Théodore de Banville
Poèmes de Théodore de Banville (132)
Classés par titre (A–Z).
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À Adolphe GaïffeJeune homme sans mélancolie, Blond comme un soleil d'Italie, Garde bien ta belle folie. C'est la sagesse ! Aimer le vin, La beauté, le printemps divin, Cela suffit. Le reste est vain. Souris, même au…
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À Alfred DehodencqTenir la lumière asservie Lorsqu'elle voudrait s'envoler, Et voler A Dieu le secret de la vie ; Pour les mélanger sur des toiles Dérober même aux cieux vengeurs Leurs rougeurs Et le blanc frisson des…
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À Alphonse KarrQue de fois sous les tilleuls, Tous deux seuls Avec ma maîtresse blonde, Ton livre m'a fait songer, Étranger A tout le reste du monde ! Je m'alanguissais, à voir Son œil noir, Et, me répétant : Je…
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À AmaranteJe mourrai de mon désespoir Si vous n'y trouvez un remède. Exilé de votre boudoir, Je mourrai de mon désespoir. Pour votre toilette du soir Bien heureux celui qui vous aide ! Je mourrai de mon…
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À Arsène HoussayeGrâce aux Dalilas, Nos rimeurs sont las De gloire, Et, comme un hochet, Ont jeté l'archet D'ivoire ! Au rythme ailé d'or Il fallait encor Un maître Fou de volupté, Alors j'ai dompté Le Mètre ! J'ai…
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À Auguste SupersacAuguste, mon très bon, qui toujours as fléchi Pour les yeux en amande, Sais-tu qu'hier matin j'ai beaucoup réfléchi Et que je me demande Pourquoi décidément ce monde où nous rions A tant de choses…
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À Charles AsselineauVainement tu lui fais affront, Votre brouille m'amuse, Car je reconnais sur ton front Le baiser de la Muse. Tout est fini, si tu le veux ; Mais que le vent les bouge, Vite on le voit sous tes…
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À Charles BaudelaireÔ poète, il le faut, honorons la Matière ; Mais ne l'honorons point d'une amitié grossière, Et gardons d'offenser, pour des plaisirs trop courts, L'Amour, qui se souvient, et se venge toujours. Notre…
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À ClymèneQuoi donc ! vous voir et vous aimer Est un crime à vos yeux, Clymène. Et rien ne saurait désarmer Cette rigueur plus qu'inhumaine ! Puisque la mort de tout regret Et de tout souci nous délivre,…
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À Edmond et Jules de GoncourtComme sur un beau lac où le feuillage tremble, Deux cygnes dans l'azur au loin voguent ensemble ; Comme deux fiers chevaux, buvant au flot des airs, Courent échevelés dans le feu des déserts ; Comme…
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À ÉgléEntre les plis de votre robe close On entrevoit le contour d'un sein rose, Des bras hardis, un beau corps potelé, Suave, et dans la neige modelé, Mais dont, hélas ! un avare dispose. Un vieux…
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À Eugène GrangéLa fille du gai Thespis Est tout endormie Et penche son front de lys Sur sa main blêmie. Ses Bacchantes aux doux yeux Ne versent plus le vin vieux ; Assez de pleurs ! j'aime mieux L'amour de ma mie.…
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À GlycèreOui, vous m'offrez votre amitié, Pour tous les maux que je vous conte, Mais quoi ! c'est trop peu de moitié, Glycère, et je n'ai pas mon compte. Je soupire, et vous en retour Vous me payez d'une…
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À Henry MurgerComme l'autre Ophélie, Dont la douce folie S'endort en murmurant Dans le torrent, Pâle, déchevelée Et dans l'onde étoilée Éparpillant encor Ses tresses d'or, Et comme Juliette, Qui craignait…
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Aimons-nous et dormonsSans songer au reste du monde ! Ni le flot de la mer, ni l'ouragan des monts, Tant que nous nous aimons Ne courbera ta tête blonde, Car l'amour est plus fort Que les Dieux et la Mort ! Le soleil…
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À IrisQuand vous venez, ô jeune beauté blonde, Par vos regards allumer tant de feux, On pense voir Cypris, fille de l'Onde, Épanouir et les Ris et les Jeux. Chacun, épris d'un désir langoureux, Souffre une…
