Jean Aicard
Poèmes de Jean Aicard (102)
Classés par titre (A–Z).
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Ægri somniaOn a congé parfois dans ce Paris étrange, Et l'on peut oublier le bruit, brouillard et fange, L'incessant tourbillon, le travail, les efforts. C'est quand on est malade et chez soi seul ; alors Il…
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Aimer-PenserCœur naïf ! j'avais cru pouvoir à tous les yeux Dévoiler mes douleurs comme en face des cieux, Et trouver pour mon âme une âme, Une seule parmi la foule des humains, Un inconnu qui vînt me prendre…
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À la FranceFrance, telle qu'elle est, j'offre cette œuvre à toi Comme un autre jadis l'eût dédiée au Roi, Du temps où, sauf la cour, tout le monde était rustre, Pour qu'il la protégeât et qu'elle fût illustre.…
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À LamartineLe temps heureux n'est plus où rayonnait la Grèce, Où Périclès vivait, étoile du plein jour ! Où les peuples, ardents de force et de jeunesse, Voyant un Dieu partout, sentaient partout l'amour ! Le…
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AmoursDe tout temps mes amours furent des songes vagues ; Je n'ai causé tout bas qu'aux nymphes, dans les bois, Et, sur le bord des mers, ces sirènes, les vagues, Me font seules vibrer aux accords de leur…
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À notre cri-cri mortVraie image du vrai poète, Tous les soirs, mon petit grillon, Tu nous chantais ta chansonnette Parmi les fleurs de ce balcon. Tu voulais, pour parler, cette heure Où l'homme se tait, où Dieu luit,…
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AquarelleL'ombre est lumineuse : à travers les branches Le bon Dieu sourit et le ciel descend ; Le vent du matin cueille les fleurs blanches ; La nature parle et l'âme comprend ! Tout semble pensif : la terre…
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ArlesArles, tes Alyscamps sont pleins d'éclats de rire ; C'est là que les amants aujourd'hui vont se dire L'éternité de leurs amours : Les sarcophages creux, aux deux bords de la route, Sont leurs bancs…
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À toi qui veux mourirÔh ! ne t'envole pas, doux être, Ma colombe aux plumes d'argent ! Reste : ici-bas tu fais connaître La joie à mon cœur indigent ! Ne quitte pas, ma tourterelle, L'arbre où nous vivons tous les deux,…
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À une ArlésienneJ'avais de plus d'une fillette Au charmant costume arlésien, Provoqué l'œillade coquette, Cherchant ce que chacun souhaite : Le grand mal qui fait tant de bien ! Oui, j'avais voulu, le dirai-je Sans…
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À un inconnuQui donc a pu graver ces deux vers de moi, là, Près des flots, sur la porte en fer d'une villa ? Qui que tu sois, passant, merci. Ta main distraite Écrivit ces deux vers sans penser au poète : Tu…
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À un poète de combatPuisque la vérité sublime Vous embrase d'un saint désir Et vous pousse à combler l'abîme Que notre siècle doit franchir ; Puisque le beau nom de justice Fait resplendir votre drapeau ; Puisque vous…
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À Victor de LapradeDevant les flots heureux qui baignent les rivages De la douce Provence où vous passiez un jour, Vous avez accordé votre lyre, et ces plages Nous redisent sans fin l'hymne de votre amour ! Au foyer…
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À Victor HugoJe ne vous connais pas, ô bien-aimé poète ; Je n'ai pu contempler la fière et noble tête Où les rayons brûlants et doux du divin feu Font germer sans effort la semence de Dieu. Je ne vous connais pas…
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AvignonVignes du Languedoc, oliviers des Alpines, Toi qui dresses si haut ton front neigeux, Ventoux, Alpes du Dauphiné, forêts, monts et collines, Dans la plaine à vos pieds que regardez-vous tous ? Les…
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À VirgileÔ précurseur naïf et doux de l'Évangile, Poète aimant, vieux maître immortel, ô Virgile, J'étais encore enfant quand sous le ciel du Nord J'ai respiré la brume et les brouillards de mort ; L'école…
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Bruits du soirOh ! l'heure douce et calme, en été, quand décline Le soleil à demi caché par la colline ! Immobiles tantôt, les arbres languissants A présent sont émus par des souffles naissants ; Au bourdonnement…
