Lyreval Poésie française

La rose sans épines

Sur nos rochers se cache un doux trésor,
Qu'ailleurs en vain cherchent les hommes ;
Plus haut en prix que l'argent et que l'or
Il ne se vend pas pour des sommes.
Est-ce une mine, un puits à découvrir
De diamants, de perles fines ?
Non ! le soleil le voit croître et fleurir,
C'est une rose sans épines.

Fleur de beauté ! qui peut fuir ton attrait,
Qui peut résister à tes charmes ?
Mais on te cueille,... alors vient le regret,
L'extase s'éteint dans les larmes.
Un dard secret, habile à se cacher,
Arme les fleurs les plus divines ;
Sur nos monts seuls on peut venir chercher,

Le jeune cœur ne demande qu'amour,
Son front rougit comme la rose ;
Déjà, pourtant, l'épine a vu le jour
Avant que la fleur fût éclose.
Bonheur secret que réclament nos vœux !
Les douleurs vous sont près voisines,
Car l'air du ciel fait seul dans les hauts lieux

Ne l'ôtez pas du sol de ces hauteurs
Pour la transplanter dans les plaines ;
Là-bas l'épine, aussi bien qu'à ses sœurs,
Viendrait bientôt tromper vos peines,
Ou languissant, la fleur mourrait enfin
Sur le mol terrain des collines !
C'est seulement au penchant du ravin

Que je voudrais, maître de mon destin,
Sur les grands monts choisir ma rose ;
Là je viendrais m'établir un matin
Sans nul souci pour autre chose ;
Je dresserais ma tente près du ciel,
Au vent des haleines divines,
Et je vivrais de parfums et de miel
Près de ma rose sans épines !

Henri Durand