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À IsmèneOui, pour le moins, laissez-moi, jeune Ismène, Pleurer tout bas ; si jamais, inhumaine, J'osais vous peindre avec de vrais accents Le feu caché qu'en mes veines je sens, Vous gémiriez, cruelle, de ma…
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À Joseph MéryPlus vite que les autans, Saqui, l'immortelle, au temps De sa royauté naissante, Tourbillonnait d'un pied sûr, A mille pieds en l'air, sur Une corde frémissante. Et l'on craignait que d'un bond…
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À Jules de PrémarayLecteur, prompt à nous consoler, Toi qui sais encore voler, Comme l'abeille, au miel attique, Ton enthousiaste rumeur Encourage le doux rimeur, Ô voix émue et sympathique ! Ô mon ami, c'est déjà…
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À la Font-GeorgesÔ champs pleins de silence, Où mon heureuse enfance Avait des jours encor Tout filés d'or ! Ô ma vieille Font-Georges, Vers qui les rouges-gorges Et le doux rossignol Prenaient leur vol ! Maison…
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À la Forêt de FontainebleauÔ forêt adorée encor, Fontainebleau ! Dis-moi, le gardes-tu sur le tronc d'un bouleau, Ce nom que j'appelais mon espoir et mes forces, Et que j'avais gravé partout dans tes écorces ? Elle, enfant…
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À Léon GatayesAvec ses sanglots, l'instrument rebelle, Qui sent un pouvoir plus fort que le sien, Donne l'harmonie enivrante et belle Au musicien. Le cheval meurtri, qui saigne et qui pleure, Cède au cavalier,…
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À Madame Caroline AngebertChanter, mais dans le soir sonore Et pour ses amis seulement, Fuir le bruit qui nous déshonore Et le vil applaudissement ; Brûler, mais conserver sa flamme Pour le seul but essentiel, Être cette…
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À ma MèreÀ Madame Élisabeth-Zélie de Banville. Ô ma mère, ce sont nos mères Dont les sourires triomphants Bercent nos premières chimères Dans nos premiers berceaux d'enfants. Donc reçois, comme une promesse,…
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À ma Mère (2)Mère, si peu qu'il soit, l'audacieux rêveur Qui poursuit sa chimère, Toute sa poésie, ô céleste faveur ! Appartient à sa mère. L'artiste, le héros amoureux des dangers Et des luttes fécondes, Et ceux…
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À mon PèreÔ mon père, soldat obscur, âme angélique ! Juste qui vois le mal d'un oeil mélancolique, Sois béni ! je te dois ma haine et mon mépris Pour tous les vils trésors dont le monde est épris. Oh ! tandis…
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Amour angéliqueL'ange aimé qu'ici-bas je révère et je prie Est une enfant voilée avec ses longs cheveux, À qui le ciel, pour qu'elle nous sourie, À donné le regard de la vierge Marie. Âme que l'azur expatrie Pour…
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À OdetteOdette, vos cheveux vermeils Ont le jaune éclat des soleils Parmi les moissons enchantées, Et caressent en nappes d'or Vos tempes plus blanches encor Que des étoiles argentées. Quand l'aurore rose à…
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À Paul GavarniLa Beauté, fatal aimant, Est pareille au diamant Que la fange peut mouiller Sans le souiller. Jusqu'au milieu du ruisseau, L'éclat pur de son berceau Garde un charme essentiel Qui vient du ciel.…
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À PhilisSi j'étais le Zéphyr ailé, J'irais mourir sur votre bouche. Ces voiles, j'en aurais la clé Si j'étais le Zéphyr ailé. Près des seins pour qui je brûlai Je me glisserais dans la couche. Si j'étais le…
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À Philoxène BoyerDavid, brûlé de pures flammes, Dans un chant aux notes divines, Pour faire soupirer deux âmes Croise des rimes féminines. La Volupté ravie embrase Tout ce cantique des cantiques, Et jamais si suave…
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À Raoul LebarbierLorsque avec les sons Dont tu les complètes, Tu fais des chansons De mes odelettes, Mille aspects divers De grâce physique Naissent dans mes vers Avec ta musique ! A ta seule voix, Tout en eux…
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ArianeDans Naxos, où les fleurs ouvrent leurs grands calices Et que la douce mer baise avec des sanglots, Dans l'île fortunée, enchantement des flots, Le divin Iacchos apporte ses délices. Entouré des…
