Le souffle des hautes cimes
I Amis, partons ; il en est temps, Avant que paraisse l'aurore, Avant que l'astre du jour dore Les sommets éclatants. Oh ! qu'ils sont doux les charmes du matin, Quand tout s'éveille à l'éclat incertain De l'aube en sa blanche parure ! J'aime à m'ébattre, ô nature ! en ton sein, Quand la rosée et fraîche et pure Baigne ton front serein. Lors tu me dis : « Au pauvre cœur Le ciel, au matin de la vie, Verse aussi la source bénie D'un courage vainqueur. » Ah ! sur nous tous, coulez, célestes pleurs Ne laissez pas se flétrir en nos cœurs Des nobles vœux la fleur première ; Reste avec nous, jeune et fidèle espoir, Répands ta force et ta lumière Sur nos pas jusqu'au soir ! II Laissons, laissons le grand chemin Où, si pressé, le flot humain Vole au plaisir, court aux affaires. Plus haut, plus loin, allons chercher La paix qui semble se cacher Aux pentes des monts solitaires. Dans ces prés que rien ne flétrit Coule une source qui guérit Les tristes langueurs de ton âme. Là, sous l'ombrage des grands pins, Tu cueilleras à pleines mains Pour tes ennuis un sûr dictame. Vers les horizons radieux Qui joignent la terre et les deux, Là, ton regard pourra s'étendre : Et quand ton cœur, en haut porté, Jusques à Dieu sera monté, Tu ne voudras plus redescendre. Mais, hélas ! rude est le chemin. Déjà la fraîcheur du matin Aux feux du jour cède l'empire. Gais refrains et joyeux propos, Du chant des oiseaux doux échos, Sur nos lèvres, tout, tout expire. Courage, enfants, il faut monter ; Au prix d'obstacles à dompter La palme veut être conquise. Là-haut, repos et liberté ; Là-haut, ciel pur, fleurs de beauté, Aux nobles cœurs, terre promise ! Courage, enfants, encore un pas ; Déjà sur tous ceux qui sont las Descend le vent frais de la cime, Souffle pur, qui fait oublier Les aspérités du sentier Au voyageur qui se ranime. III Monter, monter, — plus haut que le sommet désert, Plus haut que l'aigle, encore, qui dans l'azur se perd, C'est la loi de notre âme et sa route bénie. Malgré la sombre nue, et plus haut qu'un ciel bleu, S'élever jusqu'au vrai, s'élever jusqu'à Dieu, C'est le mot de la vie. Comme sur l'Alpe, ici, bien rude est le sentier ; On croit toucher au but; soudain se dresse, altier, Sur la cime vaincue, encore un mur de glace. Mais pour le pèlerin, qui marche avec ardeur, Il est un souffle, aussi, que donne le Seigneur, C'est l'Esprit de sa grâce. Divin Esprit, Esprit de lumière et d'amour, Descends, descends sur nous; viens guider chaque jour De nos pas vers les cieux la course haletante, Et sur nos tristes fronts, dans notre faible cœur, Répands sans te lasser, répands du Rédempteur La vertu triomphante !
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