Alfred de Musset
Poèmes de Alfred de Musset (123)
Classés par titre (A–Z).
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À Aimée d'AltonDéesse aux yeux d'azur, aux épaules d'albâtre, Belle muse païenne au sourire adoré, Viens, laisse-moi presser de ma lèvre idolâtre Ton front qui resplendit sous un pampre doré. Vois-tu ce vert…
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À Alfred TattetQu'il est doux d'être au monde, et quel bien que la vie ! Tu le disais ce soir par un beau jour d'été. Tu le disais, ami, dans un site enchanté, Sur le plus vert coteau de ta forêt chérie. Nos…
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À Alfred Tattet (II)Non, mon cher, Dieu merci ! pour trois mots de critique Je ne me suis pas fait poète satirique ; Mon silence n'est pas, quoiqu'on puisse en douter, Une prétention de me faire écouter. Je puis bien,…
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À George Sand ITe voilà revenu, dans mes nuits étoilées, Bel ange aux yeux d'azur, aux paupières voilées, Amour, mon bien suprême, et que j'avais perdu ! J'ai cru, pendant trois ans, te vaincre et te maudire, Et…
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À George Sand IITelle de l'Angelus, la cloche matinale Fait dans les carrefours hurler les chiens errants, Tel ton luth chaste et pur, trempé dans l'eau lustrale, Ô George, a fait pousser de hideux aboiements, Mais…
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À George Sand IIIPuisque votre moulin tourne avec tous les vents, Allez, braves humains, où le vent vous entraîne ; Jouez, en bons bouffons, la comédie humaine ; Je vous ai trop connus pour être de vos gens. Ne…
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À George Sand IVIl faudra bien t'y faire à cette solitude, Pauvre coeur insensé, tout prêt à se rouvrir, Qui sait si mal aimer et sait si bien souffrir. Il faudra bien t'y faire ; et sois sûr que l'étude, La veille…
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À George Sand VToi qui me l'as appris, tu ne t'en souviens plus De tout ce que mon coeur renfermait de tendresse, Quand, dans nuit profonde, ô ma belle maîtresse, Je venais en pleurant tomber dans tes bras nus ! La…
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À George Sand VIPorte ta vie ailleurs, ô toi qui fus ma vie ; Verse ailleurs ce trésor que j'avais pour tout bien. Va chercher d'autres lieux, toi qui fus ma patrie, Va fleurir, ô soleil, ô ma belle chérie, Fais…
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À JuanaÔ ciel ! je vous revois, madame, De tous les amours de mon âme Vous le plus tendre et le premier. Vous souvient-il de notre histoire ? Moi, j'en ai gardé la mémoire : C'était, je crois, l'été…
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À JulieOn me demande, par les rues, Pourquoi je vais bayant aux grues, Fumant mon cigare au soleil, À quoi se passe ma jeunesse, Et depuis trois ans de paresse Ce qu'ont fait mes nuits sans sommeil.…
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À la MalibranStances I Sans doute il est trop tard pour parler encor d'elle ; Depuis qu'elle n'est plus quinze jours sont passés, Et dans ce pays-ci quinze jours, je le sais, Font d'une mort récente une vieille…
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À la mi-carêmeI Le carnaval s'en va, les roses vont éclore ; Sur les flancs des coteaux déjà court le gazon. Cependant du plaisir la frileuse saison Sous ses grelots légers rit et voltige encore, Tandis que,…
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À la PologneJusqu'au jour, ô Pologne ! où tu nous montreras Quelque désastre affreux, comme ceux de la Grèce, Quelque Missolonghi d'une nouvelle espèce, Quoi que tu puisses faire, on ne te croira pas.…
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À LaureSi tu ne m'aimais pas, dis-moi, fille insensée, Que balbutiais-tu dans ces fatales nuits ? Exerçais-tu ta langue à railler ta pensée ? Que voulaient donc ces pleurs, cette gorge oppressée, Ces…
