Le dernier dieu
Or, le sage, parti dès son adolescence Pour juger les flambeaux qui le devaient guider, Savait à quel néant marche la connaissance Et confondait la vérité d'une croyance Avec l'or, qui vaudra ce qu'on a décidé. Les dieux que la pensée humaine, en son ornière, Conçut et projeta dans le calme irréel, Les dieux dont elle attend un rayon de lumière Quand la souffrance abat l'orgueil sous sa lanière, Le sage mesurait, en passant, leur autel. Et quand il arriva devant le but candide Il lui dit : « Tu n'es rien qu'un réflexe, ô Bonheur. Un festin répété sans cesse est insipide ; Sans le malheur comment naîtras-tu dans le vide ? On t'espère constant par un besoin d'erreur. » Des suppliques montaient qui le faisaient sourire. Il s'assit en songeant au chemin parcouru Et se dit : « L'air est pur, enfin, que je respire Depuis que j'ai chassé ces dieux nés d'un délire. » Et le sage adora sa pensée et mourut.
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