À une attristée d'ambition
Comme hier, vous avez les souplesses étranges Des tigresses et des jaguars, Vos yeux dardent toujours sous leurs ombreuses franges L'or acéré de leurs regards. Vos mains ont, comme hier, sous leurs teintes d'aurores Leur inexplicable vigueur ; Elles trouvent encor sur les touches sonores Des accords qui frôlent le cœur. Comme hier, vous vivez dans les fécondes fièvres Et dans les rêves exaltés, Les mots étincelants s'échappent de vos lèvres, Échos des intimes clartés. Trop heureuse en ce monde et trop bien partagée, Idéal et charnel pouvoir, Vous avez tout, et vous êtes découragée, Comme un ciel d'automne, le soir. * Ne rêvez pas d'accroître et de parfaire encore Les dons que vous a faits le ciel. Ne changez pas l'attrait suprême, qui s'ignore, Pour un moindre, artificiel. Il faut que la beauté, vivante, écrite ou peinte N'ait rien des soucis du chercheur. Et si la rose avait à composer sa teinte Elle y perdrait charme et fraîcheur. Dites-vous, pour chasser la tristesse rebelle, En ornant de fleurs vos cheveux, Que, sans peine pour vous, ceux qui vous trouvent belle Sauront le dire à nos neveux.
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