Mille baisers perdus
Sonnet LVIII. Mille baisers perdus, mille et mille faveurs, Sont autant de bourreaux de ma triste pensée, Rien ne la rend malade et ne l'a offensée Que le sucre, le ris, le miel et les douceurs. Mon coeur est donc contraire à tous les autres coeurs, Mon penser est bizarre et mon âme insensée Qui fait présente encore une chose passée, Crevant de désespoir le fiel de mes douleurs. Rien n'est le destructeur de ma pauvre espérance Que le passé présent, ô dure souvenance Qui me fait de moi même ennemi devenir ! Vivez, amants heureux, d'une douce mémoire, Faites ma douce mort, que tôt je puisse boire En l'oubli dont j'ai soif, et non du souvenir.
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