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À LydieImitation. Horace. Du temps où tu m'aimais, Lydie, De ses bras nul autre que moi N'entourait ta gorge arrondie ; J'ai vécu plus heureux qu'un roi. Lydie. Du temps où j'étais ta maîtresse, Tu me…
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À M. A. TAinsi, mon cher ami, vous allez donc partir ! Adieu ; laissez les sots blâmer votre folie. Quel que soit le chemin, quel que soit l'avenir, Le seul guide en ce monde est la main d'une amie. Vous me…
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À M. V. HIl faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses, Pour savoir, après tout, ce qu'on aime le mieux, Les bonbons, l'Océan, le jeu, l'azur des cieux, Les femmes, les chevaux, les lauriers et les…
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À Madame ***Jeune ange aux doux regards, à la douce parole, Un instant près de vous je suis venu m'asseoir, Et, l'orage apaisé, comme l'oiseau s'envole, Mon bonheur s'en alla, n'ayant duré qu'un soir. Et puis,…
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À Madame A. TQu'un jeune amour plein de mystère Pardonne à la vieille amitié D'avoir troublé son sanctuaire. D'une belle âme qui m'est chère Si j'ai jamais eu la moitié, Je vous la lègue tout entière.
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À Madame Cne TRondeau. Dans son assiette arrondi mollement, Un pâté chaud, d'un aspect délectable, D'un peu trop loin m'attirait doucement. J'allais à lui. Votre instinct charitable Vous fit lever pour me l'offrir…
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À Madame D***Ne me parlez jamais d'une vieille amitié, Dans vos cheveux dorés quand le printemps se joue Lui, qui vous a laissé — lui, si vite oublié ! — Sa fraîcheur dans l'esprit et sa fleur sur la joue !
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À Madame GDans dix ans d'ici seulement, Vous serez un peu moins cruelle. C'est long, à parler franchement. L'amour viendra probablement Donner à l'horloge un coup d'aile. Votre beauté nous ensorcelle, Prenez-y…
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À Madame G (I)C'est mon avis qu'en route on s'expose à la pluie, Au vent, à la poussière, et qu'on peut, le matin, S'éveiller chiffonnée avec un mauvais teint, Et qu'à la longue, en poste, un tête-à-tête ennuie.…
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À Madame H. FRondeau. Il est aisé de plaire à qui veut plaire. D'un ignorant un bavard écouté, D'un journaliste un rimailleur vanté, Sans nulle peine y trouvent leur affaire. Louer un sot, c'est pure charité. Une…
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À Madame MVous m'envoyez, belle Emilie, Un poulet bien emmailloté ; Votre main discrète et polie L'a soigneusement cacheté. Mais l'aumône est un peu légère, Et malgré sa dextérité, Cette main est bien ménagère…
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À Madame M. NJe vous ai vue enfant, maintenant que j'y pense, Fraîche comme une rose et le cœur dans les yeux. Je vous ai vu bambin, boudeur et paresseux ; Vous aimiez lord Byron, les grands vers et la danse.…
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À Madame M. N. (I)Quand, par un jour de pluie, un oiseau de passage Jette au hasard un cri dans un chemin perdu, Au fond des bois fleuris, dans son nid de feuillage, Le rossignol pensif a parfois répondu. Ainsi fut…
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À Madame M. N. (II)Vous les regrettiez presque en me les envoyant, Ces vers, beaux comme un rêve et purs comme l'aurore. Ce malheureux garçon, disiez-vous en riant, Va se croire obligé de me répondre encore. Bonjour,…
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À Madame N. MenessierMadame, il est heureux, celui dont la pensée (Qu'elle fût de plaisir, de douleur ou d'amour) A pu servir de sœur à la vôtre un seul jour. Son âme dans votre âme un instant est passée ; Le rêve de son…
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À Mademoiselle ***Oui, femmes, quoi qu'on puisse dire, Vous avez le fatal pouvoir De nous jeter par un sourire Dans l'ivresse ou le désespoir. Oui, deux mots, le silence même, Un regard distrait ou moqueur, Peuvent…
