Maurice Rollinat
Poèmes de Maurice Rollinat (112)
Classés par titre (A–Z).
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À l'assembléeParmi châtaigniers et genêts Où s'émouchaient, sans pouvoir paître, Des montures sous le harnais, Ronflait l'humble fête champêtre. Les crincrins et les cornemuses, La ripaille, un soleil de feu,…
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À l'aubeBrûlé par l'énorme lumière Irradiant du ciel caillé, — Stupéfait, recroquevillé, Hâlé, sali par la poussière, Le pauvre paysage mort Se ranime à l'heure nocturne, Et puis, murmurant taciturne,…
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Après la messeOn venait de sortir de l'église ; ici, là, Les hommes se groupaient, lents, les mains dans les poches ; Entrant au cimetière, aux derniers sons des cloches, Les femmes rabattaient leur grand capuchon…
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À quoi pense la nuitÀ quoi pense la Nuit, quand l'âme des marais Monte dans les airs blancs sur tant de voix étranges, Et qu'avec des sanglots qui font pleurer les anges Le rossignol module au milieu des forêts ?... À…
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AscensionÀ mesure que l'on s'élève Au-dessus des mornes terrains, On sent le poids de ses chagrins Se désalourdir comme en rêve. Pour l'âme, alors, libre existence !... Car, subtilisée à l'air pur, Son…
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Bon frère et bon filsLe notaire dit : « Jean ! il s'agit d'un partage. Votre frère, passé pour mort, Authentiquement vit encor. Vous êtes maintenant deux pour votre héritage. — Ça s'rait-il Dieu possibl' ? ah ben !…
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Coucher de soleilLe soleil sur les monts s'écroule, S'empourpre, et, graduellement, Rétrécit son rayonnement, Toujours plus se ramasse en boule. Sa grande âme presque exhalée, De ses derniers soupirs de feu Rougit la…
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Croissez et multipliezNe sortant pas de faire jeûne, Une fois, le père Lucas, Sincère, et du fond de son âme, Disait à ses quatre grands gars, Tous, de l'aîné jusqu'au plus jeune, Bien en âge de prendre femme : « Mes…
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Deux bons vieux coqsLe cabaret qui n'est pas neuf Est bondé des plus vieux ivrognes Dont rouge brique sont les trognes Entre les grands murs sang de bœuf. L'un d'entre eux, chenu comme un œuf, D'une main sur la table…
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Domestique de peintre« Ah ! monsieur ! mon métier d'domestique a changé, Me dit le grand Charly, son béret sur l'oreille : En yentrant, j'croyais pas trouver un' plac' pareille, Et j'n'ai jamais encor si bien bu, ni…
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Douleur muetteÀ Victor Lalotte. Pas de larmes extérieures ! Sois le martyr mystérieux ; Cache ton âme aux curieux Chaque fois que tu les effleures. Au fond des musiques mineures Épanche ton rêve anxieux. Pas de…
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Économie de pauvre« Ça vous surprend que j'fume, et que j'prise, et que j'chique ? Vous vous dit' que pour moi qu'a besoin d'épargner C'est un' trop gross' dépense et qu'ça doit me ruiner ? Mais, j'fais du mêm' tabac…
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En battant le beurreDans sa grande jatte de grès, L'Angélique, la belle veuve, Avec sa crème toute neuve Fabrique un peu de beurre frais. Ses doigts et sa batte à loisir Fouettent, pressent, foulent, tripotent,…
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En justice de paixLe vieux, contre la fenêtre, Fauve, en train de ruminer, Soudain s'entend condamner Au profit de ses trois maîtres. Il semble alors que son œil lent, Ayant défalqué l'assistance, Demande au grand…
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Extase du soirDroits et longs, par les prés, de beaux fils de la Vierge Horizontalement tremblent aux arbrisseaux. La lumière et le vent vernissent les ruisseaux. Et du sol, çà et là, la violette émerge. Comme le…
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Frère et sœurFrère et sœur, les petiots, se tenant par la main, Vont au rythme pressé de leurs bras qu'ils balancent ; Des hauteurs et des fonds de grands souffles s'élancent, Devant eux le soir lourd assombrit…
