Chillon
Ô noir Chillon ! quand sur ta rive Descend l'ombre fraîche des nuits ; Lorsqu'à tes pieds la vague arrive Avec de mystérieux bruits ; Quand la lune, pâle et rêveuse, Jette aux flots l'ombre de tes tours ; J'entends une voix merveilleuse Parler de ta vie orageuse Et des temps passés pour toujours ! Ne te penches-tu pas sur l'onde Souvent, aux matins de printemps, Pour te mirer dans l'eau profonde Et voir si depuis les vieux temps Tu n'as point changé de visage ? Aujourd'hui les jours sont pesants ; La gloire s'envole avec l'âge ; Vieillard, tu redoutes l'orage, Tu gémis sous le vol des ans. Oh ! les temps où tes murs de pierre Se dressaient en sortant des eaux, Les beaux temps où le comte Pierre Défendait tes remparts nouveaux ! La guerre alors faisait tes charmes ; Elle t'animait tous les jours, Et tu comptais, lors des alarmes, Nombre d'archers et d'hommes d'armes Pour la défense de tes tours. Et puis dans les grands jours de fête Les labeurs étaient oubliés ; Le soleil inondait ta tête, Et sur le lac, à tes pieds, Glissait la barque pavoisée Comme un bel oiseau dans le ciel. Le soir, à la table dressée Accourait la foule empressée Aux chansons du gai ménestrel. De tes cachots l'ombre profonde Vit plus d'un captif dans les fers. Là, bien seuls, oubliés du monde, Ils consumaient leurs jours amers. Au soleil ne pouvant renaître, Ils ne voyaient, — les malheureux ! — A travers l'étroite fenêtre, Que l'onde écumeuse apparaître Ou l'étoile briller aux cieux. Maintenant tes cachots sont vides, Comme tes tours et tes créneaux ; Triste, dans ces âges arides, Tu te souviens de jours plus beaux. Il faut, hélas ! rester encore Là, vieux, dans un siècle impuissant ; Et sous le temps qui te dévore, Il faut te voir à chaque aurore Insulté par quelque passant. Mais il te reste, malgré l'âge, Ton lac aux purs et bleus contours, Dont les vagues, les soirs d'orage, Viennent encore battre tes tours, Et ton rivage de verdure, En fleurs sous des cieux ravissants, Et cette sublime nature Que féconde une haleine pure Au pied des monts éblouissants. Puis, vieux Chillon, quand dort la terre Quand se tait la cloche du soir, Et que le ciel, pour le mystère, S'est tendu d'un nuage noir, Réveillant dans l'enceinte sombre Les morts par la tombe froissés, Tu célèbres parfois dans l'ombre Avec des fantômes sans nombre Le souvenir des temps passés.
❧
Pour prolonger la lecture
Une sélection de poèmes choisis pour leur proximité de ton, de thème ou de voix.
Rome
Mort
Temps
Condition humaine
L'hyménée et l'amour
Amour
Mort
Condition humaine
Chant d'amour (VI)
Amour
Mort
Condition humaine
Se laisser surprendre
Explorez par affinité de thèmes, d’émotions, d’époque et de mouvement
❧