La mort d'un enfant
Il est gisant sur le rivage Le jeune arbuste à peine né, Qui d'un destin plus fortuné Semblait nous offrir le présage : Hier il croissait couronné D'un tendre et verdoyant feuillage : Qui pouvait prévoir que l'orage, Contre lui soudain déchaîné, Aurait si tôt déraciné Ce frêle ornement du bocage ? Repose en paix, aimable enfant, Qui, par un arrêt trop sévère, Comme une étoile passagère, N'es venu briller qu'un instant Aux yeux attendris de ta mère, Et qui, sensible et caressant Durant ton séjour sur la terre, Souriais même en approchant De la longue nuit funéraire Où t'a replongé le néant ! Hélas ! Nos cœurs, sans défiance, Rêvaient déjà ton avenir, Et se plaisaient à l'embellir Des doux rayons de l'espérance : Nous étions loin de pressentir Cette inexorable sentence Qui te condamnait à mourir Dans le berceau de ta naissance. Mais pourquoi plaindre ton destin ? Ah ! Quand on a connu la vie, On porte bien souvent envie A qui n'a vécu qu'un matin. Est-il un sort plus déplorable Que de s'éteindre avec lenteur, Et de voir le temps destructeur Frapper d'un bras impitoyable Tout ce qu'a chéri notre cœur ? En nous éloignant du rivage, Il nous faut chaque jour pleurer Quelque compagnon de voyage Dont la mort vient nous séparer. Les sens eux-mêmes s'affaiblissent ; Le corps cherche en vain sa vigueur ; De l'âme tombée en langueur Les facultés s'anéantissent ; Les accès du cœur sont fermés, Et, presque détaché de l'être, On cesse enfin de reconnaître Ceux que l'on a le plus aimés ! Telle est la fidèle peinture De ce vieillard à son déclin, Pour qui le temps et le chagrin Ont désenchanté la nature. Combien ton partage est heureux, Enfant qui meurs à ton aurore, Sans avoir pu connaître encore Tant de supplices douloureux ! Ton âme, paisible, ingénue, Conservant ses illusions, N'a point senti ces passions Dont le feu dévorant nous tue. Des ennemis insidieux N'ont point trompé ta confiance ; Tu croyais voir la bienveillance Sur tous les fronts, dans tous les yeux, Et tu revoles vers les cieux Avec ton heureuse ignorance : Qu'on est plus digne de pitié Lorsqu'une triste expérience Vous a montré l'indifférence Où l'on espérait l'amitié ! Ta course est bien vite accomplie : Mais tu n'as connu ni remords, Ni crainte, ni mélancolie ; Tu n'as fait qu'effleurer les bords Du calice amer de la vie. En t'accordant de plus longs jours Dans ce royaume de misère, Le sort, qui ferme ta paupière, T'aurait fait regretter le cours De ta félicité première. Peut-être n'est-il point cruel En te privant de l'existence, Quand tu n'as connu sous le ciel Que le doux baiser maternel Et le bonheur de l'innocence !
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