Les serres et les bois
Dans les serres silencieuses Où l'hiver invite à s'asseoir, Sous un jour blême comme un soir Fument les plantes précieuses. L'une, raide, élançant tout droit Sa tige aux longues feuilles sèches, Darde au plafond, comme des flèches, Les pointes d'un calice étroit. Une autre, géante à chair grasse, Que hérissent de durs piquants, Ne sourit que tous les cinq ans Dans une éclosion sans grâce. Une autre, molle en ses efforts, Grimpe au vitrail, et la captive Regarde en pitié l'herbe active Qui tient tête au vent du dehors. Pas un souffle ici, rien ne bouge ; Toutes versent avec lenteur, À flots lourds, la fade senteur De leur floraison fixe et rouge. Celui qu'elles charment d'abord, Dans cet air qui bientôt lui pèse, Envahi par un grand malaise, Descend de l'ivresse à la mort. Ah ! Que mille fois plus aimée La violette, fleur des bois ! Et que plus saine mille fois La chambre qu'elle a parfumée ! Son baume, loin d'appesantir, Allège et fait l'âme nouvelle ; Mais fine, il faut s'approcher d'elle, La baiser, pour la bien sentir.
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