Il pianto
— Ah ! c'est à détester la vie ! Toujours, partout, se sentir seul ! A la solitude asservie, Mon âme file son linceul. Dix fois ! ma main l'a mise nue, Dix fois, bien qu'elle en ait frémi ! Mon âme est encore inconnue A mon meilleur ami ! — C'est vrai ; mais, avant de maudire, Plein de courroux ou plein d'effroi, Écoute, passant qui soupire, Écoute, frère, et réponds-moi. Nul œil, c'est là ce qui t'enflamme, Ne lit dans ton cœur abattu ; Nul ami ne connaît ton âme : Et toi, la connais-tu ? Il faut posséder pour connaître, Et pour posséder, contenir ; L'œil, qui finit ce qu'il pénètre, Pénètre ce qui doit finir. Va, frère, ne jette à ce monde Ni ton blasphème ni ton vœu ; Ton âme est chose trop profonde : Un seul la connaît — Dieu !
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