À la Reine Marie de Médicis
(Sur sa bienvenue en France.) Peuples, qu'on mette sur la tête Tout ce que la terre a de fleurs ; Peuples, que cette belle fête À jamais tarisse nos pleurs : Qu'aux deux bouts du monde se voit Luire le feu de notre joie ; Et soient dans les coupes noyés Les soucis de tous ces orages Que pour nos rebelles courages Les Dieux nous avaient envoyés. À ce coup iront en fumée Les vœux que faisaient nos mutins En leur âme encore affamée De massacres et de butins. Nos doutes seront éclaircis ; Et mentiront les prophéties De tous ces visages pâlis Dont le vain étude s'applique À chercher l'an climactérique De l'éternelle fleur de lis. Aujourd'hui nous est amenée Cette princesse que la foi D'amour ensemble et d'hyménée Destine au lit de notre roi. La voici, la belle Marie, Belle merveille d'Hétrurie, Qui fait confesser au Soleil, Quoi que l'âge passé raconte, Que du ciel, depuis qu'il y monte, Ne vint jamais rien de pareil. Telle n'est point la Cythérée, Quand, d'un nouveau feu s'allumant, Elle sort pompeuse et parée Pour la conquête d'un amant : Telle ne luit en sa carrière Des mois l'inégale courrière : Et telle dessus l'horizon L'Aurore au matin ne s'étale, Quand les yeux mêmes de Céphale En feraient la comparaison. L'antique sceptre de sa race, Où l'heure aux mérites est joint, Lui met le respect en la face ; Mais il ne l'enorgueillit point. Nulle vanité ne la touche ; Les grâces parlent par sa bouche ; Et son front, témoin assuré Qu'au vice elle est inaccessible, Ne peut que d'un cœur insensible Etre vu sans être adoré. Quantesfois, lorsque sur les ondes Ce nouveau miracle flottait, Neptune en ses caves profondes Plaignit-il le feu qu'il sentait ! Et quantesfois en sa pensée De vives atteintes blessée, Sans l'honneur de la royauté Qui lui fit celer son martyre, Eût-il voulu de son empire Faire échange à cette beauté ! Dix jours, ne pouvant se distraire Du plaisir de la regarder, Il a par un effort contraire Essayé de la retarder. Mais à la fin, soit que l'audace Au meilleur avis ait fait place, Soit qu'un autre démon plus fort Aux vents ait imposé silence, Elle est hors de sa violence, Et la voici dans notre port. La voici, peuples, qui nous montre Tout ce que la gloire a de prix ; Les fleurs naissent à sa rencontre Dans les cœurs et dans les esprits : Et la présence des merveilles Qu'en oyaient dire nos oreilles Accuse la témérité De ceux qui nous l'avaient décrite D'avoir figuré son mérite Moindre que n'est la vérité. Ô toute parfaite princesse, L'étonnement de l'univers, Astre par qui vont avoir cesse Nos ténèbres et nos hivers, Exemple sans autres exemples, Future image de nos temples ! Quoi que notre faible pouvoir En votre accueil ose entreprendre, Peut-il espérer de vous rendre Ce que nous vous allons devoir ? Ce sera vous qui de nos villes Ferez la beauté refleurir, Vous, qui de nos haines civiles Ferez la racine mourir ; Et par vous la paix assurée N'aura pas la courte durée Qu'espèrent infidèlement, Non lassés de notre souffrance, Ces Français qui n'ont de la France Que la langue et l'habillement. Par vous un Dauphin nous va naître, Que vous-même verrez un jour De la terre entière le maître, Ou par armes, ou par amour ; Et ne tarderont ses conquêtes, Dans les oracles déjà prêtes, Qu'autant que le premier coton Qui de jeunesse est le message Tardera d'être en son visage Et de faire ombre à son menton. Oh ! combien lors aura de veuves La gente qui porte le turban ! Que de sang rougira les fleuves Qui lavent les pieds du Liban ! Que le Bosphore en ses deux rives Aura de sultanes captives ! Et