Bon pauvre, ton vêtement est léger
Comme une brume, Oui, mais aussi ton cœur, il est léger Comme une plume, Ton libre cœur qui n'a qu'à plaire à Dieu, Ton cœur bien quitte De toute dette humaine, en quelque lieu Que l'homme habite, Ta part de plaisir et d'aise paraît Peu suffisante. Ta conscience, en revanche, apparaît Satisfaisante. Ta conscience que, précisément, Tes malheurs mêmes Ont dégagée, en ce juste moment, Des soins suprêmes. Ton boire et ton manger sont, je le crains, Tristes et mornes ; Seulement ton corps faible a, dans ses reins Sans fin ni bornes, Des forces d'abstinence et de refus Très glorieuses, Et des ailes vers les cieux entrevus Impérieuses. Ta tête, franche de mets et de vin, Toute pensée, Tout intellect, conforme au plan divin, Haut redressée, Ta tête est prête à tout enseignement De la parole Et, de l'exemple de Jésus clément Et bénévole. Et de Jésus terrible, prêt au pleur Qu'il faut qu'on verse, A l'affront vil qui poigne, à la douleur Lente qui perce. Le monde pour toi seul, le monde affreux Devient possible, T'environnant, toi qu'il croit malheureux, D'oubli paisible. Même t'ayant d'étonnantes douceurs Et ces caresses ! Les femmes qui sont parfois d'âpres sœurs, D'aigres maîtresses, Et de douloureux compagnons toujours Ou toujours presque, Te jaugeant malfringant, aux gestes lourds, Un peu grotesque, Tout à fait incapable de n'aimer Qu'à les voir belles. Qu'à les trouver bonnes et de n'aimer Qu'elles en elles, Et le pesant si léger que ce n'es Rien de le dire, Te dispenseront, tous comptes au net, De leur sourire. Et te voilà libre, à dîner, en roi. Seul à ta table, Sans nul flatteur, quel fléau pour un roi, Plus détestable ? L'assassin, l'escroc et l'humble voleur Qui n'y voient guère De nuance, t'épargnent comme leur Plus jeune frère. Des vertus surérogatoires, la Prudence humaine, (L'autre, la cardinale, ah ! celle-là Que Dieu t'y mène!) L'amabilité, l'affabilité Quasi célestes, Sans rien d'affecté, sans rien d'apprêté, Franches modestes, Nimbent le destin, que Dieu te voulut Tendre et sévère. Dans l'intérêt surtout de ton salut, A bien parfaire Et pour ange contre le lourd méchant Toujours stupide La clairvoyance te guide en marchant, Fine et rapide, La clairvoyance, qui n'est pas du tout, La Méfiance Et qui plutôt serait pour sommer tout, La Prévoyance, Élicitant les gens de prime-saut Sous les grimaces Faisant sortir la sottise du sot, Trouvant des traces. Et médusant la curiosité De l'hypocrite Par un regard entre les yeux planté Qui brûle vite... Et s'il ose rester des ennemis A ta misère, Pardonne-leur, ainsi que l'a promis Ton Notre-Père... Afin que Dieu te pardonne aussi, Lui, Prends cette avance. Car, dans le mal fait au prochain, c'est Lui Seul qu'on offense.
❧
Pour prolonger la lecture
Une sélection de poèmes choisis pour leur proximité de ton, de thème ou de voix.
L'indulgence qui n'est pas de l'indifférence
Mémoire
Beauté
Condition humaine
Vœu
Mort
Condition humaine
Espérance
Le couvercle
Condition humaine
Mélancolie
Angoisse
Se laisser surprendre
Explorez par affinité de thèmes, d’émotions, d’époque et de mouvement
❧