L'olive
Fable I, Livre I. L'olive, aux champs, n'est pas ce qu'elle est sur la table ; Le premier qui, sur l'arbre, essaya d'en goûter, Fit une mine épouvantable ; Au feu voulut faire jeter Le tronc qui produisait un fruit si détestable. Mieux vaut le cultiver, lui dit la Déité Qui faisait ce présent à l'Attique fertile ; Plus qu'on ne croit, son fruit peut devenir utile, S'il se trouve chez vous un homme assez habile Pour corriger sa crudité. Minerve avait raison ; le fruit que l'on dédaigne, Par un fort habile homme à la fin ramassé, Dans l'eau propice où l'art le baigne, De ses défauts un jour se voit débarrassé. Il n'est, depuis, ami de bonne chère Qui n'en veuille en mille ragoûts ; Et grâce à l'apprêt qui tempère L'âpreté de son caractère, Ni trop douce, ni trop amère, L'olive est devenue un mets de tous les goûts. Cet apprêt que l'habile artiste Fit subir au fruit rebuté, Est celui que le fabuliste Doit donner à la vérité.
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