Lyreval Poésie française

Ainsi soit-il

Je suis devin, mes chers amis ;
L'avenir qui nous est promis
Se découvre à mon art subtil.
Ainsi soit- il !

Plus de poète adulateur ;
Le puissant craindra le flatteur ;
Nul courtisan ne sera vil.

Plus d'usuriers, plus de joueurs,
De petits banquiers grands seigneurs,
Et pas un commis incivil.

L'amitié, charme de nos jours,
Ne sera plus un froid discours
Dont l'infortune rompt le fil.

La fille, novice à quinze ans,
A dix-huit, avec ses amants,
N'exercera que son babil.

Femme fuira les vains atours ;
Et son mari, pendant huit jours,
Pourra s'absenter sans péril.

L'on montrera dans chaque écrit
Plus de génie, et moins d'esprit,
Laissant tout jargon puéril.

L'auteur aura plus de fierté,
L'acteur moins de fatuité ;
Le critique sera civil.

On rira clos erreurs des grands,
On chansonnera leurs agents,
Sans voir arriver l'alguazil.

En France enfin renaît le goût ;
La justice règne partout,
Et la vérité sort d'exil.

Or, mes amis, bénissons Dieu,
Qui met chaque chose en son lieu :
Celles-ci sont pour l'an trois mille.

Pierre-Jean de Béranger