que de mères à Memphis, En pleurant, diront la vaillance De son courage et de sa lance, Aux funérailles de leurs fils ! Cependant notre grand Alcide, Amolli par vos doux appas, Perdra la fureur qui, sans bride, L'emporte à chercher le trépas : Et cette valeur indomptée De qui l'honneur est l'Eurysthée, Puisque rien n'a su l'obliger À ne nous donner plus d'alarmes, Au moins pour épargner vos larmes, Aura peur de nous affliger. Si l'espoir qu'aux bouches des hommes Nos beaux faits seront récités Est l'aiguillon par qui nous sommes Dans les hasards précipités ; Lui, de qui la gloire semée Par les voix de la Renommée En tant de parts s'est fait ouïr Que tout le siècle en est un livre, N'est-il pas indigne de vivre, S'il ne vit pour se réjouir ? Qu'il lui suffise que l'Espagne, Réduite par tant de combats À ne l'oser voir en campagne, A mis l'ire et les armes bas : Qu'il ne provoque point l'envie Du mauvais sort contre sa vie ; Et puisque, selon son dessein, Il a rendu nos troubles calmes, S'il veut davantage de palmes, Qu'il les acquière en votre sein. C'est là qu'il faut qu'à son génie, Seul arbitre de ses plaisirs, Quoi qu'il demande, il ne dénie Rien qu'imaginent ses désirs : C'est là qu'il faut que les années Lui coulent comme des journées, Et qu'il ait de quoi se vanter Que la douceur qui tout excède N'est point ce que sert Ganymede À la table de Jupiter. Mais d'aller plus à ces batailles Où tonnent les foudres d'enfer, Et lutter contre des murailles D'où pleuvent la flamme et le fer ; Puisqu'il sait qu'en ses destinées Les nôtres seront terminées, Et qu'après lui notre discorde N'aura plus qui dompte sa rage, N'est-ce pas nous rendre au naufrage, Après nous avoir mis à bord ? Cet Achille de qui la pique Faisait aux braves d'Ilion La terreur que fait en Afrique Aux troupeaux l'assaut d'un lion, Bien que sa mère eût à ses armes Ajouté la force des charmes, Quand les destins l'eurent permis N'eut-il pas sa trame coupée De la moins redoutable épée Qui fût parmi ses ennemis ? Les Parques d'une même soie Ne dévident pas tous nos jours ; Ni toujours par semblable voie Ne font les planètes leur cours. Quoi que promette la Fortune, À la fin, quand on l'importune, Ce qu'elle avait fait prospérer Tombe du faite au précipice ; Et, pour l'avoir toujours propice, Il la faut toujours révérer. Je sais bien que sa Carmagnole Devant lui se représentant, Telle qu'une plaintive idole, Va son courroux sollicitant, Et l'invite à prendre pour elle Une légitime querelle : Mais doit-il vouloir que pour lui Nous ayons toujours le teint blême, Cependant qu'il tente lui-même Ce qu'il peut faire par autrui ? Si vos yeux sont toute sa braise, Et vous la fin de tous ses vœux, Peut-il pas languir à son aise En la prison de vos cheveux, Et commettre aux dures corvées Toutes ces âmes relevées Que, d'un conseil ambitieux, La faim de gloire persuade D'aller, sur les pas d'Encelade, Porter des échelles aux cieux ? Apollon n'a point de mystère, Et sont profanes ses chansons, Ou, devant que le Sagittaire Deux fois ramène les glaçons, Le succès de leurs entreprises, De qui deux provinces conquises Ont déjà fait preuve, à leur dam, Favorisé de la victoire, Changera la fable en histoire De Phaéton en l'Eridan. Nice, payant avecque honte Un siège autrefois repoussé, Cessera de nous mettre en compte Barberousse qu'elle a chassé ; Guise en ses murailles forcées Remettra les bornes passées Qu'avait notre empire marin ; Et Soissons, fatal aux superbes, Fera chercher parmi les herbes En quelle place fut Turin.
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