Cote 146
Plus de fleurs mais d’étranges signes Gesticulant dans les nuits bleues Dans une adoration suprême, mon beau ptit Lou, que tout mon être pareil aux nuages bas de juillet s’incline devant ton souvenir Il est là comme une tête de plâtre, blanche éperdument auprès d’un anneau d’or Dans le fond s’éloignent les vœux qui se retournent quelquefois Entends jouer cette musique toujours pareille tout le jour Ma solitude splénétique qu’éclaire seul le lointain Et puissant projecteur de mon amour J’entends la grave voix de la grosse artillerie boche Devant moi dans la direction des boyaux Il y a un cimetière où l’on a semé quarante-six mille soldats Quelles semailles dont il faut attendre sans peur la moisson ? C’est devant ce site désolé s’il en fut Que tandis que j’écris ma lettre appuyant mon papier sur une plaque de fibro ciment Je regarde aussi un portrait en grand chapeau Et quelques-uns de mes compagnons ont vu ton portrait Et pensant bien que je te connaissais Ils ont demandé : « Qui donc est-elle ?» Et je n’ai pas su que leur répondre Car je me suis aperçu brusquement Qu’encore aujourd’hui je ne te connaissais pas bien. Et toi dans ta photo profonde comme la lumière Tu souris toujours Secteur des Hurlus, le 14 juillet 1915
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