Fuyez au mont inabordable
Fuyez dans le creux du vallon ! Une nation formidable Vient du côté de l'aquilon. Ils auront de bons capitaines, Ils auront de bons matelots, Ils viendront à travers les plaines, Ils viendront à travers les flots. Ils auront des artilleries, Des chariots, des pavillons ; Leurs immenses cavaleries Seront comme des tourbillons. Comme crie une aigle échappée, Ils crieront : Nous venons enfin ! Meurent les hommes par l'épée ! Meurent les femmes par la faim ! On les distinguera dans l'ombre Jetant la lueur et l'éclair. Ils feront en marche un bruit sombre Comme les vagues de la mer. Ils sembleront avoir des ailes, Ils voleront dans le ciel noir Plus nombreux que les étincelles D'un chaume qui brûle le soir. Ils viendront, le coeur plein de haines Avec des glaives dans les mains... — Oh ! ne sortez pas dans les plaines ! — Oh ! n'allez pas dans les chemins ! Car dans nos campagnes antiques On n'entend plus que les clairons, Et l'on n'y voit plus que les piques, Que les piques des escadrons ! Oh ! que de chars ! que de fumée ! Ils viendront, hurlant et riant, Ils seront une grande armée, Ils seront un peuple effrayant, Mais que Dieu, sous qui le ciel tremble, Montre sa face dans ce bruit, Ils disparaîtront tous ensemble Comme une vision de nuit. Le 5 août 1846.
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