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À Mademoiselle Augustine Brohan(Au bas d'un portrait.) J'ai vu ton sourire et tes larmes, J'ai vu ton cœur triste et joyeux : Qui des deux a le plus de charmes ? Dis-moi ce que j'aime le mieux : Les perles de ta bouche ou celles…
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À ma mère(Écrit à l'âge de quatorze ans.) Après un si joyeux festin, Zélés sectateurs de Grégoire, Mes amis, si, le verre en main Nous voulons chanter, rire et boire, Pourquoi s'adresser à Bacchus ? Dans une…
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À M. de Régnier(Après la mort de sa fille.) Quel est donc ce chagrin auquel je m'intéresse ? Nous nous étions connus par l'esprit seulement ; Nous n'avions fait que rire, et causé qu'un moment, Quand sa vivacité…
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À mon ami Alfred TDans mes jours de malheur, Alfred, seul entre mille, Tu m'es resté fidèle où tant d'autres m'ont fui. Le bonheur m'a prêté plus d'un lien fragile ; Mais c'est l'adversité qui m'a fait un ami. C'est…
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À mon ami Edouard BTu te frappais le front en lisant Lamartine, Edouard, tu pâlissais comme un joueur maudit ; Le frisson te prenait, et la foudre divine, Tombant dans ta poitrine, T'épouvantait toi-même en traversant…
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À mon Frère, revenant d'ItalieAinsi, mon cher, tu t'en reviens Du pays dont je me souviens Comme d'un rêve, De ces beaux lieux où l'oranger Naquit pour nous dédommager Du péché d'Ève. Tu l'as vu, ce ciel enchanté Qui montre avec…
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À NinonAvec tout votre esprit, la belle indifférente, Avec tous vos grands airs de rigueur nonchalante, Qui nous font tant de mal et qui vous vont si bien, Il n'en est pas moins vrai que vous n'y pouvez…
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À PépaPépa, quand la nuit est venue, Que ta mère t'a dit adieu ; Que sous ta lampe, à demie nue, Tu t'inclines pour prier Dieu ; A cette heure où l'âme inquiète Se livre au conseil de la nuit ; Au moment…
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À Saint-Blaise, à la ZueccaChanson. Vous étiez, vous étiez bien aise À Saint-Blaise. Nous étions bien là. Mais de vous en souvenir Prendrez-vous la peine ? Mais de vous en souvenir Et d'y revenir, Dans les prés fleuris…
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À Sainte-BeuveAmi, tu l'as bien dit : en nous, tant que nous sommes, Il existe souvent une certaine fleur Qui s'en va dans la vie et s'effeuille du coeur. "Il existe, en un mot, chez les trois quarts des hommes,…
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À Ulric GUlric, nul oeil des mers n'a mesuré l'abîme, Ni les hérons plongeurs, ni les vieux matelots. Le soleil vient briser ses rayons sur leur cime, Comme un soldat vaincu brise ses javelots. Ainsi, nul…
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À une fleurQue me veux-tu, chère fleurette, Aimable et charmant souvenir ? Demi-morte et demi-coquette, Jusqu'à moi qui te fait venir ? Sous ce cachet enveloppée, Tu viens de faire un long chemin. Qu'as-tu vu ?…
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AdieuAdieu ! je crois qu'en cette vie Je ne te reverrai jamais. Dieu passe, il t'appelle et m'oublie ; En te perdant je sens que je t'aimais. Pas de pleurs, pas de plainte vaine. Je sais respecter…
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Adieux à SuzonAdieu, Suzon, ma rose blonde, Qui m'as aimé pendant huit jours ; Les plus courts plaisirs de ce monde Souvent font les meilleurs amours. Sais-je, au moment où je te quitte, Où m'entraîne mon astre…
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Au Yung-FrauYung-Frau, le voyageur qui pourrait sur ta tête S'arrêter, et poser le pied sur sa conquête, Sentirait en son coeur un noble battement, Quand son âme, au penchant de ta neige éternelle, Pareille au…
