L'art et l'amour
À Alexandre Piédagnel. Le vent d'orage, allant où quelque dieu l'envoie, S'il rencontre un parterre, y voudrait bien rester : Autour du plus beau lis il s'enroule et tournoie, Et gémit vainement sans pouvoir s'arrêter. — « Demeure, endors ta fougue errante et soucieuse, Endors-la dans mon sein, lui murmure la fleur. Je suis moins qu'on ne croit fière et silencieuse, Et l'été brûle en moi sous ma froide pâleur. « Ton cruel tournoiement m'épuise et m'hallucine, Et j'y sens tout mon cœur en soupirs s'exhaler... Je suis fidèle ; ô toi, qui n'as pas de racine, Pourquoi m'enlaces-tu si tu dois t'en aller ? » — — « Hélas ! Lui répond-il, je suis une âme en peine, L'angoisse et le caprice ont même aspect souvent. Vois-tu ce grand nuage ? Attends que mon haleine Ait donné forme et vie à ce chaos mouvant. » — — « Pars, et reviens, après la pluie et le tonnerre ; Je t'aime et t'attendrai ; ne me fais pas d'adieu, Car nous nous unirons, moi sans quitter la terre, Toi sans quitter le ciel, ce soir même en ce lieu. » — — « J'y serai, » dit le vent. Sous le fouet qui l'exile Il part, plein d'un regret d'espérance embaumé ; Et la fleur ploie encore et quelque temps vacille, Lente à reconquérir le calme accoutumé. Elle est tout à son rêve, il est tout à l'ouvrage. Mais que les rendez-vous entre eux sont superflus ! Quand la fraîcheur du soir eut apaisé l'orage, Ni le vent ni la fleur n'existaient déjà plus.
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