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À Roger de BeauvoirCe temps est si sévère Qu'on n'ose pas Remplir deux fois son verre Dans un repas, Ni céder à l'ivresse De son désir, Ni chanter sa maîtresse Et le plaisir ! On croit que, pour paraître Rempli…
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À Sainte-BeuveÀ la porte d'un beau château Bâti pendant la Renaissance, Une dame au riche manteau, Les cheveux baignés d'une essence Divine, rit au vert coteau. Elle a l'œil superbe et moqueur ; Ses sourcils noirs…
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À SylvieJe veux vous peindre, ô belle enchanteresse, Dans un fauteuil ouvrant ses bras dorés, Comme Diane, en jeune chasseresse, L'arc à la main et les cheveux poudrés. Sur les rougeurs d'un ciel aux feux…
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À Théophile GautierQuand sa chasse est finie, Le poëte oiseleur Manie L'outil du ciseleur. Car il faut qu'il meurtrisse, Pour y graver son pur Caprice, Un métal au cœur dur. Pas de travail commode ! Tu prétends, comme…
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À une Muse folleAllons, insoucieuse, ô ma folle compagne, Voici que l'hiver sombre attriste la campagne, Rentrons fouler tous deux les splendides coussins ; C'est le moment de voir le feu briller dans l'âtre ; La…
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À une petite chanteuse des ruesEnfant au hasard vêtu, D'où viens-tu Avec ta chanson bizarre ? D'où viennent à l'unisson Ta chanson, Ta chanson et ta guitare ? Tu livres au doigt vermeil Du soleil, Qui les dore et les caresse, Tes…
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À un richeMa foi, vous avez bien raison, Vous pour qui tout est floraison Et violettes Parfumant les pieds de vos lys, De ne pas célébrer Phyllis En odelettes. Vous qui pouvez chaque matin, Bercé par le flot…
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Aux amis de PaulÔ Seigneur ! que fais-tu des voix et des yeux d'ombre Et des pleurs à genoux ! La nuit silencieuse avec son aile sombre A passé devant nous. Hier, nous étions tous réunis, jeunes hommes Aux rêves…
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À Vénus de MiloÔ Vénus de Milo, guerrière au flanc nerveux, Dont le front irrité sous vos divins cheveux Songe, et dont une flamme embrase la paupière, Calme éblouissement, grand poème de pierre, Débordement de vie…
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À Victor HugoSur ton front brun comme la nuit, Maître, aucun fil d'argent ne luit, Et nul Décembre sacrilège, Ne met sa neige. Pourtant, dans ton labeur sacré, Tu te vois déjà vénéré, Ô génie immense et…
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À ZélieMa sœur, ma sœur, n'est-il pas de défense Contre l'affront du temps ? Qui les a pris, ces jours de notre enfance Où, les cheveux flottants, Beaux, enviés par les mères jalouses, Couple au regard…
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Ballade de la vraie sagesseMon bon ami, poète aux longs cheveux, Joueur de flûte à l'humeur vagabonde, Pour l'an qui vient je t'adresse mes vœux : Enivre-toi, dans une paix profonde, Du vin sanglant et de la beauté blonde.…
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Ballade des belles châlonnaisesPour boire j'aime un compagnon, J'aime une franche gaillardise, J'aime un broc de vin bourguignon, J'aime de l'or dans ma valise, J'aime un verre fait à Venise, J'aime parfois les violons ; Et…
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Ballade de ses regretsJe veux chanter ma ballade à mon tour ! Ô Poésie, ô ma mère mourante, Comme tes fils t'aimaient d'un grand amour Dans ce Paris, en l'an mil huit cent trente ! Pour eux les docks, l'autrichien, la…
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Ballade pour la servante du cabaretAmi, partez sans émoi ; l'Amour vous suit Pour faire fête à votre belle hôtesse. Vous dites donc qu'on aura cette nuit Souper au vin du Rhin, grande liesse Et cotillon chez une poétesse. Que j'aime…
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Ballade pour une amoureuseMuse au beau front, muse sereine, Plus de satire, j'y consens. N'offensons pas avec ma haine Le calme éther d'où tu descends. Je chante en ces vers caressants Une lèvre de pourpre, éclose Sous…