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Au Roi, après l'attentat de MeunierPrince, les assassins consacrent ta puissance. Ils forcent Dieu lui-même à nous montrer sa main. Par droit d'élection tu régnais sur la France ; La balle et le poignard te font un droit divin. De…
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Aux artistes du Gymnase-dramatique(Le soir de la première représentation de Bettine.) Ma pièce est jeune, et je suis vieux ; Enfants, je n'en suis pas la cause. Vous nous jouerez bien autre chose, Et tout aussi bien, mais pas mieux.…
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Ballade à la luneC'était, dans la nuit brune, Sur le clocher jauni, La lune Comme un point sur un i. Lune, quel esprit sombre Promène au bout d'un fil, Dans l'ombre, Ta face et ton profil ? Es-tu l'oeil du ciel…
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Béatrix DonatoBéatrix Donato fut le doux nom de celle Dont la forme terrestre eut ce divin contour. Dans sa blanche poitrine était un coeur fidèle, Et dans son corps sans tache un esprit sans détour. Le fils du…
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Cantate de BettineNina, ton sourire, Ta voix qui soupire, Tes yeux qui font dire Qu'on croit au bonheur, Ces belles années, Ces douces journées, Ces roses fanées, Mortes sur ton coeur... Nina, ma charmante, Pendant la…
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Chanson : À Saint-BlaiseÀ Saint-Blaise, à la Zuecca, Vous étiez, vous étiez bien aise À Saint-Blaise. À Saint-Blaise, à la Zuecca, Nous étions bien là. Mais de vous en souvenir Prendrez-vous la peine ? Mais de vous en…
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Chanson : Bonjour, SuzonBonjour, Suzon, ma fleur des bois ! Es-tu toujours la plus jolie ? Je reviens, tel que tu me vois, D'un grand voyage en Italie. Du paradis j'ai fait le tour ; J'ai fait des vers, j'ai fait l'amour.…
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Chanson : Lorsque la coquette EspéranceLorsque la coquette Espérance Nous pousse le coude en passant, Puis à tire-d'aile s'élance, Et se retourne en souriant ; Où va l'homme ? Où son coeur l'appelle. L'hirondelle suit le zéphyr, Et moins…
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Charles-Quint au monastère de Saint-JustL'empereur vit, un soir, le soleil s'en aller ; Il courba son front triste, et resta sans parler. Puis, comme il entendit ses horloges de cuivre, Qu'il venait d'accorder, d'un pied boiteux se suivre,…
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Chanson de BarberineBeau chevalier qui partez pour la guerre, Qu'allez-vous faire Si loin d'ici ? Voyez-vous pas que la nuit est profonde, Et que le monde N'est que souci ? Vous qui croyez qu'une amour délaissée De la…
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Chanson de FortunioSi vous croyez que je vais dire Qui j'ose aimer, Je ne saurais, pour un empire, Vous la nommer. Nous allons chanter à la ronde, Si vous voulez, Que je l'adore et qu'elle est blonde Comme les blés. Je…
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Chanson - J'ai dit à mon cœurJ'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur : N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse ? Et ne vois-tu pas que changer sans cesse, C'est perdre en désirs le temps du bonheur ? Il m'a répondu : Ce n'est…
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Complainte de MinuccioVa dire, Amour, ce qui cause ma peine, A mon seigneur, que je m'en vais mourir, Et, par pitié, venant me secourir, Qu'il m'eût rendu la Mort moins inhumaine. A deux genoux je demande merci. Par…
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Conseils à une parisienneOui, si j'étais femme, aimable et jolie, Je voudrais, Julie, Faire comme vous ; Sans peur ni pitié, sans choix ni mystère, A toute la terre Faire les yeux doux. Je voudrais n'avoir de soucis au monde…
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Dans dix ans d'ici seulementVous serez un peu moins cruelle. C'est long, à parler franchement. L'amour viendra probablement Donner à l'horloge un coup d'aile. Votre beauté nous ensorcelle, Prenez-y garde cependant : On apprend…
