À un riche
Ma foi, vous avez bien raison, Vous pour qui tout est floraison Et violettes Parfumant les pieds de vos lys, De ne pas célébrer Phyllis En odelettes. Vous qui pouvez chaque matin, Bercé par le flot de satin Qui vous arrose, Voir dans l'or de votre salon Tomber les flèches d'Apollon, Parlez en prose ! Mais pour nous qui, jusqu'à présent, Soupons sous la treille en causant Avec la lune, (Et c'est notre meilleur repas !) Ami, ne nous enlevez pas Notre fortune. Dans les fleurs, près de frais bassins, Nous nous couchons sur des coussins Très prosaïques, La pourpre au dos, vous le savez ! Et dans des bains de stuc pavés De mosaïques. Le col paré de nos présents, De belles filles de seize ans Nous versent même Avec le charme oriental, Le vin du Rhin dans ton cristal, Sainte Bohême ! Ô nuit d'étoiles sous les cieux ! Jardins, nectar délicieux, Voûte sublime ! Nous les possédons en effet, Mais, hélas ! ce beau monde est fait Avec la rime. Sans elle et ses prismes fleuris, Pour pouvoir chercher hors Paris L'eau murmurante Qui court dans les gazons naissants, Il nous faudrait bien quatre cents Écus de rente ! Ou, je frissonne d'y penser ! Nous n'oserions pas nous passer La fantaisie De perdre un quart d'heure aux genoux De Cidalise. Ah ! laissez-nous La poésie !
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