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Ballade sur les hôtes mystérieux de la forêtIl chante encor, l'essaim railleur des fées, Bien protégé par l'épine et le houx Que le zéphyr caresse par bouffées. Diane aussi, l'épouvante des loups, Au fond des bois cache son cœur jaloux. Son…
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Bien souvent je revoisBien souvent je revois sous mes paupières closes, La nuit, mon vieux Moulins bâti de briques roses, Les cours tout embaumés par la fleur du tilleul, Ce vieux pont de granit bâti par mon aïeul, Nos…
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Camille, quand la Nuit t'endortCamille, quand la Nuit t'endort sous ses grands voiles ; Quand un rêve céleste emplit tes yeux d'étoiles ; Quand tes regards, lassés des fatigues du jour, Se reposent partout sur des routes fleuries…
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CarmenCamille, en dénouant sur votre col de lait Vos cheveux radieux plus beaux que ceux d'Hélène, Égrenez tour à tour, ainsi qu'un chapelet, Ces guirlandes de fleurs sur ces tapis de laine. Tandis que la…
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Chanson à boireDe ce vieux vin que je révère Cherchez un flacon dans ce coin. Çà, qu'on le débouche avec soin, Et qu'on emplisse mon grand verre. Chantons Io Paean ! Le Léthé des soucis moroses Sous son beau…
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Chanson d'amourQui veut avant le point du jour, Vers le bien-aimé de mon âme, Parce que je languis d'amour, Porter le secret de ma flamme ? Ô mon cœur, à quel cœur discret Peux-tu te confier encore ? — Si…
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Chanson de bateauLe canal endort ses flots, Ses échos, Et le zéphyr nous verse Des parfums purs et doux. Le flot nous berce, Endormons-nous ! Les voix emplissent les airs De concerts, Et le vent les disperse Avec nos…
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Chant séculaireNotre Eldorado, Mes amis, enfin doit éclore : Malgré mon bandeau, Je vois une nouvelle aurore. Aux cieux extasiés Tout est pourpre et rosiers : Voici l'heure, ô sainte colère ! Les temps sont venus…
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ClymèneL'Aurore enveloppait dans une clarté rose Le vallon gracieux que le Pénée arrose, Et les arbres touffus, et la brise et les flots Se redisaient au loin d'harmonieux sanglots. Près du fleuve pleurait,…
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ConseilEh bien ! mêle ta vie à la verte forêt ! Escalade la roche aux nobles altitudes. Respire, et libre enfin des vieilles servitudes, Fuis les regrets amers que ton cœur savourait. Dès l'heure…
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Dans le vieux cimetièreDans le vieux cimetière, où cette chaude pluie Sur l'aubépine en fleurs A versé, dans un flot que le soleil essuie, Des parfums et des pleurs ; Au coucher du soleil, dans le vieux cimetière Où, sur…
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Dernière AngoisseAu moment de jeter dans le flot noir des villes Ces choses de mon cœur, gracieuses ou viles, Que boira le gouffre sans fond, Ce gouffre aux mille voix où s'en vont toutes choses, Et qui couvre…
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EratoNature, où sont tes Dieux ? Ô prophétique aïeule, Ô chair mystérieuse où tout est contenu, Qui pendant si longtemps as vécu de toi seule Et qui sembles mourir, parle, qu'est devenu Cet âge de vertu…
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IdolâtrieMètre divin, mètre de bonne race, Que nous rapporte un poète nouveau, Toi qui jadis combattais pour Horace, Rythme de Sappho ! Fais-moi fléchir la belle nymphe éprise Que je désire avec un doux émoi,…
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Il est dans l'île lointaineOù dort la péri, Sur le bord d'une fontaine, Un rosier fleuri Qui s'orne toute l'année Des plus belles fleurs. Il est une coupe ornée De mille couleurs, Dont le sein de marbre voile Les flots d'un…
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La chanson de ma MieL'eau, dans les grands lacs bleus Endormie, Est le miroir des cieux : Mais j'aime mieux les yeux De ma mie. Pour que l'ombre parfois Nous sourit, Un oiseau chante au bois : Mais j'aime mieux la voix…
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La chanson du vinParmi les gazons Tout en floraisons Dessous les treilles, J'écoute sans fin Dans les bouteilles. L'Ode à l'Idéal Au fond du cristal Coule embaumée. La strophe bruit, Et, limpide, suit Sa sœur…