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Chanson de BeppoJe n'ai pas connu ma mère, Et nul ne m'en a rien dit ; Je n'ai pas connu mon père, Et j'erre comme un maudit. Je n'ai ni toit ni famille, Je suis Beppo le bâtard, Jamais une jeune fille Ne m'a donné…
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Chanson des cigalesCigales, mes sœurs, Qu'importe à nos cœurs La richesse des granges pleines ? Pourvu que nos voix Sonnent par les bois Quand midi flambe sur les plaines ? Laissons la fourmi Se glisser parmi L'amas…
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Chanson du rivageTra la la la la lère ! Les arbres sont contents, Les flots dansent, la terre A tout au plus vingt ans. La nature palpite D'une immense gaîté ! Le printemps, ma petite, Est un flux de clarté. Or la…
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CharitéSi vous croyez que j'ai l'âme assez abaissée Pour porter vos dédains sans me lever un jour Si vous croyez en moi tuer toute pensée, Et sous la haine froide engloutir mon amour, Détrompez-vous ! Sans…
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CincinnatusLes temps sont accomplis. L'aube sereine dore, À l'horizon lointain, les paisibles sommets, Et la terrible nuit qui nous oppresse encore Doit insensiblement disparaître à jamais ! La Science a creusé…
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ClaireVous aviez des cheveux légers de soie et d'or. Nos yeux en même temps s'éveillaient sur les choses. Comme le fin parfum dans les boutons de roses, L'amour vague emplissait nos cœurs fermés encore.…
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Dans le golfeLa nuit tranquille avait des chuchotements faibles, Sortant des tamarins, des myrtes et des hièbles, Souffles d'oiseaux dormant parmi les rameaux verts, Ou bruit doux des bourgeons tout à coup…
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Dans les taillis vivantsDans les taillis vivants l'insecte se promène ; Oh ! la grande herbe verte et le grand bois profond ! Dieu travaille : oubliez ce que les hommes font. Les oiseaux tout joyeux jasent dans le vieux…
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Deux athéesL'un dit que nier Dieu, c'est ne plus croire en rien... Cet homme ne sait pas sanctifier le doute, Et, lâchement, il a du Mal suivi la route, Car c'est un sentier rude et serré que le Bien ! Du…
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Écoute ! si je meursÉcoute ! si je meurs, je veux mourir en homme ! Je veux mourir couché dans ma sérénité, Calme et fier, le regard brillant de plaisir, comme Un travailleur qui cherche un peu d'ombre, l'été. Je…
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ExilJ'ai besoin de silence... oh ! ne me parlez pas ! J'écoute au fond de moi le murmure d'un rêve, Et j'entrevois au loin, sous les vapeurs, là-bas, La Provence éclatante et chaude qui s'élève ! Un…
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Gelée blancheFévrier. Le blé monte aux tiédeurs hivernales. En hiver nos midis sont des matins d'été ; Mais parfois méchamment, aux heures matinales, Un souffle d'hiver glace Avril épouvanté. Il sent alors que…
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IdylleLorsque mai va finir, quand juin brûlant s'avance, Il faut voir les troupeaux de la basse Provence, Redoutant la saison où sèchent les ruisseaux, Où la plaine déserte apparaîtra sans eaux Et jaune de…
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Il était sans amourIl était sans amour ; il souffrait en son âme ; Il avait travaillé longtemps. C'était pitié ! Son front, sombre, penchait, jamais homme ni femme Ne l'ayant éclairé d'un rayon d'amitié. Tous, rapides,…
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Il pleut, nous pleuronsIl pleut, nous pleurons,... Vive le soleil ! Nous sommes le ciel, essayons de luire ; Nous sommes enfants, essayons de rire ; Le rire est toujours d'or... ou de vermeil ! D'or ou de vermeil ! on se…
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J'ai, toute cette nuit, rêvéJ'ai, toute cette nuit, ferme et tête baissée, Écrit, rêvé,... c'est bien, et je vais m'endormir ; Je suis content de moi ! La nuit s'est effacée : C'est l'aurore ; mes yeux voient ma lampe pâlir.…
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La bouille-abaisse« Embarque, les amis ! c'est dimanche demain. — La Dame jeanne ici ! — Pousse. — Donne la main. — As-tu le pain ? — Bon ça ! — Garçon, largue les voiles ! » Le ciel est comme un champ plein d'un…
