La bouture
Au temps où les plaines sont vertes, Où le ciel dore les chemins, Où la grâce des fleurs ouvertes Tente les lèvres et les mains, Au mois de mai, sur sa fenêtre, Un jeune homme avait un rosier ; Il y laissait les roses naître Sans les voir ni s'en soucier ; Et les femmes qui d'aventure Passaient près du bel arbrisseau, En se jouant, pour leur ceinture Pillaient les fleurs du jouvenceau. Sous leurs doigts, d'un précoce automne Mourait l'arbuste dévasté ; Il perdit toute sa couronne, Et la fenêtre sa gaîté ; Si bien qu'un jour, de porte en porte, Le jeune homme frappa, criant : « Qu'une de vous me la rapporte, La fleur qu'elle a prise en riant ! » Mais les portes demeuraient closes. Une à la fin pourtant s'ouvrit : « Ah ! Viens, dit en montrant des roses Une vierge qui lui sourit ; Je n'ai rien pris pour ma parure ; Mais sauvant le dernier rameau, Vois ! J'en ai fait cette bouture, Pour te le rendre un jour plus beau. »
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