La sagesse
Polybe, le vieillard aux secrets merveilleux, Que cent ans de sagesse ont fait semblable aux dieux, Assis près de Clydès le pâtre sur la mousse, Écoute, en lui parlant, descendre la nuit douce, Et regarde, pensif, dans le golfe désert Les constellations se lever sur la mer... Clydès est pur et doux ; sa chevelure brune Couvre un beau front plus blanc qu'un marbre au clair de lune ; Il fuit les jeux bruyants et les propos légers, Et le vieillard, qui l'aime entre tous les bergers, Pour lui laisse à longs flots de sa barbe ondoyante La science couler comme une huile abondante. Il dit les fruits, les fleurs, les baumes, les poisons, Les vents du ciel et l'ordre alterné des saisons. Partout il montre l'âme éparse en la matière, La vie épanouie en jardins de lumière, Et célèbre d'un geste élargi peu à peu L'eau sombre et douce unie à la splendeur du feu ! Clydès l'écoute, avide ; une ardeur le dévore ; Il n'est pas satisfait ; il veut savoir encore, Comprendre tout, saisir l'ordre unique et fatal, Monter à l'infini l'escalier de cristal, Et par delà le temps, l'étendue et le nombre, Contempler un instant, fulgurante dans l'ombre, Sous son voile criblé de millions d'astres d'or, La Face dont les yeux vivants donnent la mort ! Il frémit ; la pensée en lui comme une ivresse Monte ; ses yeux profonds brillent ; sa voix se presse... Mais le vieillard l'arrête, et, lui prenant le bras, Met un doigt sur sa bouche et ne lui répond pas. Clydès frissonne... Il a compris son insolence, Et, pâle, il croit entendre, au sein du calme immense, Chaque mot proféré par son orgueil mortel Tomber sans fin au fond du silence éternel.
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