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La chanson des blondesProvençaux, le soleil d'ici Ne voit pas que des filles brunes ; Nous avons des blondes aussi, Et j'en veux nommer quelques-unes : Parmi notre mourvèze noir, Voyez, le blanc muscat abonde ; Du muscat…
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La cueillette des olivesNovembre. Le vent d'Est pleure, et parmi les cieux S'amassent les brouillards tristes et pluvieux. Les oliviers sont noirs d'olives, et l'on coupe Des roseaux sur les bords du marais ; puis, en…
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La FerradeLes taureaux de Camargue, errant à l'aventure, Ardents comme autour d'eux la farouche nature, Heurtant leur corne aiguë au tronc des tamarins, Boivent à pleins naseaux, avec les sels marins, La force…
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La FlouretteLa grappe belle et mûre et virginale encore Que baisent seulement la rosée et l'aurore, Garde sur sa peau rose un voile frais et blanc Aux vapeurs d'un miroir qu'on ternit ressemblant. Pour…
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La grand'routeA midi, la grand'route, éclatante, flamboie Sous l'éclat des rayons que sa blancheur renvoie, Et, miroir aveuglant, force à clore les yeux. Tous les jours, sous le feu qui ruisselle des cieux, Même à…
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L'aireSur l'aire, dont on a brûlé l'herbe et les mousses Qui poussèrent, tout l'an, entre les briques rousses, Et dont un parapet décrépi fait le tour, Dès juillet, sous l'azur torride d'un beau jour, On…
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La jeunesseOui, nous sommes les fiers, nous sommes la jeunesse ! Le siècle nous a faits tristes, vaillants et forts ; Condamnant sans pitié la peur et la faiblesse, Nous plaignons les vivants sans gémir sur les…
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La leçon de lecture« Monsieur Jean, vous lirez l'alphabet aujourd'hui. » J'entends encore ce mot qui faisait mon ennui. J'avais six ans, j'aimais les beaux livres d'images, Mais suivre ces longs traits qui noircissent…
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La MéditerranéeLa Méditerranée est couchée au soleil ; Des monts chargés de pins, d'oliviers et de vignes Qui font un éternel murmure au sien pareil, Voient dans ses eaux trembler leurs lignes. Elle est couchée aux…
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L'âme du bléEn juin, on voit sortir de terre, germe obscur, Une larve bizarre et qu'étonne l'azur, Ayant l'aspect d'un ver et des rudiments d'ailes. Telles sont tout d'abord les cigales nouvelles. Mais bientôt,…
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La merConcert prodigieux des ondes et des pierres ! Long retentissement des flots sur les galets ! Majesté de la mer débordant de lumières ! Fourmillement profond d'ombres et de reflets ! La mer, suprême…
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La mort de l'aïeulMon père est mort, voici vingt ans, à Vaugirard. Enfant, je n'ai pas vu partir le corbillard, Mais je sais la tristesse affreuse que dégage Ce char glacé portant les morts comme un bagage Au milieu…
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La moustouire« Holà, voisin ! ma vigne est mûre ; qu'on se prête : Aidez-nous, et demain, notre vendange faite, Nous irons vous aider de même à notre tour. » C'est pourquoi le coteau, dès la pointe du jour, Est…
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L'ange et l'enfantIl lui disait : « Je suis ton frère ; Ne te souvient-il plus des cieux ? Leur doux reflet brille en tes yeux : Tu n'es pas l'enfant de la terre ! » Et l'ange souriait et lui tendait les bras ;…
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La NoëlL'hiver resserre autour du foyer la famille. Voici Noël. Voici la bûche qui pétille ; Le « carignié », vieux tronc énorme d'olivier Conservé pour ce jour, flambe au fond du foyer. Ce soir, le « gros…
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La rucheMon compagnon de jeux me disait quelquefois : « Viens aux abeilles, viens ! » Et dans le petit bois Nous allions, curieux et troublés, en silence. Je vois encore le bois de pins qui se balance ;…
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La Sainte-BaumeA dos d'âne, on gravit la montagne où serpente Un chemin large, plein de rocs et dur de pente, Entre des buissons verts, sous un soleil brûlant. L'ânière en grand chapeau pousse l'âne indolent Dont…