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La DéesseQuand les trois déités à la charmante voix Aux pieds du blond Pâris mirent leur jalousie, Pallas dit à l'enfant : Si ton cœur m'a choisie, Je te réserverai de terribles exploits. Junon leva la tête,…
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La femme aux rosesNue, et ses beaux cheveux laissant en vagues blondes Courir à ses talons des nappes vagabondes, Elle dormait, sereine. Aux plis du matelas Un sommeil embaumé fermait ses grands yeux las, Et ses bras…
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La Fontaine de JouvencesIl est une fontaine heureuse, dont l'eau tombe Dans un bassin plus blanc qu'une aile de colombe ; Cette eau limpide, avec de clairs rayonnements, Sur les dauphins de marbre éclate en diamants. Elle…
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La Lyre morteCe que je veux rimer, c'est un conte en sixains. Surtout n'y cherchez pas la trace d'une intrigue. L'air est sans fioriture et le fond sans dessins. D'abord j'ai de tout temps exécré la fatigue, Puis…
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L'Âme de la LyreQuand le premier sculpteur eut achevé la Lyre Et caché dans son sein les chants harmonieux ; Ouvrier sans défaut, lorsqu'il eut fait sourire Parmi ses ornements les figures des Dieux, Et qu'il eut…
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La MusePrès du ruisseau, sous la feuillée, Chanter avec le doux roseau, Puisque la Muse est un oiseau. Puisque la Muse est un oiseau, Gardons que quelque damoiseau N'apprenne ses chansons nouvelles Pour…
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La nuit de printempsC'était la veille de Mai Un soir souriant de fête, Et tout semblait embaumé D'une tendresse parfaite. De son lit à baldaquin, Le Soleil sur son beau globe Avait l'air d'un Arlequin Étalant sa…
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L'Arbre de JudéeLorsque Mai rougissant rassérène les cœurs Et que sourit à tous la terre fécondée, Quand sur les verts gazons Chloris mène des chœurs, Il fleurit dans le parc un arbre de Judée. C'est un arbre tout…
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La RenaissanceOn a dit qu’une vierge à la parure d’or Sur l’épaule des flots vint de Cypre à Cythère, Et que ses pieds polis, en caressant la terre, À chacun de ses pas laissèrent un trésor. L’oiseau vermeil, qui…
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L'AuréoleC'était la fin d'un bal ; nous étions presque à l'heure Où sous la volupté l'archet frissonne et pleure, Où sous les gants flétris les doigts serrent les doigts, Où les fleurs et les pas, les rayons…
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La VendangeuseToi dont les cheveux doux et longs Se déroulent en onde fière, Comme les flots de ta rivière, Ô belle fille de Châlons ! Penche ta tête parfumée, Que je puisse, ô ma bien-aimée ! Voir baigné par ces…
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La Vie et la MortJ'ai vu ces songeurs, ces poètes, Ces frères de l'aigle irrité, Tous montrant sur leurs nobles têtes Le signe de la Vérité. Et près d'eux, comme deux statues Qui naquirent d'un même effort, Se…
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Le démêloirJe sais qu'elle est pareille aux Anges de lumière. Elle a des rayons d'astre éclos sous sa paupière, Et je vois aux candeurs de son pied calme et pur Qu'il a marché longtemps sur les tapis d'azur. Sa…
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LeïlaIl semble qu'aux sultans Dieu même Pour femmes donne ses houris. Mais, pour moi, la vierge qui m'aime, La vierge dont je suis épris, ― Les sultanes troublent le monde Pour accomplir un de leurs vœux.…
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Le pressoirSans doute elles vivaient, ces grappes mutilées Qu'une aveugle machine a sans pitié foulées ! Ne souffraient-elles pas lorsque le dur pressoir À déchiré leur chair du matin jusqu'au soir, Et lorsque…
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Les CariatidesC'est un palais du dieu, tout rempli de sa gloire. Cariatides sœurs, des figures d'ivoire Portent le monument qui monte à l'éther bleu, Fier comme le témoin d'une immortelle histoire. Quoique…
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Les imprécations d'une CariatidePuisse le Dieu vivant dessécher la paupière À qui m'a mise là vivante sous la pierre, Et, comme un enfant porte un manteau de velours, M'a forcée à porter ces édifices lourds, Ces vieux murs en…
