La lampe du poète
La lampe du poète agonisait dans l'ombre ; Des rapides printemps il voyait fuir le nombre ; La faim, de son toit pauvre, écartait les amours ; Sa cruche se vidait, et couché sur la paille : « Il faut donc, disait-il, il faut que je m'en aille, Avec le dernier des beaux jours ! Mêlant les ris, l’amour, l’espérance féale, J'enflais à mon aurore une bulle idéale ; Papillon, je cherchais mon lit dans une fleur ; Un sylphe me berçait sur son aile bénie ; Comme un lys en parfum, mon âme en harmonie S'évaporait, loin du malheur. Mais, fleur, j'ai vu sécher ma goutte de rosée ; Au souffle des humains ma bulle s'est brisée ; Une abeille a sucé mon calice argenté ; Papillon, j'ai brûlé mes ailes à la gloire ; Et mon sylphe a froissé sa ceinture de moire, Aux ronces de la pauvreté. Le sort n'a-t-il donc pas de plus superbe tête, Pour secouer dessus l'éclair et la tempête ? Ô pourquoi m'empêcher de finir ma chanson ! Si je ne t'ai rien fait, si mes jeux sont sincères, Pourquoi, vautour cruel, poursuivre de tes serres Petit oiseau sous le buisson ! Je demandais si peu dans ma courte veillée, Un peu d'azur, d'émail, d'ombre sous la feuillée ! Dans un bouton fleuri mon printemps s'écoulait ; Mon vol sur l'océan n'a pas cherché l'orage, Mais chétive éphémère, hélas ! J’ai fait naufrage, Au fond d'une goutte de lait. Le malheur m'étreignit de ses serres puissantes ; J'ai dévoré longtemps des larmes bien cuisantes ; Mais mon cœur, aux mortels ne s'est pas révélé. Qu'ils ne s'arrêtent pas devant mes douleurs vaines ; Il faudrait tant souffrir pour comprendre mes peines Que je crains d'être consolé ! Je cherche seulement un calice de rose Où mon aile froissée, en tombant se repose ; Et quand le jour viendra de m'envoler aux cieux, Je voudrais, Chrysalide au corsage d'ivoire, M'ensevelir moi-même en un rayon de gloire Comme elle en un tombeau soyeux ! » Lorsque l'on vint ouvrir la porte du poète, Dans ses doigts languissait une lyre muette ; Un souffle avait flétri sa couronne de fleurs, Et comme un fruit tombé de son écorce verte, On voyait commencé sur sa lèvre entrouverte Un son qu'il achevait ailleurs.
❧
Pour prolonger la lecture
Une sélection de poèmes choisis pour leur proximité de ton, de thème ou de voix.
Sonnet (II)
Solitude
Mélancolie
Condition humaine
À George Sand I
Amour
Solitude
Mélancolie
Chanson d'amour
Amour
Solitude
Mélancolie
Se laisser surprendre
Explorez par affinité de thèmes, d’émotions, d’époque et de mouvement
❧