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La Saint-ÉloiLa grand'messe chantée, en pompe le curé Fait porter sous le porche un saint Eloi doré, Vieux buste aux yeux d'émail, à figure béate, Posé sur un brancard au tapis écarlate. Le vicaire l'assiste et…
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Le basJoanne a six ans. Hier c'était un ange encore ; Ce n'est plus qu'une enfant d'Ève. Le ciel colore Pourtant de son regard son regard caressant, Car Dieu regarde face à face l'innocent ; Elle est…
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Le laurier du pays natalÔ Provence natale, et toi, Toulon, ma ville, Interrogeons-les tous, de Ronsard à Banville : « Poètes, qu'êtes-vous ? » et tous vont s'écrier : « Des chercheurs qui vivons pour l'amour du laurier, Des…
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Le long de la rivièreLe Gapeau chantait une chanson folle De joie et d'amours ; Son onde tordait sur l'arène molle Mille et un détours ; Et moi j'allais, triste, avec l'âme pleine De papillons noirs ; J'avais promené du…
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Le mal du pays« On sait mieux le français au pays de la neige : Éloignons cet enfant de nous, se dirent-ils ; Il faut que les garçons apprennent les exils. » Et l'on m'envoya loin, à Mâcon, au collège. Oh ! comme…
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Le mistralCe vent, qui jette aux flots les galets de la grève, Pour sortir de son outre avec de longs cris sourds, Brusquement, sans attendre aucun ordre, la crève ! Lors il souffle par trois, par six et par…
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Le parfum des pervenchesBonne Vierge, écoutez ma voix, je vous en prie ! Hier, parmi les bouquets vivants de la prairie, Je cueillis, en tressant ma guirlande, une fleur Dont le calice bleu n'exhalait nulle odeur. « La…
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Le plongeurOù va ce plongeur sublime, Intrépide en son travail ? Il va ravir à l'abîme Ses perles et son corail. Où va cet oiseau qui passe Dans le grand firmament clair ? Je veux plonger dans l'espace Comme on…
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Le printemps donne à tout la vieChaque tige a sa fleur ; chaque fleur est superbe ; L'azur est souriant. La nature en gaîté Met des trésors d'amour et de bonheur dans l'herbe ! Dans les arbres, songeurs profonds, germe le fruit :…
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Le printemps me plaîtLe printemps me plaît... J'erre avec délices Dans les champs joyeux, avec les moineaux ; Je contemple tout : les riches calices, Les insectes d'or et les foins nouveaux. Ninetta là-bas relève sa…
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Le puitsL'été hurle de soif ; la terre ardente éclate. Le lézard bâille et dort sous le pampre écarlate. Le chaume craque, l'ombre est nette sur le sol, Et, pour s'y reposer des chansons et du vol,…
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Le RhôneLe Rhône est si profond, si rapide et si large, Que dans la grande Europe il n'a pas son pareil. Emportant des bateaux sans nombre avec leur charge, Il va roulant de l'or et roulant du soleil. Fleuve…
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Les canissesLorsque j'étais enfant surtout, j'aimais ce coin Où sur leurs pieux rugueux on étale (non loin De la bastide, afin d'y veiller sans fatigue) La claie aux roseaux drus où doit sécher la figue. Les…
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Les cyprèsVous m'êtes chers, cyprès du Nord, cyprès funèbres, Malgré votre feuillage habité des ténèbres, Car vous me rappelez d'autres cyprès joyeux, Mes cyprès odorants dont la forme est la même, Vos frères…
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Les magnanarellesParis en Juin. L'été débute par la pluie, Et, rouvrant ma croisée à l'aube, je m'ennuie De voir le ciel toujours brouillé comme en hiver. Sous mes yeux assoupis rien de bleu ni de vert : C'est la rue…
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Les MayesPremier mai, souvenir charmant, boutons ouverts ! La querelle des nids emplit les chênes verts. L'épine disparaît sous le fouillis des roses. Dans la haie, où les fleurs du jasmin sont écloses, Un…
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Les pinsUne forêt de pins s'étend dans la colline ; Verticaux et serrés sur ce plan qui s'incline Ils semblent une armée innombrable à l'assaut ; Le regard qui les suit doit s'arrêter bientôt Car des…