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Dans la prison de la garde nationale(Vers écrits au-dessous d'une tête de femme dessinée sur le mur.) Qui que tu sois, je t'en conjure, Mets ton lit de l'autre côté. Ne traîne pas ta couverture Sur le sein déjà maltraité De cette douce…
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Derniers versL'heure de ma mort, depuis dix-huit mois, De tous les côtés sonne à mes oreilles, Depuis dix-huit mois d'ennuis et de veilles, Partout je la sens, partout je la vois. Plus je me débats contre ma…
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FragmentQuand je t'aimais, pour toi j'aurais donné ma vie, Mais c'est toi, de t'aimer, toi qui m'ôtas l'envie. À tes pièges d'un jour on ne me prendra plus ; Tes ris sont maintenant et tes pleurs superflus.…
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Fut-il jamais douceur de coeurRondeau. À voir Manon dans mes bras sommeiller ? Son front coquet parfume l'oreiller ; Dans son beau sein j'entends son coeur qui veille. Un songe passe, et s'en vient l'égayer. Ainsi s'endort une…
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IdylleA quoi passer la nuit quand on soupe en carême ? Ainsi, le verre en main, raisonnaient deux amis. Quels entretiens choisir, honnêtes et permis, Mais gais, tels qu'un vieux vin les conseille et les…
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Impromptu(En réponse à la question : Qu'est-ce que la Poésie ?) Chasser tout souvenir et fixer sa pensée, Sur un bel axe d'or la tenir balancée, Incertaine, inquiète, immobile pourtant, Peut-être éterniser le…
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JamaisJamais, avez-vous dit, tandis qu'autour de nous Résonnait de Schubert la plaintive musique ; Jamais, avez-vous dit, tandis que, malgré vous, Brillait de vos grands yeux l'azur mélancolique. Jamais,…
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Jeanne d'ArcRÉCITATIF Je cherche en vain le repos qui me fuit. Mon cœur et plein des douleurs de la France. Jusqu'en ces lieux déserts, dans l'ombre et le silence De la patrie en deuil le malheur me poursuit.…
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L'andalouseAvez-vous vu, dans Barcelone, Une Andalouse au sein bruni ? Pâle comme un beau soir d'automne ! C'est ma maîtresse, ma lionne ! La marquesa d'Amaëgui ! J'ai fait bien des chansons pour elle, Je me…
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La nuitQuand la lune blanche S'accroche à la branche Pour voir Si quelque feu rouge Dans l'horizon bouge Le soir, Fol alors qui livre Savant, Son pied aux collines, Et ses mandolines Au vent ; Fol qui dit…
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La nuit d'aoûtLa muse Depuis que le soleil, dans l'horizon immense, A franchi le Cancer sur son axe enflammé, Le bonheur m'a quittée, et j'attends en silence L'heure où m'appellera mon ami bien-aimé. Hélas !…
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La nuit de décembreLe poète. Du temps que j'étais écolier, Je restais un soir à veiller Dans notre salle solitaire. Devant ma table vint s'asseoir Un pauvre enfant vêtu de noir, Qui me ressemblait comme un frère. Son…
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La nuit d'octobreLe poète Le mal dont j'ai souffert s'est enfui comme un rêve. Je n'en puis comparer le lointain souvenir Qu'à ces brouillards légers que l'aurore soulève, Et qu'avec la rosée on voit s'évanouir. La…
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La nuit de maiLa muse Poète, prends ton luth et me donne un baiser ; La fleur de l'églantier sent ses bourgeons éclore, Le printemps naît ce soir ; les vents vont s'embraser ; Et la bergeronnette, en attendant…
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Le chant des amisDe ta source pure et limpide Réveille-toi, fleuve argenté ; Porte trois mots, coursier rapide : Amour, patrie et liberté ! Quelle voile, au vent déployée, Trace dans l'onde un vert sillon ? Qui t'a…