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Gendre et belle-mèreI. Jean était un franc débonnaire, Jovial d'allure et de ton, Égayant toujours d'un fredon Son dur travail de mercenaire. Soucis réels, imaginaires, Aucuns n'avaient mis leur bridon À son cœur pur…
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Journée de printempsIci, le rocher, l'arbre et l'eau Font pour mon œil ce qu'il convoite. Tout ce qui luit, tremble ou miroite, Forme un miraculeux tableau. Sur le murmure qui se ouate Le rossignol file un solo :…
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L'abandonnéeLa belle en larmes Pleure l'abandon de ses charmes Dont un volage enjôleur A cueilli la fleur. Elle sanglote Au bord de l'onde qui grelotte Sous les peupliers tremblants, Pendant que son regard…
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La bonne chienneLes deux petits jouaient au fond du grand pacage ; La nuit les a surpris, une nuit d'un tel noir Qu'ils se tiennent tous deux par la main sans se voir : L'opaque obscurité les enclôt dans sa cage.…
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La cendreDe la sorte — parlant par la voix du Curé — La cendre de l'âtre interpelle La chambrière antique à l'air dur et madré Qui vient la prendre avec sa pelle : « Épargne-moi donc, bonne vieille ! Ne va…
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La charrette à bœufsCes rout' à tas d' cailloux où des beaux ch'vaux d' calèches S' rencontr' avec des ân', des perch'rons, des mulets, Où pass' carriol', patach', tap'-culs, cabriolets Att'lés d' bidets pansus quand…
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La conscienceComme le chat dans les ténèbres. Tous ! les obscurs et les célèbres, L'impie et le moine à genoux, Nous cachons en vain nos dessous À ses regards froids et funèbres ! Comme le chat dans les ténèbres.…
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La CréoleVoici l'heure décolorée : La créole a quitté l'ombrelle Et bâille dans son hamac frêle Au bruit de la vague éplorée. Les chatoiements du clair de lune Vont et viennent sur sa peau brune : Cependant…
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La femme stérileSes jupons troussés court comme sa devantière, Sous ses gros bas bleus bien tirés Laissant voir ses mollets cambrés À mi-chemin des jarretières, S'en vient près du vieux cantonnier La femme rousse du…
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La fille amoureuseLa belle fille blanche et rousse, De la sorte, au long du buisson, Entretient la mère Lison À voix mélancolique et douce : « Moi cont' laquell' sont à médire Les fill' encor ben plus q' les gars, J'…
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La forêt magiqueLa forêt songe, bleue et pâle, Dans un féerique demi-jour. Tout s'y voit spectral, d'aspect sourd, Par cette nuit d'ambre et d'opale. Là, c'est un cerf blessé qui râle... Ici, d'autres, pâmés…
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La jument ZiziSur place, à la montée, à la descente aussi, La jument dansotait son trot, n'y voyant goutte. Vous arriverez bien, allez ! coûte que coûte ! Fit le roulier, d'un air dont je restai saisi. Ce disant,…
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L'ange gardienArchange féminin dont le bel œil, sans trêve, Miroite en s'embrumant comme un soleil navré, Apaise le chagrin de mon cœur enfiévré, Reine de la douceur, du silence et du rêve. Inspire-moi l'effort…
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L'ange pâleÀ la longue, je suis devenu bien morose : Mon rêve s'est éteint, mon rire s'est usé. Amour et Gloire ont fui comme un parfum de rose ; Rien ne fascine plus mon cœur désabusé. Il me reste pourtant un…
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La paroleAvec le masque du mensonge Rampe aujourd'hui, vole demain, Se raccourcit ou bien s'allonge. Elle empoigne comme une main Et se dérobe comme un songe. Avec le masque du mensonge Cœurs de gaze et de…
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La plaineCette plaine sans un chemin Figure au fond de la vallée La solitude immaculée Vierge de tout passage humain. Presque nue, elle a du mystère, Une étrangeté qui provient De ses teintes d'aspect ancien…