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Les Muses au tombeauPrès de la pierre close Sous laquelle repose Théophile Gautier, (Non tout entier, Car par son œuvre altière Ce dompteur de matière Est comme auparavant Toujours vivant,) Regardant cette tombe De…
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Le stigmateUne nuit qu'il pleuvait, un poète profane M'entraîna follement chez une courtisane Aux épaules de lys, dont les jeunes rimeurs Couronnaient à l'envi leur corbeille aux primeurs. Donc, je me…
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Les TourterellesCependant qu'étrangère à la nature en fête, Elle rêvait sans but sur sa couche défaite, Le soleil frissonnait sur l'or et les damas ; Le doux air de l'été, qui chasse les frimas, Chargé de la couleur…
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L'Étang MâloIl est un triste lac à l'eau tranquille et noire Dont jamais le soleil ne vient broder la moire, Et dont tous les oiseaux évitent les abords. Un chêne vigoureux a grandi sur ses bords, Et, courbé par…
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L'InvincibleRis sous la griffe des vautours, Cœur meurtri, que leur bec entame ! Vas-tu te plaindre d'une femme ? Non ! je veux boire à ses amours ! Je boirai le vin et la lie, Ô Furie aux cheveux flottants !…
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LoisirNous avons vu ce mois d'Avril Engourdi par un froid subtil : Le printemps était en péril. Enfin, tout se métamorphose ! Mai, comme un jeune sein, arrose De pourpre le bouton de rose. Le vieil Hiver…
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LoysMon Loys, j'ai sous vos prunelles, Oublié, dans mon cœur troublé, Mon époux qui s'en est allé Pour combattre les infidèles. Quand nous le croirons loin encor, Il sera là, Dieu nous pardonne ! Mon…
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Même en deuil pour cent trahisonsÀ vos soleils nous embrasons Nos cœurs meurtris, jeunes saisons ! Ô premières roses trémières ! Ô premières amours ! Premières Aurores, aux riches lumières ! Malgré l’hiver et les autans,…
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NostalgieOh ! lorsque incessamment tant de caprices noirs S'impriment à la rame, Et que notre Thalie accouche tous les soirs D'un nouveau mélodrame ; Que les analyseurs sur leurs gros feuilletons Jettent leur…
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Nous n'irons plus au boisNous n'irons plus au bois, les lauriers sont coupés. Les Amours des bassins, les Naïades en groupe Voient reluire au soleil en cristaux découpés Les flots silencieux qui coulaient de leur coupe. Les…
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Oh ! quand la mort...Oh ! quand la Mort, que rien ne saurait apaiser, Nous prendra tous les deux dans un dernier baiser Et jettera sur nous le manteau de ses ailes, Puissions-nous reposer sous deux pierres jumelles !…
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Ô jeune FlorentineÔ jeune Florentine à la prunelle noire, Beauté dont je voudrais éterniser la gloire, Vous sur qui notre maître eût jeté plus de lys Que devant Galatée ou sur Amaryllis, Vous qui d'un blond sourire…
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Pour mademoiselle ***Amours des bas-reliefs, ô Nymphes et Bacchantes, Qui, sur l'Ida nocturne, au bruit d'un tambourin, Les fronts échevelés en tresses provocantes, Dansiez en agitant vos crotales d'airain ! Vous, plus…
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Pourquoi, courtisane...Pourquoi, courtisane, Vendre ton amour, La fleur diaphane, La fleur diaphane Que fleurit le jour Et que la main fane, La rose d'amour ? — Pourquoi, blond poète, Ouvrir au passant Ta douleur muette,…
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Prosopopée d'une VénusHélas ! devant le noir feuillage de cet arbre, J'ai le cœur tout glacé dans ma robe de marbre, Et par mes yeux, troués d'ulcères inconnus, La pluie en gémissant pleure sur mes bras nus. Entre mes…
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Ronde sentimentaleSur les gazons verts, le soir nous dansons, Au clair de la lune, au bruit des chansons. Tout brûlant d'amour, le Ciel dit à l'Onde : Je ne puis descendre et baiser tes flots, Ni dans tes beaux yeux,…
