L'image
Pauvre faune qui va mourir Reflète-moi dans tes prunelles Et fais danser mon souvenir Entre les ombres éternelles. Va, et dis à ces morts pensifs À qui mes jeux auraient su plaire Que je rêve d'eux sous les ifs Où je passe petite et claire. Tu leur diras l'air de mon front Et ses bandelettes de laine, Ma bouche étroite et mes doigts ronds Qui sentent l'herbe et le troène, Tu diras mes gestes légers Qui se déplacent comme l'ombre Que balancent dans les vergers Les feuilles vives et sans nombre. Tu leur diras que j'ai souvent Les paupières lasses et lentes, Qu'au soir je danse et que le vent Dérange ma robe traînante. Tu leur diras que je m'endors Mes bras nus pliés sous ma tête, Que ma chair est comme de l'or Autour des veines violettes. — Dis-leur comme ils sont doux à voir Mes cheveux bleus comme des prunes, Mes pieds pareils à des miroirs Et mes deux yeux couleur de lune, Et dis-leur que dans les soirs lourds, Couchée au bord frais des fontaines, J'eus le désir de leurs amours Et j'ai pressé leurs ombres vaines...
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