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La petite sœurEn gardant ses douze cochons Ainsi que leur mère qui grogne, Et du groin laboure, cogne, Derrière ses fils folichons, La sœurette, bonne d'enfant, Porte à deux bras son petit frère Qu'elle s'ingénie…
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La remariéeLe corps prostitué de la veuve infidèle Est maudit chaque nuit par un spectre blafard Dont l'œillade ironique et le baiser cafard Viennent la chatouiller comme un frôlement d'aile. En tous lieux, et…
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La réprouvéeQuelle était donc, ainsi, tout de noir recouverte, Cette femme, là-bas, d'un si lugubre effet, En me croisant, m'ayant laissé voir qu'elle avait Le crâne dans du linge et la figure verte ?... Mais,…
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La roue de moulinLes nuages traînant leurs blocs Autour du soleil qui les troue, On voit reflamboyer la roue Du moulin bâti dans les rocs. Et la chose monstre qui tourne Noire, en son clair rutilement, Bat des…
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La tache blancheDure au mordant soleil, longtemps épanouie Aux grands effluves lourds et tièdes du vent plat, La neige, ayant enfin fléchi, perdu l'éclat, Venait de consommer sa fonte sous la pluie. L'espace détendu…
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La vieille échelleGisant à plat dans la pierraille, Veuve à jamais du pied humain, L'échelle, aux tons de parchemin, Pourrit au bas de la muraille. Jadis, beaux gars et belles filles, Poulettes, coqs, chats tigrés…
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La voixVoix de surnaturelle amante ventriloque Qui toujours me pénètre en voulant m'effleurer ; Timbre mouillé qui charme autant qu'il interloque, Son bizarre d'un triste à vous faire pleurer ; Voix de…
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La voix du ventLes nuits d'hiver quand le vent pleure, Se plaint, hurle, siffle et vagit, On ne sait quel drame surgit Dans l'homme ainsi qu'en la demeure. Sa grande musique mineure Qui, tour à tour, grince et…
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Le bon fouIl n'a que sa chemise écrue et sa culotte Pour tout costume. Il porte un bonnet de coton. Tel il rôde, faisant mouliner son bâton. Promenant l'ébahi de son regard qui flotte. Barbu, gras et rougeaud,…
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Le cri du cœurRondement, Mathurin Mène dans sa carriole La Dame qui s'affole De filer d'un tel train. Elle crie au trépas ! Le vieux dit : « Not' maîtresse, N' soyez point en détresse Puisque moi j'y suis pas. Si…
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Le distraitLe bon père Sylvain, ayant bu sa chopine, Des bras et du bonnet opine Pour le patron du cabaret Qui vient de l'appeler en riant : « Vieux distrait ! » « C'est ben vrai ! Je l'dis sans mystère, Si…
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Le fantôme du crimeÀ Edmond Haraucourt. La mauvaise pensée arrive dans mon âme En tous lieux, à toute heure, au fort de mes travaux, Et j'ai beau m'épurer dans un rigoureux blâme Pour tout ce que le Mal insuffle à nos…
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Le goût des larmesÀ ma Mère. L'Énigme désormais n'a plus rien à me taire, J'étreins le vent qui passe et le reflet qui fuit, Et j'entends chuchoter aux lèvres de la Nuit La révélation du gouffre et du mystère. Je…
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Le grand cercueilIl pleuvasse avec du tonnerre... Il est déjà tard... quand on voit Dans le bourg entrer le convoi De la défunte octogénaire. La clarté du jour s'est enfuie. Tristement, la voiture à bœufs A repris…
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Le lutinPar un soir d'hiver triste et bien de circonstance, Un homme encor tout jeune et tout blanc de cheveux, En ces termes, devant le plus claquant des feux, Raconta le Lutin nié par l'assistance : —…
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Le maquignonBallonné de partout, englouti par la graisse Se façonnant en plis, fanons et bourrelets, Il portait gai, pesant ses trois cents bien complets, Le vineux monument de sa personne épaisse. Court, nez…