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Sachons adorer ! Sachons lire !La Coupe, le Sein et la Lyre Nous donnent le triple délire. Symbole dont le fier dessin Fut jadis moulé sur le Sein, La Coupe inspire un grand dessein. La Lyre, voix de l'Ionie, Que le vulgaire…
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Sculpteur, cherche avec soin...Sculpteur, cherche avec soin, en attendant l'extase, Un marbre sans défaut pour en faire un beau vase ; Cherche longtemps sa forme et n'y retrace pas D'amours mystérieux ni de divins combats. Pas…
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SiesteLa sombre forêt, où la roche Est pleine d'éblouissements Et qui tressaille à mon approche, Murmure avec des bruits charmants. Les fauvettes font leur prière ; La terre noire après ses deuils…
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Sonnet sur une Dame blondeSur la colline, Quand la splendeur Du ciel en fleur Au soir décline, L'air illumine Ce front rêveur D'une lueur Triste et divine. Dans un bleu ciel, Ô Gabriel ! Tel tu rayonnes ; Telles encor Sont…
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Sous boisÀ travers le bois fauve et radieux, Récitant des vers sans qu'on les en prie, Vont, couverts de pourpre et d'orfèvrerie, Les Comédiens, rois et demi-dieux. Hérode brandit son glaive odieux ; Dans les…
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Sur tes cheveux noirsViens. Sur tes cheveux noirs jette un chapeau de paille. Avant l'heure du bruit, l'heure où chacun travaille, Allons voir le matin se lever sur les monts Et cueillir par les prés les fleurs que nous…
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Toute cette nuit nous avons...Toute cette nuit nous avons Relu le vieil ami Shakspere Aux beaux endroits que nous savons, Et voici que la nuit expire. Nous avons longtemps veillé, mais Nous lisions le poëte unique, Et la sombre…
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Trois femmes à la tête blondePour une mission féconde Ont rayonné sur notre monde : Ève, la Joie et la Beauté ; Maria, la Virginité ; Madeleine, la Charité. Parfumés comme des calices, Dans la clarté, leurs cheveux lisses…
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Vénus couchéeL'été brille ; Phœbus perce de mille traits, En haine de sa sœur, les vierges des forêts, Et dans leurs flancs brûlés de flammes vengeresses Il allume le sang des jeunes chasseresses. Dans les…
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Voici le mois de maiLe mois du printemps parfumé Qui, sous les branches, Fait vibrer des sons inconnus, Et couvre les seins demi-nus De robes blanches. Voici la saison des doux nids, Le temps où les cieux rajeunis Sont…
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Aimer ParisArtiste, désormais tu veux peindre la Vie Moderne, frémissante, avide, inassouvie, Belle de douleur calme et de sévérité; Car ton esprit sincère a soif de vérité. Vois, comme une forêt d’arbres, la…
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Chère, voici le mois de maiChère, voici le mois de mai, Le mois du printemps parfumé Qui, sous les branches, Fait vibrer des sons inconnus, Et couvre les seins demi-nus De robes blanches. Voici la saison des doux nids, Le…
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DécorDans les grottes sans fin brillent les Stalactites. Du cyprès gigantesque aux fleurs les plus petites, Un clair jardin s’accroche au rocher spongieux, Lys de glace, roseaux, lianes, clématites. Des…
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L’HiverAu bois de Boulogne, l’Hiver, La terre a son manteau de neige. Mille Iris, qui tendent leur piège, Y passent comme un vif éclair. Toutes, sous le ciel gris et clair, Nous chantent le même solfège ;…
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L’ÉtéIl brille, le sauvage Été, La poitrine pleine de roses. Il brûle tout, hommes et choses, Dans sa placide cruauté. Il met le désir effronté Sur les jeunes lèvres décloses ; Il brille, le sauvage Été,…
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L’AutomneSois le bienvenu, rouge Automne, Accours dans ton riche appareil, Embrase le coteau vermeil Que la vigne pare et festonne. Père, tu rempliras la tonne Qui nous verse le doux sommeil ; Sois le…
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La colombe blesséeÔ colombe qui meurs dans le ciel azuré, Rouvre un instant les yeux, mourante aux blanches ailes ! Le vautour qui te tue expire, déchiré Par des flèches mortelles. Va, tu tombes vengée, ô victime, et…
