Les deux dindons
Fable XVII, Livre III. Deux dindons s'engraissaient dans une métairie ; Égaux en droits : l'un d'eux croyait pourtant valoir Bien plus que son confrère. Hé pourquoi, je vous prie ? Parce qu'il était blanc, et que l'autre était noir. Aussi Dieu sait quels droits à la prééminence Par un tel avantage il se croyait acquis, Toisant son commensal de l'œil dont un marquis Regarde un homme, de finance. Vient cependant la Saint-Martin. Le maître invite sa famille ; Le maître ordonne un grand festin : Il célébrait sa fête et mariait sa fille. Or ce jour de bombance et d'indigestion, Inscrit par La Reynière au rang des jours célèbres, Est pour la basse-cour un jour des plus funèbres. Le poulailler fut mis à contribution. Dans le garde-manger dès la veille on admire Deux compagnons de truffes parfumés. Lequel des deux fut blanc ? on ne saurait le dire, Car tous les deux étaient plumés. Ainsi, sous l'éclat dont il brille, Tel homme paraît sans égal, Jusqu'au moment triste et fatal Qui pour jamais nous déshabille.
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