Le carrosse et la charrette
Fable X, Livre IV. « Ma sœur, vois-tu là-bas, là-bas, Vois-tu ce tourbillon s'élever sur la route ! Comme il grossit ! vers nous comme il vient à grands pas ! Que nous annonce-t-il ? un carrosse sans doute. » « — Oui, mon frère, et celui d'un prince assurément. » « — Ah ! dis plutôt du roi ; car très distinctement Je vois d'ici ses équipages, Ses gardes-du-corps, ses courriers, Ses postillons, ses écuyers, Ses chiens, et même aussi ses pages. » Pendant que le frère et la sœur, Enfants plus hommes qu'on ne pense, Jugeaient ainsi sur l'apparence, Le poudreux tourbillon de plus en plus s'avance, Et permet à leurs yeux d'en percer l'épaisseur. Produit par un cortège en sa course rapide, Que cachait-il ? C'étaient, je ne puis le nier, C'étaient les ânes d'un meunier, Qui galopaient autour de sa charrette vide. Je vous laisse à penser quel fut l'étonnement, J'allais presque dire la honte, De nos pauvres petits en voyant leur mécompte. Le père en rit d'abord ; et puis, très sensément : « Votre erreur, leur dit-il, n'était pas si grossière. Les grands et les petits ne diffèrent pas tant Que vous pensez ; maint fait le prouve à chaque instant. Rien surtout, mes amis, ne se ressemble autant Que les hommes dans la poussière. »
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