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Les roseaux du golfeJe sais un bouquet de roseaux Qui dans le golfe, au bord des eaux, Est solitaire ; Mélodieux, frais et serré, Pour moi ce petit bois sacré Garde un mystère. Le joli golfe est peu connu ; Jamais…
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Les seuilsLes soirs d'été, sous les mûriers où l'on s'attable On reste après souper, l'air étant délectable, Pour oublier l'ardeur et les travaux du jour. La fillette et le gars qui se parlent d'amour, Assis…
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Les tambourinairesIls sont deux. Un enfant, tout ravi, les précède Et marche à pas comptés, fier de porter sans aide Un bâton que couronne un cercle horizontal Où l'on a suspendu des choses en métal, Montre et…
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Les vieux vaisseauxJe regrette les vieux vaisseaux dont la voilure, Large et lourde, pendait du faîte au pied des mâts, Et leurs pesants rouleaux de toile dont l'amas Faisait fléchir l'antenne à l'immense envergure. La…
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Lettre à ma sœurQue dis-tu ? Que fais-tu là-bas, ma sœur chérie ? Écris-moi plus souvent encore, je t'en prie. Je suis dans un torrent de bruit. Si tu savais ! Je veille, je dors mal ; j'écris, je viens, je vais,…
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L'historienLes grands règnes évanouis, Ou sur les horizons du monde Fixe ses regards éblouis, Voyant dans quelle nuit profonde Les esprits dormaient enfouis ; Et quelle tempête féconde Les fit surgir épanouis,…
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Liberté, Égalité, FraternitéQuand nous saurons bien tous que nous sommes des frères, Quand l'amour coulera dans le sang de nos cœurs ; Debout sur les engins des haines et des guerres, Quand vainqueurs et vaincus s'embrasseront,…
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LiedJ'ai dit aux bons vents Qui heurtent ma porte : « Bien loin des vivants Qu'un souffle m'emporte ! » J'ai dit au soleil : « Idéale flamme, Astre du réveil, Aspire mon âme ! » Tout m'a fait défaut,…
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L'immortelleTu croîs dans ma Provence, ô divine Immortelle. L'hiver, sur les coteaux que le flot bleu dentèle, On abrite tes plants comme on cache un trésor ; Tes tiges en avril jaillissent sur la touffe, Et…
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Lorsque j'étais enfantLorsque j'étais enfant, j'ai fait plus d'une fois, Comme tous mes égaux, l'école buissonnière. Le maître m'attendait : j'étais dans la rivière, Ou le long de l'étang, ou dans le petit bois. Temps…
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LumièreLa lumière, ce fleuve insondable qu'envoie Le soleil, vaste source, aux mondes, vastes mers, Prodigue largement la Vie à l'univers, Et dans le cœur de tous fait ruisseler la joie ! Quel bonheur…
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MarseilleLa ville c'est le port, où tout s'agite et crie, Où la voile gaîment revient se reployer ; Le quai, seuil de la mer et seuil de la patrie, Première marche, sûre et large, du foyer. Venez là, sur ce…
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Mignon« Connais-tu le pays où fleurit l'oranger ? » Ainsi chante Mignon sous un ciel étranger, Les yeux vers l'horizon immense. Elle voit en esprit ce que nomme son chant, Et quand le dernier mot se meurt,…
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Misère et soleilÊtes-vous quelquefois, rêveur, passé devant Des baraques de bois qui craquaient à tout vent ? Il faisait froid et chaud. C'était quelque dimanche ; Un être maigre et laid sautait sur une planche ; Il…
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Ne pourrai-je saisir un espoirNi voir luire la foi dans la clarté du jour, Dis, ô joyeux soleil dont le rayon me baise ? Réponds, toi que je sens dans la lumière, — Amour ? Je ne sais si je crois en Dieu ! L'azur me pèse. Je…
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NiceNice, trop petite naguère, S'agrandit, libre de tout mur, Ni port marchand, ni port de guerre, Toute blanche au bord de l'azur. Nice a pour orgueil d'être blanche Dès que luit le soleil levant ; Les…
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Nous sommes deux enfantsNous sommes deux enfants et nous sommes deux âmes ; Nos cœurs sont enlacés ; nous enlaçons nos mains, Toi, femme aux pleurs bénis, forte parmi les femmes, Moi, sérieux, déjà penché sur les humains.…