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Le miracleSous la pluvieuse lumière, Dans l'air si glacé, la chaumière, Non loin d'un marais insalubre, Est lamentablement lugubre. Au-dedans, c'est tant de misère Que d'y penser le cœur se serre ! De chaque…
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Le mirageLe ciel ayant figé ses grands nuages roses, Émeraudés, lilas, cuivreux et violets, L'étang clair, miroitant dans la douceur des choses, Renvoya leur image avec tous ses reflets. Dans l'onde, sous le…
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L'enjôleurLoin des oreilles importunes, Le gars mangeant avec le vieux, D'un ton fier et malicieux Lui conte ses bonnes fortunes, De quelle sorte il fait sa cour, Et ce qu'il pense de l'amour. « Oui ! j'ai…
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Le Père ÉloiUne nuit, dans un vieux cimetière pas riche, Ivre, le père Éloi, sacristain-fossoyeur, Parlait ainsi, d'un ton bonhomique et gouailleur, Gesticulant penché sur une tombe en friche : « Après que…
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Le Père PierreFantastiques d'aspect sous leur noire capote, Mais, très humaines par leurs caq[...]s superflus, Les commères, barrant la route aux verts talus, À la messe s'en vont d'un gros pas qui sabote. « Tiens…
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Le roi des buveursTenez ! fit le soulard à bonnet de coton, Allumant ses yeux ronds dans sa figure en poire, J'ai connu plus buveur que moi. Voilà l'histoire De celui qu'on app'lait l'maître ivrogn' du canton : «…
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Le sauleTout à l'heure, sous les éclats Et les souffles de la tempête, Le saule brandillait sa tête, Et l'étang cognait ses bords plats. Avec de mortelles alarmes, Par ce vent, ces rumeurs, ces feux, L'arbre…
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Les bienfaits de la nuitÀ Raoul Lafagette. Quand le chagrin, perfide et lâche remorqueur, Me jette en ricanant son harpon qui s'allonge, La Nuit m'ouvre ses bras pieux où je me plonge Et mêle sa rosée aux larmes de mon…
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Les clochettesMaintenant, je suis malheureux De rencontrer ces fleurs clochettes À bords dentelés, violettes, Sur les talus des chemins creux. Et pourtant ces douces fluettes Sont encor dans leur coin frileux, Le…
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Les deux bouleauxL'été, ces deux bouleaux qui se font vis-à-vis, Avec ce délicat et mystique feuillage D'un vert si vaporeux sur un si fin branchage, Ont l'air extasié devant les yeux ravis. Ceints d'un lierre…
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Les étoiles bleuesAu creux de mon abîme où se perd toute sonde, Maintenant, jour et nuit, je vois luire deux yeux, Amoureux élixirs de la flamme et de l'onde, Reflets changeants du spleen et de l'azur des cieux. Ils…
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Les frissonsÀ Albert Wolff. De la tourterelle au crapaud, De la chevelure au drapeau, À fleur d'eau comme à fleur de peau Les uns furtifs et passagers, Imperceptibles ou légers, Et d'autres lourds et prolongés…
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Les genêtsCe frais matin tout à fait sobre De vent froid, de nuage errant, Est le sourire le plus franc De ce mélancolique octobre. Lumineusement, l'herbe fume Vers la cime des châtaigniers Qui se pâment —…
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Les glissoiresIl fait un froid noir et tout gèle : Abreuvoir, écluse et ruisseau. Tous les puits, à l'endroit du seau, Ont de la glace à leur margelle. C'est pourquoi, vite, après la classe, Les enfants viennent,…
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Les grands lingesLe magique soleil sur les hauteurs pensives Fait luire et triompher tous ces grands linges blancs Qui, chevauchant leur corde au sortir des lessives, Y sèchent, tour à tour inertes et tremblants. Ils…
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Le SilenceÀ Mademoiselle A. H. Le silence est l'âme des choses Qui veulent garder leur secret. Il s'en va quand le jour paraît, Et revient dans les couchants roses. Il guérit des longues névroses, De la…