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Le fils du TitienLorsque j'ai lu Pétrarque, étant encore enfant, J'ai souhaité d'avoir quelque gloire en partage. Il aimait en poète et chantait en amant ; De la langue des dieux lui seul sut faire usage. Lui seul…
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Le leverAssez dormir, ma belle ! Ta cavale isabelle Hennit sous tes balcons. Vois tes piqueurs alertes, Et sur leurs manches vertes Les pieds noirs des faucons. Vois écuyers et pages, En galants équipages,…
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Le mie prigioniOn dit : " Triste comme la porte D'une prison. " Et je crois, le diable m'emporte ! Qu'on a raison. D'abord, pour ce qui me regarde, Mon sentiment Est qu'il vaut mieux monter sa garde, Décidément. Je…
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Le petit endroitVous qui venez ici Dans une humble posture De vos flancs alourdis Décharger le fardeau Veuillez quand vous aurez Soulagé la nature Et déposé dans l'urne Un modeste cadeau Epancher dans l'amphore Un…
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Le RhinÔ Rhin, sais-tu pourquoi les amants insensés, Abandonnant leur âme aux tendres rêveries, Par tes bois verdoyants, par tes larges prairies S'en vont par leur folie incessamment poussés ? Sais-tu…
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Le rideau de ma voisineSe soulève lentement. Elle va, je l'imagine, Prendre l'air un moment. On entr'ouvre la fenêtre : Je sens mon coeur palpiter. Elle veut savoir peut-être Si je suis à guetter. Mais, hélas ! ce n'est…
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L'espoir en DieuTant que mon pauvre cœur, encor plein de jeunesse, A ses illusions n'aura pas dit adieu, Je voudrais m'en tenir à l'antique sagesse, Qui du sobre Épicure a fait un demi-dieu Je voudrais vivre, aimer,…
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Les vœux stérilesPuisque c'est ton métier, misérable poète, Même en ces temps d'orage, où la bouche est muette, Tandis que le bras parle, et que la fiction Disparaît comme un songe au bruit de l'action ; Puisque…
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Lettre à M. de LamartineLorsque le grand Byron allait quitter Ravenne, Et chercher sur les mers quelque plage lointaine Où finir en héros son immortel ennui, Comme il était assis aux pieds de sa maîtresse, Pâle, et déjà…
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LucieMes chers amis, quand je mourrai, Plantez un saule au cimetière. J'aime son feuillage éploré ; La pâleur m'en est douce et chère, Et son ombre sera légère À la terre où je dormirai. Un soir, nous…
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Madame la MarquiseVous connaissez que j'ai pour mie Une Andalouse à l'oeil lutin, Et sur mon coeur, tout endormie, Je la berce jusqu'au matin. Voyez-la, quand son bras m'enlace, Comme le col d'un cygne blanc,…
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MadridMadrid, princesse des Espagnes, Il court par tes mille campagnes Bien des yeux bleus, bien des yeux noirs. La blanche ville aux sérénades, Il passe par tes promenades Bien des petits pieds tous les…
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MarieAinsi, quand la fleur printanière Dans les bois va s'épanouir, Au premier souffle du zéphyr Elle sourit avec mystère ; Et sa tige, fraîche et légère, Sentant son calice s'ouvrir, Jusque dans le sein…
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Mimi PinsonChanson. Une blonde que l'on connaît. Elle n'a qu'une robe au monde, Landerirette ! Et qu'un bonnet. Le Grand Turc en a davantage. Dieu voulut de cette façon La rendre sage. On ne peut pas la mettre…
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Nous venions de voir le taureauChanson. Trois garçons, trois fillettes. Sur la pelouse, il faisait beau, Et nous dansions un boléro Au son des castagnettes : « Dites-moi, voisin, Si j'ai bonne mine, Et si ma basquine Va bien ce…
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Octave(Fragment) Ni ce moine rêveur, ni ce vieux charlatan, N'ont deviné pourquoi Mariette est mourante. Elle est frappée au cœur, la belle indifférente ; Voilà son mal, — elle aime. — Il est cruel…
