Le premier deuil
En ce temps-là, je me rappelle Que je ne pouvais concevoir Pourquoi, se pouvant faire belle, Ma mère était toujours en noir. Quand s'ouvrait le bahut plein d'ombre, J'éprouvais un vague souci De voir près d'une robe sombre Pendre un long voile sombre aussi. Le linge, radieux naguère, D'un feston noir était ourlé : Tout ce qu'alors portait ma mère, Sa tristesse l'avait scellé. Sourdement et sans qu'on y pense, Le noir descend des yeux au cœur ; Il me révélait quelque absence D'une interminable longueur. Quand je courais sur les pelouses Où les enfants mêlaient leurs jeux, J'admirais leurs joyeuses blouses, Dont j'enviais les carreaux bleus ; Car déjà la douleur sacrée M'avait posé son crêpe noir, Déjà je portais sa livrée : J'étais en deuil sans le savoir.
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