Le satyre et le passant
Au fond d'un antre sauvage Un Satyre et ses enfants Allaient manger leur potage, Et prendre l'écuelle aux dents. On les eût vus sur la mousse, Lui, sa femme, et maint petit : Ils n'avaient tapis ni housse, Mais tous fort bon appétit. Pour se sauver de la pluie, Entre un passant morfondu. Au brouet on le convie : Il n'était pas attendus. Son hôte n'eut pas la peine De le semondre deux fois. D'abord avec son haleine Il se réchauffe les doigts. Puis sur le mets qu'on lui donne, Délicat, il souffle aussi. Le Satyre s'en étonne : « Notre hôte, à quoi bon ceci ? - L'un refroidit mon potage ; L'autre réchauffe ma main. - Vous pouvez, dit le sauvage, Reprendre votre chemin. Ne plaise aux dieux que je couche Avec vous sous même toit ! Arrière ceux dont la bouche Souffle le chaud et le froid ! »
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