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Par un mauvais tempsElle a mis, depuis que je l'aime (Bien longtemps, peut-être toujours), Bien des robes, jamais la même ; Palmire a dû compter les jours. Mais, quand vous êtes revenue, Votre bras léger sur le mien, Il…
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PromenadeDans ces bois qu'un nuage dore, Que l'ombre est lente à s'endormir ! Ce n'est pas le soir, c'est l'aurore, Qui gaîment nous semble s'enfuir ; Car nous savons qu'elle va revenir. — Ainsi, laissant…
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Quand bien même une amère souffranceDans ce cœur mort pourrait se ranimer ; Non, quand bien même une fleur d'espérance Sur mon chemin pourrait encor germer ; Quand la pudeur, la grâce et l'innocence Viendraient en toi me plaindre et me…
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Quand on perd par triste occurrence(Chanson.) Quand on perd, par triste occurrence, Son espérance Et sa gaieté, Le remède au mélancolique, C'est la musique Et la beauté ! Plus oblige et peut davantage Un beau visage Qu'un homme armé,…
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Que j'aime le premier frissonQue j'aime le premier frisson d'hiver ! le chaume, Sous le pied du chasseur, refusant de ployer ! Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume, Au fond du vieux château s'éveille le foyer ;…
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Rappelle-toi(Vergiss mein nicht) (Paroles faites sur la musique de Mozart) Rappelle-toi, quand l'Aurore craintive Ouvre au Soleil son palais enchanté ; Rappelle-toi, lorsque la nuit pensive Passe en rêvant sous…
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RetourHeureux le voyageur que sa ville chérie Voit rentrer dans le port, aux premiers feux du jour ! Qui salue à la fois le ciel et la patrie, La vie et le bonheur, le soleil et l'amour ! — Regardez,…
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RêverieQuand le paysan sème, et qu'il creuse la terre, Il ne voit que son grain, ses bœufs et son sillon. — La nature en silence accomplit le mystère, — Couché sur sa charrue, il attend sa moisson. Quand sa…
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Se voir le plus possibleSe voir le plus possible et s'aimer seulement, Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge, Sans qu'un désir nous trompe, ou qu'un remords nous ronge, Vivre à deux et donner son coeur à tout…
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SilviaÀ Madame ***. Il est donc vrai, vous vous plaignez aussi, Vous dont l'oeil noir, gai comme un jour de fête, Du monde entier pourrait chasser l'ennui. Combien donc pesait le souci Qui vous a fait…
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Sonnet au lecteurJusqu'à présent, lecteur, suivant l'antique usage, Je te disais bonjour à la première page. Mon livre, cette fois, se ferme moins gaiement ; En vérité, ce siècle est un mauvais moment. Tout s'en va,…
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StancesJe méditais, courbé sur un volume antique, Les dogmes de Platon et les lois du Portique. Je voulus de la vie essayer le fardeau. Aussi bien, j'étais las des loisirs de l'enfance, Et j'entrai, sur les…
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Stances - Que j'aime à voirQue j'aime à voir, dans la vallée Désolée, Se lever comme un mausolée Les quatre ailes d'un noir moutier ! Que j'aime à voir, près de l'austère Monastère, Au seuil du baron feudataire, La croix…
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Stances - Sur le costumeVoltaire, ombre auguste et suprême, Roi des madrigaux à la crème Des vermillons et des paniers Assis au pied de ta statue, Je me disais : « Qu'est devenue Cette perruque à trois lauriers ? Ô…
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Sur l'album de mademoiselle TaglioniSi vous ne voulez plus danser, Si vous ne faites que passer Sur ce grand théâtre si sombre, Ne courez pas après votre ombre, Tâchez de nous la laisser.
