L'araignée et l'hirondelle
Ô Jupiter, qui sus de ton cerveau, Par un secret d'accouchement nouveau, Tirer Pallas, jadis, mon ennemie, Entends ma plainte une fois en ta vie. Progné me vient enlever les morceaux ; Caracolant, frisant l'air et les eaux, Elle me prend mes mouches à ma porte : Miennes je puis les dire ; et mon réseau En serait plein sans ce maudit oiseau : Je l'ai tissu de matière assez forte. » Ainsi, d'un discours insolent, Se plaignait l'Araignée, autrefois tapissière, Et qui lors étant filandière, Prétendait enlacer tout insecte volant. La soeur de Philomèle, attentive à sa proie, Malgré le bestion, happait mouches dans l'air, Pour ses petits, pour elle, impitoyable joie, Que ses enfants gloutons, d'un bec toujours ouvert, D'un ton demi-formé, bégayante couvée, Demandaient par des cris encore mal entendus. La pauvre Aragne, n'ayant plus Que la tête et les pieds, artisans superflus, Se vit elle-même enlevée : L'Hirondelle, en passant, emporta toile, et tout, Et l'animal pendant au bout. Jupin pour chaque état mit deux tables au monde : L'adroit, le vigilant, et le fort sont assis À la première ; et les petits Mangent leur reste à la seconde.
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