La fumée
Fable VI, Livre III. Pendant mille ans et plus, Jupiter fut fêté. C'était justice : alors il portait le tonnerre ; Il était immortel : dans les cieux, sur la terre, La pluie et le beau temps, et la paix et la guerre, Tout allait à sa volonté. À ses autels, parés de fleurs et de guirlandes, Devant la pierre ou l'or qui le représentait, L'indigent, l'opulent, tour à tour apportait Ses oraisons et ses offrandes. Mais les dons étaient différents, Bien que la ferveur fût la même. Si les parfums étaient prodigués par les grands, « On offre ce qu'on a », disaient les pauvres gens ; Et la poix quelquefois fumait, au lieu d'encens, Devant la déité suprême. Jupiter de ce tour jamais ne s'offensa : Il avait l'âme bonne, et sa bonté fut telle, Qu'en bon homme il récompensa La foi d'une sempiternelle Qui, voulant l'encenser, faute de mieux, laissa Sous son nez tout-puissant fumer une chandelle. La fumée est toujours un mets délicieux. Allons, flatteurs, faites des vôtres : Les nez des hommes et des dieux Sont faits les uns comme les autres.
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