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Sur la naissance du comte de ParisDe tant de jours de deuil, de crainte et d'espérance, De tant d'efforts perdus, de tant de maux soufferts, En es-tu lasse enfin, pauvre terre de France, Et de tes vieux enfants l'éternelle…
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Sur trois marches de marbre roseDepuis qu'Adam, ce cruel homme, A perdu son fameux jardin, Où sa femme, autour d'une pomme, Gambadait sans vertugadin, Je ne crois pas que sur la terre Il soit un lieu d'arbres planté Plus célébré,…
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Sur une morteElle était belle, si la Nuit Qui dort dans la sombre chapelle Où Michel-Ange a fait son lit, Immobile peut être belle. Elle était bonne, s'il suffit Qu'en passant la main s'ouvre et donne, Sans que…
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TristesseJ'ai perdu ma force et ma vie, Et mes amis et ma gaieté ; J'ai perdu jusqu'à la fierté Qui faisait croire à mon génie. Quand j'ai connu la Vérité, J'ai cru que c'était une amie ; Quand je l'ai…
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Une bonne fortuneIl ne faudrait pourtant, me disais-je à moi-même, Qu'une permission de notre seigneur Dieu, Pour qu'il vînt à passer quelque femme en ce lieu. Les bosquets sont déserts ; la chaleur est extrême ; Les…
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Une promenade au Jardin des PlantesSous ces arbres chéris, où j'allais à mon tour Pour cueillir, en passant, seul, un brin de verveine, Sous ces arbres charmants où votre fraîche haleine Disputait au printemps tous les parfums du jour…
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Une soirée perdueJ'étais seul, l'autre soir, au Théâtre Français, Ou presque seul ; l'auteur n'avait pas grand succès. Ce n'était que Molière, et nous savons de reste Que ce grand maladroit, qui fit un jour Alceste,…
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Un rêveBallade. La corde nue et maigre, Grelottant sous le froid Beffroi, Criait d'une voix aigre Qu'on oublie au couvent L'Avent. Moines autour d'un cierge, Le front sur le pavé Lavé, Par décence, à la…
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VenisePas un bateau qui bouge ; Pas un pêcheur dans l'eau, Pas un falot. Seul, assis à la grève, Le grand lion soulève, Sur l'horizon serein, Son pied d'airain. Autour de lui, par groupes, Navires et…
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VisionJe vis d'abord sur moi des fantômes étranges Traîner de longs habits ; Je ne sais si c'étaient des femmes ou des anges ! Leurs manteaux m'inondaient avec leurs belles franges De nacre et de rubis.…
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A Madame G (Sonnet)C’est mon avis qu’en route on s’expose à la pluie, Au vent, à la poussière, et qu’on peut, le matin, S’éveiller chiffonnée avec un mauvais teint, Et qu’à la longue, en poste, un tête-à-tête ennuie.…
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A Mademoiselle RachelSi ta bouche ne doit rien dire De ces vers désormais sans prix ; Si je n’ai, pour être compris, Ni tes larmes, ni ton sourire ; Si dans ta voix, si dans tes traits, Ne vit plus le feu qui m’anime ;…
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A Mme N.MénessierMadame, il est heureux, celui dont la pensée (Qu’elle fût de plaisir, de douleur ou d’amour) A pu servir de soeur à la vôtre un seul jour. Son âme dans votre âme un instant est passée ; Le rêve de…
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Le Rhin allemandRéponse à la chanson de Becker Nous l’avons eu, votre Rhin allemand, Il a tenu dans notre verre. Un couplet qu’on s’en va chantant Efface-t-il la trace altière Du pied de nos chevaux marqué dans…
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Que j’aime le premier frisson d’hiver…Que j’aime le premier frisson d’hiver ! le chaume, Sous le pied du chasseur, refusant de ployer ! Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume, Au fond du vieux château s’éveille le foyer ;…
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SouvenirJ’espérais bien pleurer, mais je croyais souffrir En osant te revoir, place à jamais sacrée, O la plus chère tombe et la plus ignorée Où dorme un souvenir ! Que redoutiez-vous donc de cette solitude,…
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