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Nuits d'étéLa nuit vient d'effacer les formes sur la terre ; Mon cœur, plein de cette ombre où flotte le mystère, Soupire, tout chargé de tristesse et d'espoir ; D'où vient ce triste espoir, nuits d'été, qu'en…
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PromenadeNous qui croyons souffrir, songeons à la souffrance De ceux qui vivent seuls, sans même une espérance, Et qui mourront tout seuls ; Regardons les méchants et ceux de qui la vie N'a d'autre but que…
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Que voulez-vous que je vous dise ?Cela vous coûterait bien peu, De délaisser enfin l'Église Et de vous rapprocher de Dieu. Vous écrasez les grandes choses Sous un niveau matériel, Sans baisser les yeux vers les roses, Sans les élever…
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Retour par merOn carguait lentement les lourdes voiles rondes Qui poussaient le vaisseau sous les vents réguliers, Et l'Occident brisait ses flèches moribondes Sur leurs rondeurs s'offrant comme des boucliers.…
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SamsonTu dors content, Voltaire, et de ton fin sourire L'ironique reflet parmi nous est resté ; Le siècle t'a compris ; la jeunesse t'admire : Toi, tu sommeilles, calme, et dans ta majesté. L'édifice…
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Sauts périlleuxC'était un saltimbanque leste ! Sa vie était un carnaval ; Son costume d'un bleu céleste Scintillait d'astres en métal. Il avait le poing sur la hanche. Sa Colombine, verte et blanche, L'admirait…
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SolidaritéJ'ai ceint mes reins, j'ai pris le bâton voyageur, Car mon âme souvent n'est qu'une plaie ouverte ! Et je vais, demandant sans trêve un air meilleur, En tous lieux où l'on trouve une route déserte.…
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Solus erisTout est fini : la nuit surgit, le malheur règne. Le toit s'est écroulé sur l'hôte confiant, Et près du moribond immobile et qui saigne On passe, le regard distrait ou souriant. Ainsi ceux qui l'ont…
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Souvenir du 11 janvier 1866Oh ! le monde est à moi, puisque enfin quelqu'un m'aime. Figurez-vous ! un soir, plein d'un ennui suprême, Seul, mais seul malgré moi, malheureux d'être seul, Désespéré, songeant avec joie au…
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ThestylisUn dimanche matin, mettant la veste à bas, Les garçons, montrant nus les muscles de leurs bras, Jouent aux boules, ou bien, corps à corps, à la lutte. L'un, entouré d'enfants, se façonne une flûte,…
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ToulonLa frégate retourne au port, voiles tendues, Et, pour mieux voir la côte aux falaises ardues, Je monte dans la hune où me suit un gabier. La vergue tremble; il court sur cet étroit sentier : « J'y…
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Tout l'été— « Je suis la petite Cigale Qu'un rayon de soleil régale Et qui meurt quand elle a chanté « Tout l'été j'ai redit ma chanson coutumière : Mais la bise est venue : adieu l'azur vermeil ! Je fus l'âme…
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Un cimetièreAu versant d'un coteau, par-dessus des murs bas, Tout le champ apparaît, et l'on ne croirait pas, Tant les cyprès (dont bien des bastides sont closes) Sont charmants, tant la joie éclate dans les…
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Vere novoJe ne sais pas pourquoi je me crois au printemps ; J'ai l'esprit travaillé d'un mystérieux rêve : Je me vois au milieu des arbres, et j'entends Dans les bourgeons courir le frisson de la séve. J'ai…
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Visite à l'Arsenal de ToulonLa forge retentit de longs fracas d'enclume ; Tout hurle, tout gémit, et, dans l'antre infernal, Sous le soufflet robuste un noir brasier qui fume Est le naissant foyer du splendide idéal. La machine…
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Voici le frais matinVoici le frais matin, mais tout sommeille encore ; Les arbres sont rêveurs dans l'immobilité, La nuit trace au fusain des tableaux que l'aurore Couvrira d'un pastel sublime, la clarté ! Les oiseaux…
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Le Papillon et l'ÂmeLa Grèce avait un seul nom ; Ô poètes ! je proclame Que la Grèce avait raison. L'Âme et l'insecte ont des ailes Pour fuir la terre et le mal ; Ces deux Psychés ont en elles Un introuvable idéal. Leur…
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