In pejus ruit
À Lucien Marcheix . Je porte des douleurs plus vieilles que moi-même, Mon cœur est encombré de chagrins hérités, Et je sens quelquefois mon front devenir blême De remords que je sais n'avoir pas mérités ; L'angoisse, les regrets, les tares, les faiblesses De ceux d'où nous sortons roulent à travers nous, Pour passer, augmentés de nos propres détresses, Par le cœur des enfants bercés sur nos genoux ; Un fleuve plus chargé de hontes et d alarmes Descend en emportant dans ses érosions Des opprobres nouveaux et de nouvelles larmes, Et grossit à travers les générations ; Jusqu'à ce qu'entraînant toujours plus de misère, Il charrie, en ses flots sans cesse plus malsains, Un poison si puissant de mal héréditaire, Qu'il tue, en y passant, les derniers cœurs humains ; Et qu'épuisant enfin dans des êtres étranges Son onde d'amertume en un dernier effort, Il aille déposer ses limons et ses fanges Dans l'estuaire immense et morne de la Mort.
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