A Franz Liszt
Sous quels cieux nouveaux, ô mon grand artiste. Ta sonore tente a-t-elle émigré ? Moi dont l'amitié te suit à la piste, Je reviens, ce soir, solitaire et triste, Revoir un doux lieu par toi consacré. Un soir de juillet, un soir que la lune D'un reflet splendide argentait le flot, La persienne ouverte au frais de la dune, Tu t'assis, jugeant cette heure opportune, Devant un clavier du cher Boisselot. L'odorante chambre, où la voix des lames D'instant en instant montait jusqu'à nous, Ne réunissait, fraternelles âmes, Que toi, deux amis ; et deux blanches femmes Qui penchaient vers toi leur front pâle et doux. Et là, sous ta main qui pétrit l'ivoire, Tandis que grondait le riche instrument, Les flots étonnés, immense auditoire, Les flots à leur tour consacraient ta gloire De leur magnifique applaudissement ! Et moi je croyais, incliné dans l'ombre, Vibrant à la fois d'esprit et de corps, Entendre en écho, sous la rive sombre, L'acclamation des âmes sans nombre Qu'ont fait tressaillir tes divins accords !
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