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Les infinisVertigineux géant du désert qu'il écrase, La tête dans l'azur et le pied dans la mer, Le mont découpe, ardent, sous le dôme de l'air, Son farouche horizon de chaos en extase. Le vide où, par…
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Le Site glacéDe grêles horizons noyés d'un brouillard bleu Et plaquant tout autour leur bordure inégale Sur un ciel moite et bas d'où pourtant rien ne pleut, D'un nuageux funèbre où du gris s'intercale ; Là-bas,…
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Les larmes du mondeÀ la mémoire de mon frère Émile Rollinat. Dans les yeux de l'Humanité La Douleur va mirer ses charmes. Tous nos rires, tous nos vacarmes Sanglotent leur inanité ! En vain l'orgueil et la santé Sont…
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Les meules de foinTout le sol tondu ras des solitudes plates Dans un indéfini recul, toujours plus loin, S'étale montueux de ses meules de foin Où saigne le soleil croulé qui se dilate. Solennelle, pompeuse, avec la…
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Le soleilLe Soleil est le tout-puissant Qui féconde, en éblouissant, Plaines, coteaux, monts et vallées : Les immensités étalées Sous leur plafond d'azur luisant. Il éclate retentissant Jusqu'aux ravines…
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Le soleil sur les pierresSur les rocs, comme au ciel, le monarque du feu Se donne, ici, libre carrière. L'œil cuit, caché sous la paupière, Aux fulgurants reflets du grisâtre et du bleu. Fourmillements d'éclairs de miroirs,…
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Le solitaireLe vieux qui, vert encore, approchait des cent ans, Me dit : « Malgré l'soin d'mes enfants Et les bontés d'mon voisinage, J'suis seul, ayant perdu tous ceux qui s'raient d'mon âge. Vous ? vot'…
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Le sourdLe braconnier ayant lu sur sa vieille ardoise Que je lui demandais son histoire, sourit, Et, dans son clair regard me dardant son esprit, Ainsi parla, de voix bonhomique et narquoise : « C'que j'vas…
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Les parfumsÀ Georges Lorin. Un parfum chante en moi comme un air obsédant : Tout mon corps se repaît de sa moindre bouffée, Et je crois que j'aspire une haleine de fée, Qu'il soit proche ou lointain, qu'il soit…
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L'espéranceDont nous sommes la triste haie : Elle voltige sur la plaie Et siffle au bord du cœur tremblant. Mais son vol n'est qu'un faux semblant ; Sa sérénade n'est pas vraie. Dont nous sommes la triste haie.…
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Les pierresPar monts, par vaux, près des rivières, Les frimas font à volonté Des blocs d'ombre et d'humidité Avec le gisement des pierres. Sous le vert froid des houx, des lierres, Sous la ronce maigre, — à…
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Les plaintesÀ Charles Keller. Venus des quatre coins de l'horizon farouche, De la cime des pics et du fond des remous, Les aquilons rageurs sont d'invisibles fous Qui fouettent sans lanière et qui hurlent sans…
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Les refletsÀ André Gill. Mon œil halluciné conserve en sa mémoire Les reflets de la lune et des robes de moire, Les reflets de la mer et ceux des cierges blancs Qui brûlent pour les morts près des rideaux…
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Les trois Toc TocToc toc ! — L'homme prêtant l'oreille, Hache en main, guettant scélérat, Dit : « Qu'est là ? — Moi ! » La vieille entra... D'un coup, il abattit la vieille. Depuis, hanté par les alarmes, Il…
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Les viergesÀ Paul Eudel. Le cœur des vierges de vingt ans Est inquiet comme la feuille, Et tout leur corps aspire et cueille Les confidences du Printemps. Le jour, aux parfums excitants Du lilas et du…
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Les yeuxPartout je les évoque et partout je les vois, Ces yeux ensorceleurs si mortellement tristes. Oh ! comme ils défiaient tout l'art des coloristes, Eux qui mimaient sans geste et qui parlaient sans voix…
