Cette nuit, il pleuvait, la marée était haute
Un brouillard lourd et gris couvrait toute la côte, Les brisants aboyaient comme des chiens, le flot Aux pleurs du ciel profond joignait son noir sanglot, L'infini secouait et mêlait dans son urne Les sombres tournoiements de l'abîme nocturne ; Les bouches de la nuit semblaient rugir dans l'air. J'entendais le canon d'alarme sur la mer. Des marins en détresse appelaient à leur aide. Dans l'ombre où la rafale aux rafales succède, Sans pilote, sans mât, sans ancre, sans abri, Quelque vaisseau perdu jetait son dernier cri. Je sortis. Une vieille, en passant effarée, Me dit : « Il a péri ; c'est un chasse-marée. » Je courus à la grève et ne vis qu'un linceul De brouillard et de nuit, et l'horreur, et moi seul ; Et la vague, dressant sa tête sur l'abîme, Comme pour éloigner un témoin de son crime, Furieuse, se mit à hurler après moi. Qu'es-tu donc, Dieu jaloux, Dieu d'épreuve et d'effroi, Dieu des écroulements, des gouffres, des orages, Que tu n'es pas content de tant de grands naufrages, Qu'après tant de puissants et de forts engloutis, Il te reste du temps encor pour les petits, Que sur les moindres fronts ton bras laisse sa marque, Et qu'après cette France, il te faut cette barque ! Jersey, le 5 avril 1853.
❧
Pour prolonger la lecture
Une sélection de poèmes choisis pour leur proximité de ton, de thème ou de voix.
Les plaintes
Mort
Condition humaine
Deuil
Le chant du cygne
Mort
Nature
Condition humaine
Les sept vieillards
Mort
Temps
Condition humaine
Se laisser surprendre
Explorez par affinité de thèmes, d’émotions, d’époque et de mouvement
❧