destin fauche avant qu’il soit mûr ! Ô peuple ! On les amène au pied de l’affreux mur. C’est bien. Ils ont été battus du vent contraire.…
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Les griffonnages de l’écolierCharle a fait des dessins sur son livre de classe. Le thème est fatigant au point, qu’étant très lasse, La plume de l’enfant n’a pu se reposer Qu’en faisant ce travail énorme : improviser Dans un…
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Lorsque l’enfant paraîtLorsque l’enfant paraît, le cercle de famille Applaudit à grands cris ; son doux regard qui brille Fait briller tous les yeux, Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être, Se dérident…
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MorsJe vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant, Noir squelette laissant passer le crépuscule. Dans l’ombre où l’on dirait que tout tremble et…
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NovembreJe lui dis : La rose du jardin, comme tu sais, dure peu ; et la saison des roses est bien vite écoulée. SADI. Quand l’Automne, abrégeant les jours qu’elle dévore, Éteint leurs soirs de flamme et…
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Nuits d’hiverI Comme la nuit tombe vite ! Le jour, en cette saison, Comme un voleur prend la fuite, S’évade sous l’horizon. Il semble, ô soleil de Rome, De l’Inde et du Parthénon, Que, quand la nuit vient de…
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Nuits de juinL’été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte La plaine verse au loin un parfum enivrant ; Les yeux fermés, l’oreille aux rumeurs entrouverte, On ne dort qu’à demi d’un sommeil transparent. Les…
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Ô mes lettres d’amour, de vertu, de jeunesseÔ mes lettres d’amour, de vertu, de jeunesse, C’est donc vous ! Je m’enivre encore à votre ivresse ; Je vous lis à genoux. Souffrez que pour un jour je reprenne votre âge ! Laissez-moi me cacher,…
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Oceano NoxOh ! combien de marins, combien de capitaines Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont évanouis ? Combien ont disparu, dure et triste fortune ? Dans une mer…
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Paris bloquéÔ ville, tu feras agenouiller l’histoire. Saigner est ta beauté, mourir est ta victoire. Mais non, tu ne meurs pas. Ton sang coule, mais ceux Qui voyaient César rire en tes bras paresseux,…
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PepitaComme elle avait la résille, D’abord la rime hésita. Ce devait être Inésille… – Mais non, c’était Pepita. Seize ans. Belle et grande fille… – (Ici la rime insista : Rimeur, c’était Inésille. Rime,…
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Premier maiTout conjugue le verbe aimer. Voici les roses. Je ne suis pas en train de parler d’autres choses. Premier mai ! l’amour gai, triste, brûlant, jaloux, Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les…
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PrintempsVoici donc les longs jours, lumière, amour, délire ! Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire, Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis ! Les peupliers, au bord des fleuves…
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Quand les guignes furent mangées…Quand les guignes furent mangées, Elle s’écria tout à coup : – J’aimerais bien mieux des dragées. Est-il ennuyeux, ton Saint-Cloud ! On a grand-soif ; au lieu de boire, On mange des cerises ; voi,…
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Soirée en merPrès du pêcheur qui ruisselle, Quand tous deux, au jour baissant, Nous errons dans la nacelle, Laissant chanter l’homme frêle Et gémir le flot puissant ; Sous l’abri que font les voiles Lorsque nous…
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Sara la baigneuseSara, belle d’indolence, Se balance Dans un hamac, au-dessus Du bassin d’une fontaine Toute pleine D’eau puisée à l’Ilyssus ; Et la frêle escarpolette Se reflète Dans le transparent miroir, Avec la…
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Soleils couchantsJ’aime les soirs sereins et beaux, j’aime les soirs, Soit qu’ils dorent le front des antiques manoirs Ensevelis dans les feuillages ; Soit que la brume au loin s’allonge en bancs de feu ; Soit que…
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Ultima verbaLa prostitution du juge est la ressource. Les prêtres font frémir l’honnête homme éperdu ; Dans le champ du potier ils déterrent la bourse ; Sibour revend le Dieu que Judas a vendu. Ils disent : –…
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Une nuit à BruxellesAux petits incidents il faut s’habituer. Hier on est venu chez moi pour me tuer. Mon tort dans ce pays c’est de croire aux asiles. On ne sait quel ramas de pauvres imbéciles S’est rué tout à coup la…
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VénusCiel ! un fourmillement emplit l’espace noir, On entend l’invisible errer et se mouvoir ; Près de l’homme endormi tout vit dans les ténèbres. Le crépuscule, plein de figures funèbres, Soupire ; au…
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VoeuSi j’étais la feuille que roule L’aile tournoyante du vent, Qui flotte sur l’eau qui s’écoule, Et qu’on suit de l’oeil en rêvant ; Je me livrerais, fraîche encore, De la branche me détachant, Au…
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Voyons, d’où vient le verbe ? Et d’où viennent les langues ?Voyons, d’où vient le verbe ? Et d’où viennent les langues ? De qui tiens-tu les mots dont tu fais tes harangues ? Écriture, Alphabet, d’où tout cela vient-il ? Réponds. Platon voit l’I sortir de…
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Voici que la saison déclineVoici que la saison décline, L’ombre grandit, l’azur décroît, Le vent fraîchit sur la colline, L’oiseau frissonne, l’herbe a froid. Août contre septembre lutte ; L’océan n’a plus d’alcyon ; Chaque…
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