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Les yeux bleusTes yeux bleus comme deux bluets Me suivaient dans l'herbe fanée Et près du lac aux joncs fluets Où la brise désordonnée Venait danser des menuets. Chère Ange, tu diminuais Les ombres de ma destinée,…
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Les trois noyersQui les planta là, dans ces flaques, Au cœur même de ces cloaques ? Aucun ne le sait, mais on croit Au surnaturel de l'endroit. Narguant les ans et les tonnerres, Les trois grands arbres centenaires…
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Le val des roncesQuand on arrive au Val des Ronces On l'inspecte, le cœur serré, Ce gouffre épineux, bigarré De rocs blancs qu'un torrent noir ponce. Partout, sous ce tas qui s'engonce, Guette un dard, toujours…
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Le veuf« C'que c'est ! j' me s'rais pas cru r'mariable... Et v'là que j' trouve un aut' parti ! D'avec moi l' diable était parti : Faut que j' me r'mette avec le Diable ! Content d'êt' plus qu'un, je me…
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Le vieux chalandUn jour que je pêchais dans sa rivière fraîche, Assis contre un bouleau qui brandillait au vent, Le vieux meunier Marchois par le discours suivant Sut me distraire de la pêche : « Voyez ! j'vis seul…
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Le vieux haineuxCe mort qui vient là-bas fut un propriétaire Qui lui fit dans sa vie autant de mal qu'il put. Donc, le voilà debout, travail interrompu, Pour voir son ennemi qu'enfin on porte en terre. Regardant…
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Le vieux pâtre« C'est par mon métier, dit le vieux pâtre aux traits rudes, Qu'à forc' de vous cercler les oreill' et les yeux, Dans l' song' de votre esprit rentr' et rêvent le mieux Ces grands espac' q'ont l'air…
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Le vieux pontCe bon vieux pont, sous ses trois arches, En a déjà bien vu de l'eau Passer verte avec du galop Ou du rampement dans sa marche. Il connaît le pas, la démarche De l'errant qui porte un ballot, Du…
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L'habitudeCorrode notre liberté Et met sur notre volonté La rouille de la servitude. Elle infiltre une quiétude Pleine d'incuriosité : Corrode notre liberté. Qui donc fertilise l'étude Et fait croupir…
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L'île verteDes ruisseaux un déluge a fait de lourds torrents Qui roulent, pêle-mêle, écumeux, dévorant L'étendue, au travers des landes, des pacages, Et changeant en lacs fous les stagnants marécages. Mais…
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L'interprèteL'inclinaison de ce vieux saule Sur le vieil étang soucieux Que pas une brise ne frôle, A quelque chose de pieux. Et l'on dirait que chaque feuille, Ayant cessé son trémolo, Pompe le mystère de l'eau…
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L'introuvableTon amour est-il pur comme les forêts vierges, Berceur comme la nuit, frais comme le Printemps ? Est-il mystérieux comme l'éclat des cierges, Ardent comme la flamme et long comme le temps ? Lis-tu…
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Magie de la natureBéant, je regardais du seuil d'une chaumière De grands sites muets, mobiles et changeants, Qui, sous de frais glacis d'ambre, d'or et d'argent, Vivaient un infini d'espace et de lumière. C'étaient…
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MystèreÀ Gustave Gœtschy. Pourquoi donc rougit la pucelle En face de l'adolescent ? Pourquoi ce rire languissant Et cette allure qui chancelle ? Qu'est-ce qui mouille l'étincelle De son beau regard innocent…
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NocturneÀ Robert Caze. L'aboiement des chiens dans la nuit Fait songer les âmes qui pleurent, Qui frissonnent et qui se meurent, À bout de souffrance et d'ennui. Ils ne comprennent pas ce bruit, Ceux-là que…
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Nostalgie de soleilQuel poète évoquera le rose des bruyères, Le lézard des vieux murs, la mouche des étangs, Et le petit rayon qui vient, tout le beau temps, Rire au carreau crasseux de la vieille chaumière ? Les…