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La CoupeLe poëte en sa coupe, orgueil du ciseleur, S’enivre, et boit le vin amer de la douleur. Puis, après avoir bu le vin, il boit la lie Où dorment la tristesse et la mélancolie. Et puis, après la lie…
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La Fontaine de JouvenceMagnus ab integro saeclorum nascitur ordo. Virgile. Il est une fontaine heureuse, dont l’eau tombe Dans un bassin plus blanc qu’une aile de colombe ; Cette eau limpide, avec de clairs rayonnements,…
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La forêtEnfuyons-nous, mes amis ! se peut-il Qu’à ces bourgeois le destin nous condamne ? Allons revoir, dans le rêve subtil Où son amant se fait gratter le crâne, Titania baisant la tête d’âne. Partons,…
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La LuneAvec ses caprices, la Lune Est comme une frivole amante ; Elle sourit et se lamente, Et vous fuit et vous importune. La nuit, suivez-la sur la dune, Elle vous raille et vous tourmente ; Avec ses…
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La pêcheLe pêcheur, vidant ses filets, Voit les poissons d’or de la Loire Glacés d’argent sur leur nageoire Et mieux vêtus que des varlets. Teints encor des ardents reflets Du soleil et du flot de moire, Le…
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La Voie lactéeDéesse, dans les cieux éblouissants, la Voie Lactée est un chemin de triomphe et de joie, Et ce flot de clarté qui dans le firmament Jette parmi l’azur son blanc embrasement Semble, dans sa splendeur…
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Le printempsTe voilà, rire du Printemps ! Les thyrses des lilas fleurissent. Les amantes qui te chérissent Délivrent leurs cheveux flottants. Sous les rayons d’or éclatants Les anciens lierres se flétrissent. Te…
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Le vin de l’AmourAccablé de soif, l’Amour Se plaignait, pâle de rage, A tous les bois d’alentour. Alors il vit, sous l’ombrage, Des enfants à l’oeil d’azur Lui présenter un lait pur Et les noirs raisins des treilles.…
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Le ThéMiss Ellen, versez-moi le Thé Dans la belle tasse chinoise, Où des poissons d’or cherchent noise Au monstre rose épouvanté. J’aime la folle cruauté Des chimères qu’on apprivoise : Miss Ellen,…
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MusiqueDans un coin de la ville ancienne disparue, Depuis douze ans bientôt passés, j’habite, rue De l’Éperon, au rez-de-chaussée, un très vieil Hôtel, hanté par les oiseaux et le soleil. Du côté du jardin,…
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Les RosesLe Printemps rayonnant, qui fait rire le jour En montrant son beau front, vermeil comme l’aurore, Naît, tressaille, fleurit, chante, et dans l’air sonore Éveille les divins murmures de l’amour. O…
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Lorsque ma soeur et moiLorsque ma soeur et moi, dans les forêts profondes, Nous avions déchiré nos pieds sur les cailloux, En nous baisant au front tu nous appelais fous, Après avoir maudit nos courses vagabondes. Puis,…
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NuitRoch, le bon noctambule, Amoureux comme feu Tibulle, Erre sous le ciel bleu. Oubliant nos désastres, Il voit les diamants Des astres Pleins d’éblouissements. Ivre du pur silence Où le rêve subtil…
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Premier soleilItalie, Italie, ô terre où toutes choses Frissonnent de soleil, hormis tes méchants vins ! Paradis où l’on trouve avec des lauriers-roses Des sorbets à la neige et des ballets divins ! Terre où le…
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Prière du matinLe Soleil couronné de rayons et de flammes Redore nostre aube à son tour : Ô sainct Soleil des Saincts, Soleil du sainct amour, Perce de flesches d’or les tenebres des ames En y rallumant le beau…
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Viens. Sur tes cheveux noirsViens. Sur tes cheveux noirsVIENS. Sur tes cheveux noirs jette un chapeau de paille. Avant l’heure du bruit, l’heure où chacun travaille, Allons voir le matin se lever sur les monts Et cueillir par les prés les fleurs que nous…
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