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Paysage grisDéjà cette prairie en commençant l'hiver Étendait son tapis d'herbe courte et fripée, Elle languit encor, de plus en plus râpée, D'un gris toujours plus pâle et moins mêlé de vert. Et pourtant, il y…
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Pendant la pluieAprès une chaleur si dure Tout se rafraîchit pour l'instant. La pluie est absorbée autant Par le roc que par la verdure. Terrains noirs, sillons bruns et roux, Prés et bois, les pentes, les trous,…
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Petit-loupPortant sur lui de grosses sommes, Tard, le maquignon s'en revient, Lorsque, soudain, il est attaqué par deux hommes. D'un coup de voix stridente il appelle son chien : « Vite à moi, Petit-Loup ! » —…
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Réponse d'un sageUn jour qu'avec sollicitude Des habitants d'une cité L'avaient longuement exhorté À sortir de sa solitude : « Qu'irais-je donc faire à la ville ? Dit le songeur au teint vermeil, Regardant mourir le…
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SolitudeLes choses formant d'habitude Au plus fauve endroit leur tableau : Les rochers, les arbres et l'eau, D'un gris fané de vieille laine, De couleur verte dénué Et de partout continué Par l'indéfini de…
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Sur une croixDans ce pays lugubre et si loin de la foule, Un cimetière d'autrefois, Bien souvent m'attirait avec sa grande croix Dont la tête et les bras se terminaient en boule. Or, fin d'automne, un soir que…
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Tempête obscureL'orage, après de longs repos, Ce soir-là, par ses deux suppôts, La nuée et le vent qui claque, Se présageait pour l'onde opaque. Grondante sous le ciel muet, Par quintes, la mer se ruait ; Puis,…
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Tristesse des bœufsVoilà ce que me dit en reniflant sa prise Le bon vieux laboureur, guêtré de toile grise. Assis sur un des bras de sa charrue, ayant Le visage en regard du soleil rougeoyant : « Ces pauv' bêt'…
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Trois ivrognesAu cabaret, un jour de grand marché forain, Un bel ivrogne, pâle, aux longs cheveux d'artiste, Dans le délire ardent de son esprit chagrin, Ainsi parla, debout, d'une voix âpre et triste : «…
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Un déjeuner champêtreLa Justice tardant à faire la levée Du cadavre lardé de coups, Les gendarmes, là-bas, mangent sur leurs genoux, En attendant son arrivée. L'énorme assassiné que la vermine mange Repose encore assez…
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Une résurrectionAutrefois, un pauvre arbre, au coin d'une prairie, M'avait toujours frappé les yeux Par son dénudé soucieux Et par l'air écrasé de sa sommeillerie. Or, après bien des ans, ce soir, je le retrouve.…
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Un jour d'hiverArqué haut sur les monts et d'un bleu sans nuages Qu'un triomphant soleil embrase éblouissant, Le ciel, par la vallée où la chaleur descend, Anime, en plein hiver, la mort des paysages. Il semble…
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Vapeurs de maresLe soir, la solitude et la neige s'entendent Pour faire un paysage affreux de cet endroit Blêmissant au milieu dans un demi-jour froid Tandis que ses lointains d'obscurité se tendent. Çà et là, des…
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VioletteDe corail humide et rosé, De marbre vif, d'ombre et de flamme Est suavement composé Ton joli petit corps de femme. Pour mon amour qui te réclame Ton reproche vite apaisé Est ce qu'est pour la brise…
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La bicheLa biche brame au clair de lune Et pleure à se fondre les yeux : Son petit faon délicieux A disparu dans la nuit brune. Pour raconter son infortune À la forêt de ses aïeux, La biche brame au clair de…
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Au crépusculeLe soir, couleur cendre et corbeau, Verse au ravin qui s’extasie Sa solennelle poésie Et son fantastique si beau. Soudain, sur l’eau morte et moisie S’allume, comme un grand flambeau Qui se lève sur…
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